moinillon au quotidien

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vendredi 18 août 2017

degré IV, XLIII

Lestvitsa

Je fis encore une attention particulière à celui qui était chargé du réfectoire, et je vis avec étonnement qu’il portait à sa ceinture de petites tablettes sur lesquelles il écrivait chaque jour toutes les pensées qu’il avait, afin d’en rendre un compte exact à l’abbé qui était à la tête du monastère. Or, ce que celui-ci faisait, bien d’autres le faisaient aussi, et j’appris enfin que le supérieur l’avait ordonné.

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

jeudi 17 août 2017

degré IV, XLII

Lestvitsa

Je remarquai un jour que, pendant le chant des psaumes, il y avait un moine qui était plus attentif que les autres, qu’il avait une dévotion extraordinaire, et que, surtout au commencement des psaumes et des hymnes, il semblait extérieurement qu’il parlait à quelqu’un. Je le priai donc simplement de vouloir bien me dire pourquoi il agissait ainsi. «C’est, me répondit-il, afin que, dès le commencement, je réunisse toutes mes pensées et toutes les facultés de mon âme pour leur adresser ces paroles. Venez toutes adorer Jésus-Christ notre roi et notre Dieu, et vous prosterner à ses pieds (prières initiales de l’office, cf. Ps 94, 1)».

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

mardi 15 août 2017

degré IV, XLI

Lestvitsa

L’abbé de ce monastère ayant remarqué que pendant l’office, auquel j’ai assisté bien des fois, il y avait eu quelques frères qui s’étaient laissés aller à se dire quelques mots, leur ordonna d’un ton fort sévère de demeurer à la porte de l’église pendant tout une semaine, et de se prosterner devant tous ceux qui entreraient ou qui sortiraient, pour leur demander pardon. Or ceux qu’il condamna de la sorte, étaient des clercs; il y en avait même parmi eux qui étaient honorés du sacerdoce.

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

lundi 14 août 2017

degré IV, XL

Lestvitsa

Or parmi ces hommes d’une éternelle mémoire, il y en avait un qui m’aimait beaucoup en Dieu, et qui me parlait avec une grande liberté. Il me dit donc un jour, avec une affection toute particulière : «Si vous, mon père, qui êtes si sage, éprouvez la force de celui qui, dans le ravissement de son cœur, s’écriait : Je peux tout en celui qui me fortifie (Phil 4.13); si l’Esprit saint est descendu en vous comme une rosée de grâces et de pureté, ainsi qu’il descendit autrefois dans la très sainte Vierge, et si la force du Très-Haut vous environne par la patience, ceignez vos reins, à l’exemple de l’Homme-Dieu, d’un linge blanc, qui est l’obéissance, et comme Lui, levez-vous de table, c’est-à-dire sortez de la solitude; afin de laver les pieds de vos frères dans l’eau pure de la componction et de la pénitence, ou plutôt jetez-vous à leurs pieds dans les sentiments de l’humilité la plus profonde; mettez à la porte de votre cœur des gardes qui ne s’endorment jamais, et qui ne soient jamais de connivence avec vos ennemis; arrêtez l’instabilité et la légèreté de votre esprit, en le fixant invariablement, malgré les distractions et la dissipation que lui causent sans cesse et l’agitation des affaires et les importunités des sens; conservez un repos parfait au milieu des mouvements et des soins dont la vie est continuellement agitée ici-bas; et, ce qui est encore plus rare, plus difficile et plus admirable, demeurez ferme et immobile dans le sein des troubles et des tempêtes qui se succèdent sans cesse. Liez votre langue par les chaînes d’un silence parfait, et empêchez-la de tomber dans des disputes hardies et dans des contradictions audacieuses; combattez soixante et dix-sept fois le jour contre cette souveraine impérieuse et tyrannique; portez la croix de Jésus-Christ dans votre cœur, et comme on enchâsse une enclume dans du bois, enchâssez de même votre esprit dans elle, de sorte qu’il soit capable de résister à tous les coups, à toutes les tentations, à tous les affronts, à toutes les calomnies, à toutes les railleries et à toutes les injustices qui pourront vous arriver, de manière à n’en être jamais ni blessé, ni offensé, ni agité, ni affligé, ni découragé, ni abattu, mais à persévérer immuablement dans la paix et dans le calme. Dépouillez-vous de votre volonté, comme d’un vêtement d’ignominie, et entrez ainsi tout nu dans la carrière céleste; et ce qui est certainement bien rare et bien difficile, soyez d’une confiance entière et inébranlable dans celui qui doit et veut vous couronner après la victoire, et qu’elle soit telle qu’elle ne puisse être pénétrée ni par les flèches du doute ni par les traits de la défiance. Mortifiez exactement vos sens par les austérités de la tempérance, et prenez bien garde que vous n’ayez à souffrir cruellement de leur fureur audacieuse et insolente. Servez-vous avantageusement de la méditation de la mort pour combattre et vaincre la curiosité de vos yeux, qui ne demandent sans cesse qu’à contempler la beauté des créatures sensibles. Faites en sorte de retenir l’indiscrétion et l’injustice de votre esprit, qui, tandis que vous vous livrez vous-même à la négligence la plus condamnable, vous porte à juger mal des actions et de la conduite de vos frères; et tâchez de le porter à exercer envers eux tous les devoirs d’une charité sincère. C’est par toutes ces choses qu’on pourra connaître que vous êtes véritablement disciples de Jésus-Christ, selon sa parole même : Tout le monde saura, nous dit-Il, que vous êtes mes disciples, si, dans la société qui vous réunit, vous vous aimez les uns les autres, et que vous vous témoigniez une affection mutuelle (Jn 13.35). «Venez, venez; oui venez ici, m’ajouta cet excellent ami, fixez parmi nous votre demeure, buvez avec nous l’eau amère des mépris et des humiliations; elle deviendra bientôt douce et salutaire. Rappelez-vous que David chercha longtemps ce qui pouvait être le plus doux et le plus agréable à l’homme, sans pouvoir le trouver; mais que s’étant demandé à lui-même quelle pouvait être cette chose, il se fit cette réponse admirable : Qu’il est bon et agréable de vivre au milieu de ses frères ! (Ps 132,1). Si, cependant Dieu n’a pas jugé à propos de nous faire participer au bien excellent de cette patience et de cette obéissance, il nous sera du moins avantageux de reconnaître notre faiblesse et notre misère, afin que, si nous passions notre vie hors de cette carrière, nous soyons remplis d’estime pour ceux qui la parcourent, et que par nos prières, nous demandions à Dieu les grâces dont ils ont besoin pour combattre courageusement et remporter la victoire.»
C’est ainsi que ce bon père, cet excellent maître dans la vie spirituelle, me convainquit par des passages et des autorités tirées de l’Évangile et des Prophètes, et par la tendre affection qu’il me témoignait, qu’il n’y avait rien de comparable à la récompense et à la couronne qu’on acquiert, en vivant sous le joug de l’obéissance. Avant de sortir de ce paradis de délices pour rentrer dans les ronces et les épines de mes paroles, lesquelles ne peuvent que vous déplaire, et ne vous être d’aucune utilité, je veux encore vous dire quelque chose des religieux de ce monastère, et des rares vertus qu’ils y pratiquaient: vous y trouverez de grands avantages spirituels.


saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

dimanche 13 août 2017

degré IV, XXXIX

Lestvitsa

Je ne ferai pas la faute de ne pas orner ici mon discours par le récit d’un fait qui le fera briller comme une émeraude fait briller une couronne. Il arriva que, tandis que je vivais au milieu des illustres pères de ce monastère, la conversation tomba sur la vie des anachorètes; or ils me dirent avec un visage plein de douceur et de bienveillance : «Quant à nous, cher père Jean, étant aussi grossiers et aussi peu spirituels que nous le sommes, nous avons cru ne devoir embrasser que la vie qui nous convenait le mieux. C’est pourquoi nous n’avons entrepris qu’une guerre proportionnée à notre faiblesse, et nous avons jugé qu’il était plus avantageux pour nous de n’avoir à combattre que contre des hommes qui s’emportent et s’aigrissent, à la vérité, mais qui reviennent et s’adoucissent, que contre les démons, qui sont toujours en fureur et armés contre le genre humain.»

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

samedi 12 août 2017

degré IV, XXXVIII

Lestvitsa

Histoire de saint Ménas (SUITE)
I
l avait bien raison; car les pères se mirent à raconter quelques excellentes actions de ce saint homme, et, entre autres, qu’un jour l’abbé avait bien mis à l’épreuve sa patience toute céleste. Voici le fait : Revenant un soir du dehors, il était allé se prosterner aux pieds de l’abbé, afin de lui demander, selon l’usage, qu’il lui donnât sa bénédiction; mais l’abbé le laissa ainsi prosterné jusqu’à l’heure de l’office, et alors il le bénit et lui permit de se relever. Après quoi il lui fit des reproches très sévères sur son ostentation, sa vanité et son peu de douceur et de patience. Or l’abbé ne se conduisit de la sorte que parce qu’il savait avec combien de courage et de générosité ce saint vieillard souffrirait cette humiliante mortification, et combien son exemple servirait à l’édification des autres. C’est ce que m’assura en particulier un des disciples de ce saint moine, et il m’ajouta que, lui ayant demandé un jour avec beaucoup d’instance de lui dire si, pendant qu’il était ainsi prosterné aux pieds de l’abbé, il ne s’était pas laissé aller au sommeil, il lui avait répondu naïvement que non, mais qu’il avait récité tout le psautier.


saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

vendredi 11 août 2017

degré IV, XXXVII

Lestvitsa

Histoire de saint Ménas
C
omme Dieu, par une grâce insigne, ne voulut pas me priver du secours des prières d’un saint père qui était dans ce monastère, Il l’appela à Lui sept jours avant mon départ. Ce saint homme s’appelait Ménas. Il avait passé cinquante-neuf ans dans cette maison, et avait successivement exercé toutes les charges qui y étaient établies ; il était alors le premier, après l’abbé. Or le troisième jour après sa mort, tandis que nous célébrions ses funérailles et que nous faisions les prières accoutumées, le lieu où était son saint corps se trouva tout-à-coup parfumé d’une douce et suave odeur. L’abbé, qui était présent, nous ordonna d’ouvrir le cercueil, et nous vîmes tous que, de ses pieds vénérables, il sortait comme deux sources d’une huile odoriférante. Alors cet excellent maître dans les voies religieuses nous adressa ces paroles : «Vous êtes tous témoins, nous dit-il, de ce miracle; mais sachez que ses travaux et ses sueurs ont été un parfum délicieux et agréable à Dieu.»

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

mercredi 9 août 2017

degré IV, XXXVI

Lestvitsa

Quelques docteurs ont sagement observé que, comme il y a certaines différences essentielles dans toutes les créatures auxquelles Dieu a donné l’existence, de même dans les maisons religieuses, nous voyons différentes manières de marcher et de s’avancer dans la carrière et dans la pratique de la vertu, et diverses inclinations mauvaises qu’il faut combattre et mortifier. C’est ainsi que le sage médecin qui présidait à ce monastère, s’étant aperçu que quelques-uns de ses moines se plaisaient, par ostentation et par vanité, à paraître devant les séculiers lorsque ceux-ci venaient au monastère, il les humiliait sévèrement en leur présence, tantôt en leur commandant ce qu’il y avait de plus bas et de plus méprisable, tantôt en leur faisant les reproches les plus ignominieux de sorte que ces moines furent obligés, pour éviter cet affront, de se cacher dès qu’ils voyaient entrer les gens du monde. Cette conduite produisait un effet vraiment étonnant, car elle faisait que la vaine gloire poursuivait la vaine gloire, et empêchait ces moines de se donner en spectacle aux autres.

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

mardi 8 août 2017

degré IV, XXXV

Lestvitsa

Histoire de l’économe du monastère
V
oici encore ce que me raconta l’économe de ce monastère célèbre. «Lorsque, me dit-il, j’étais jeune, et que j’étais chargé de prendre soin des animaux de la maison, j’eus le malheur de faire une faute énorme; mais, comme je m’étais accoutumé à ne jamais tenir caché dans mon cœur le serpent qui s’y était glissé, je pris celui-ci par la queue, aussitôt que je le sentis, et le montrai au médecin spirituel de mon âme; je lui découvris donc immédiatement la méchante action dont je m’étais rendu coupable. Me regardant avec un visage riant et me donnant un léger soufflet, il m’adressa ses paroles : Va, mon fils, continue tes exercices ordinaires comme auparavant, et ne crains rien. Je me confiai entièrement à sa parole; et quelques jours après, je fus assuré de ma guérison, et je marchai dans les voies de Dieu avec une grande joie, mais néanmoins avec crainte et tremblement.»

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

samedi 5 août 2017

degré IV, XXXIV

Lestvitsa

Histoire de Macédonius
J
e ferais une peine réelle à tous ceux qui ont du zèle et de l’amour pour la pratique de la vertu, si je ne disais rien ici des saints exercices et des grands travaux de Macédonius, premier diacre de ce monastère. Ce grand serviteur de Dieu, si favorisé de son divin Maître, demanda à l’abbé, deux jours avant la fête de la Théophanie, la permission d’aller à Alexandrie pour des affaires importantes qui exigeaient nécessairement ce voyage. La permission lui fut accordée, mais à la condition expresse d’être de retour au monastère pour préparer tout ce qui était nécessaire pour la solennité. Mais le démon, ennemi juré de la vertu, fit naître tant d’obstacles que Macédonius ne put revenir au temps fixé; il n’arriva que le lendemain de la fête.

Pour le punir de sa désobéissance, l’abbé le suspendit de ses fonctions et le condamna à vivre parmi les novices. Or, ce saint diacre, grand par sa patience, mais plus grand encore par son humilité constante, reçut cet ordre et accepta cette pénitence avec le même calme et la même tranquillité d’esprit, que s’il n’eût pas été question de lui-même. Après avoir passé quarante jours parmi les novices, l’abbé voulut lui rendre sa charge et ses honorables fonctions; mais le lendemain, que l’abbé l’avait rétabli dans sa dignité, il alla trouver son supérieur pour le prier avec instance de vouloir bien le laisser dans cet état d’humilité et de pénitence, et de le laisser vivre jusqu’à la fin de sa vie au milieu des jeunes frères. Pour obtenir cette grâce, il l’assurait qu’il avait eu le malheur de commettre, à son voyage, une faute qui le rendait absolument indigne de pardon. Cependant, quoique le saint abbé sût parfaitement qu’il n’en était rien, et que son diacre n’alléguait ce prétexte qu’afin de pouvoir demeurer dans l’état d’abaissement où il était, il céda au désir si louable de sa ferveur et de son humilité. On vit donc au milieu des jeunes moines un homme vénérable par sa dignité et par son âge, leur demander le secours et l’assistance de leurs prières, afin, leur disait-il, d’obtenir de Dieu le pardon de l’exécrable désobéissance dont il s’était rendu coupable à Alexandrie. Ce saint diacre, tout indigne que j’en fusse, daigna m’apprendre un jour la raison particulière qui lui avait tant fait désirer de rester dans cet état humiliant. «Jamais, me dit-il, je ne me suis vu moins attaqué par les troubles intérieurs, ni moins agité par les travaux de la guerre spirituelle que nous faisons au démon, et jamais je n’ai goûté si délicieusement les douceurs abondantes de la lumière céleste, que depuis que je suis dans les exercices de cette pénitence.»
saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

vendredi 4 août 2017

degré IV, XXXIII

Lestvitsa

Histoire d’Abbacyre (SUITE)
C
e courageux Abbacyre vécut encore deux ans, pendant mon séjour dans cette communauté; et comme il était sur le point de partir de ce monde, il dit aux frères qui entouraient son lit de mort : «Je vous remercie, mes frères, et je rends grâce à Dieu, de m’avoir traité comme vous avez fait; car ainsi voilà dix-sept ans que vous m’avez mis à l’abri des épreuves et des tentations des démons.» Ces paroles firent une si vive impression sur l’abbé, ce juste appréciateur des vertus de ses frères, qu’il mit Abbacyre au nombre des confesseurs, et fit placer son corps auprès de ceux des saints pères qui reposent à l’intérieur du monastère.

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

jeudi 3 août 2017

degré IV, XXXII

Lestvitsa

Histoire d’Abbacyre
C
onsultons donc la Sagesse de Dieu, elle se trouve même dans des vases d’argile; c’est ce qui doit nous frapper du plus grand étonnement. C’est la résolution que me fit prendre la conduite de quelques jeunes religieux, car j’étais hors de moi-même, en voyant avec quelle vivacité de foi, avec quelle constance, avec quelle patience et quelle force d’âme ils souffraient d’être repris, mortifiés et méprisés, non seulement par leur supérieur, mais encore par des frères qui étaient bien au-dessous de lui. Il y avait dans le monastère un frère que fixaient mes regards d’une manière toute particulière; il s’appelait Abbacyre, et il y avait déjà passé quinze ans. Or, je m’aperçus qu’il était presque partout maltraité par tous les moines, et qu’il n’y avait pas de jour où ceux qui servaient à table ne le chassassent du réfectoire parce qu’il était naturellement porté à parler. Je cherchai l’occasion de lui parler; et l’ayant rencontrée, je lui demandai instamment de me dire pour quelles raisons on le chassait ainsi du réfectoire et qu’on l’envoyait dormir, sans avoir rien mangé à souper.
«Croyez-moi, mon père, me répondit-il avec simplicité, les moines ne me traitent ainsi que pour connaître mes dispositions intérieures et pour savoir si je serai propre à mener une vie solitaire; ce n’est donc point avec sévérité, mais dans le désir charitable de m’éprouver, qu’ils agissent de la sorte. C’est pourquoi connaissant parfaitement les pieuses intentions de notre excellent supérieur et des autres pères, je souffre tout avec joie et plaisir. Voilà quinze ans que je suis au monastère, et qu’on me traite comme vous voyez. Lorsque je suis entré dans cette maison, les pères ne m’ont pas caché qu’on y éprouve pendant trente ans ceux qui ont renoncé au monde; et certes, mon cher père Jean, ce n’est pas sans de bonnes raisons qu’on tient cette conduite : car n’est-ce pas dans le creuset et dans le feu, qu’il faut faire passer l’or pour le polir et l’épurer ?»

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

mercredi 2 août 2017

degré IV, XXXI

Lestvitsa

Histoire d’un économe (SUITE)
À toutes ces raisons, je répliquais qu’il pourrait arriver par des circonstances malheureuses, mais surtout par la faiblesse de la nature humaine, qu’il y en ait plusieurs qui, se voyant repris sans raison, et même avec raison, abandonneraient le monastère; mais la réponse de ce trésor de sagesse ne se fit pas attendre : «Une âme, répartit-il, que Jésus-Christ a liée avec son pasteur par les chaînes de l’amour et de la foi, conservera invariablement cette sainte union : elle préférerait plutôt répandre tout son sang que de la rompre jamais, surtout si Dieu s’est servi de lui pour la guérir des plaies que le péché lui avait faites; car elle se souvient de ce qui est écrit : Ni les anges, ni les principautés, ni aucune autre créature, ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu, qui est notre Seigneur Jésus-Christ (Rom 8, 38-39); et si cette âme n’est pas liée, attachée et unie inséparablement avec son directeur, je ne peux sûrement pas concevoir comment elle peut, d’une manière utile, demeurer dans un lieu où rien ne la retient qu’une obéissance fausse et trompeuse.» Certes, il faut avouer que ce grand homme ne se trompait pas, puisque, par les moyens dont il s’est servi, il a si heureusement dirigé et conduit, offert et consacré à Jésus-Christ, un grand nombre d’âmes, qui ont été comme des sacrifices vivants.

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

mardi 1 août 2017

degré IV, XXX

Lestvitsa

Histoire d’un économe
C
omme Dieu, dans sa Miséricorde et sa Justice, avait donné aux religieux de ce monastère un abbé qui en était le sage pasteur et le tendre sauveur, Il lui avait accordé un économe, un administrateur admirable; car c’était un homme plein de modération et de prudence, de douceur et de patience, tel enfin qu’on trouverait peu d’hommes qui puissent lui ressembler. Or comme l’abbé voulait que l’exemple de son humilité et de sa patience servît au salut des frères, il le reprit un jour fort sévèrement, quoiqu’il fût innocent, et poussa cette sévérité, jusqu’à le chasser honteusement de l’église. Sachant de science certaine qu’il n’avait pas fait la faute, pour laquelle on le punissait avec tant de rigueur, je pris à part le supérieur pour servir d’avocat à son économe; mais ce sage directeur me répondit :
«Je sais aussi bien que vous, mon Père, qu’il est innocent; mais comme il ne convient pas à un père, et que c’est une chose condamnable d’ôter à son enfant qui a faim le morceau de pain qu’il va manger, de même un père spirituel se rend à lui-même et à son inférieur un bien mauvais service, s’il ne cherche pas à tout moment à lui procurer de nouveaux mérites et de nouvelles couronnes, soit en lui faisant des reproches et lui présentant des humiliations, soit en le couvrant de mépris, et lui fournissant des mortifications, soit enfin en l’exerçant dans des railleries et des blâmes, selon néanmoins qu’il le sait capable de tout supporter avec patience et résignation; car autrement cet inférieur se trouve privé de trois grands avantages: le premier, c’est qu’il ne mérite pas la récompense d’une correction charitable soufferte avec patience, le second, ses frères sont privés des bons effets que son exemple produirait sur eux; enfin le troisième, et c’est ici le plus grand mal qui puisse arriver, les inférieurs perdent peu à peu la douceur et la patience, car il arrive souvent que ceux-là mêmes qui, dans leurs travaux spirituels et dans les humiliations, paraissaient être vraiment des hommes de patience, s’ils ne sont pas exercés, repris et humiliés de temps en temps par leur supérieur, qui les regarde pour des gens vertueux et parfaits, tombent bien vite dans un funeste relâchement; et leur âme, quoiqu’elle soit une terre bonne, grasse et fertile, si elle n’est pas arrosée souvent par l’eau de l’humiliation, perd bien vite et bien facilement son heureuse fertilité, et finit ordinairement par ne plus produire que les ronces, et les épines de l’orgueil, du dérèglement des mœurs et d’une confiance présomptueuse, laquelle chasse toute crainte de Dieu. C’était ce que n’ignorait pas le grand Apôtre, lorsqu’il donnait cet avis à son cher Timothée : Presse les fidèles, lui disait-il, à temps et à contretemps. (2 Tim 4,2)»

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

samedi 29 juillet 2017

degré IV, XXIX

Lestvitsa

Histoire de Laurent (suite)
Or, comme je suis très malicieux, je ne manquais pas de chercher l’occasion de parler à ce vénérable vieillard, pour lui demander à quoi il pensait pendant qu’il était ainsi debout devant la table. «Je regardais, me répondit-il, Jésus-Christ dans la personne de mon supérieur; aussi ne considérais-je pas le commandement qui m’était imposé comme venant d’un homme, mais comme venant de Dieu; c’est pourquoi, mon cher père Jean, j’étais bien loin de croire que j’étais debout auprès d’une table, autour de laquelle étaient assis de simples mortels; mais me figurant être devant l’autel du Seigneur, je Lui adressais, selon mon pouvoir, de ferventes prières; et je peux vous assurer qu’il ne m’est pas même venu dans l’esprit une mauvaise pensée contre mon supérieur, tant est grande la confiance que j’ai en lui, et tant est forte l’affection que je lui porte; car, ajouta-t-il, l’amour ne pense mal de personne (1 Cor 13). Au reste, mon Père, sachez bien que le démon ne trouve plus d’issue pour entrer dans un cœur qui s’est dévoué et consacré entièrement à la simplicité, à l’innocence et à la bonté.»

saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
(«De la bienheureuse et toujours louable obéissance»  О блаженном и приснопамятном послушании.)

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