Une homélie remarquable de saint Jean de Changhaï, prononcée lorsqu'il était
archevêque du diocèse d'Europe occidentale de l'ÉORHF, extraite du livreBernard Le Caro, Saint Jean de
Changhaï, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2006, proposée ici avec l'autorisation
de l'auteur.
« Le Christ ressuscité a envoyé les apôtres prêcher
dans tous les pays. L’Église du Christ ne fut pas fondée pour un seul peuple,
pour un seul pays, mais pour le monde entier. Tous les hommes, tous les
peuples, tous les pays sont appelés à la foi du Dieu véritable.
Les apôtres ont pleinement accompli l’ordre du Christ en parcourant toutes les
nations. Simon le Zélote est allé en Angleterre ;
Jacques, fils de Zébédée, en Espagne ;
Thomas, aux Indes et, selon la Tradition, il a poursuivi
jusqu’en Chine. L’apôtre André a prêché en Russie et en Grèce.
Suivant la tradition établie, Lazare, le ressuscité après
quatre jours, fuyant devant les Juifs qui voulaient le massacrer, est arrivé
en France. Avec ses sœurs, Marthe et Marie,
il s’est installé à Marseille et a prêché en Provence.
Trophime d’Arles et d’autres disciples d’entre les
soixante-dix ont sillonné la France.
ЖУРНАЛ № 76
ИМЕЛИ СУЖДЕНИЕ: о внесении изменений в структуру Московской
Патриархии.
СПРАВКА: Священный Синод в заседании от 31 марта 2009 года (журнал № 18) определил
образовать секретариат Московской Патриархии по зарубежным учреждениям и
назначить секретарем Московской Патриархии по зарубежным учреждениям
Преосвященного епископа Егорьевского Марка. В заседании от 5 марта 2010 года (журнал № 12) Священный Синод принял
Положение об Управлении делами Московской Патриархии.
ПОСТАНОВИЛИ:
1. Переименовать секретариат Московской Патриархии по зарубежным учреждениям в
Управление Московской Патриархии по зарубежным учреждениям.
2. Переименовать должность секретаря Московской Патриархии по зарубежным
учреждениям в должность руководителя Управления Московской Патриархии по
зарубежным учреждениям.
3. Одобрить предложения Патриарха Московского и всея Руси об образовании
контрольно-аналитической службы Управления делами Московской Патриархии.
4. Заместителем управляющего делами Московской Патриархии и руководителем
контрольно-аналитической службы назначить исполняющего обязанности заместителя
управляющего делами Московской Патриархии игумена Савву (Тутунова).
Extrait du journal de la réunion du Saint Synode de l'Église orthodoxe
russe à Kiev le 26 juillet dernier.
Merci à Euthymenes
pour cette photo de l'extrait d'un article sur la faculté de théologie
catholique de Toulouse, paru en 1999 dans le journal catholique de Toulouse
La Croix du Midi (texte en clair, saisi par Euthumenes, dans la suite
du billet.)
Un complément indispensable au billet publié au début de l'année et
intitulé«A propos de
notre séminaire russe de Paris»,qui permettra de mieux cerner la
genèse de l'affaire.
Il faut que jeunesse se passe. Ou plutôt : il faudrait que jeunesse se
passe...
Alex Schmorell (à droite) arrose son ami d'enfance
Christoph Probst (à gauche).
Ils se retrouveront plus tard dans le mouvement estudiantin d'opposition au
nazisme «La Rose Blanche». Alex Schmorell (à gauche) et son ami Hans
Scholl (à droite) en 1942, tous deux membres de «La Rose
Blanche».
Extrait des Lettres et Carnets Scholl
Journal de Sophie Scholl (10 octobre 1942)
« ... Ce matin, je suis allée chez les Schmorell chercher des livres dans la
chambre de Schurik [Alex Schmorell]. Comme on se berce d'illusions
parfois ! Voici quelques mois je pensais que je portais plus
d'affection à Schurik qu'à beaucoup d'autres. Mais ce n'était
qu'une illusion trompeuse dès le début. Juste ma vanité qui désirait posséder
un homme qui valait quelque chose aux yeux d'autrui. Oh que je me dégoûte ! Que
je déforme ridiculement mon image, et ... non, je voudrais l'occasion de faire
mes preuves autrement.
Que le ciel était beau aujourd'hui, et les plantes et les arbres, qu'ils
étaient beaux et merveilleux. Et pourtant de les voir ne m'a pas rendue
heureuse, mais m'a emplie d'une douce mélancolie. Un innocent rappel d'une
faute, de ma faute. »
(Extrait du livreHans et Sophie Scholl : Lettres et carnets, Tallandier, 2008,
p. 325)
Nicolas Georguiévitch Garine-Michajlovski (1852-1906) était un
ingénieur et écrivain russe renommé.
Son fils, Georguij Nikolaievitch Garine-Michajlovski (Георгий
Николаевич Гарин-Михайловский †1946) était quant à lui diplomate : le plus
jeune vice-ministre de l'Intérieur de la Russie tsariste, puis du gouvernement
Kerenski et enfin sous Trotski — mais pas pour longtemps — lorsque ce dernier
devint ministre de l'Intérieur. Il passa ensuite dans l'Armée blanche, fut
diplomate à Paris mais il quitta Paris en 1921, déçu par les rapports entre les
diplomates de l'émigration (voir le film russe «Kromov»
[Кромовъ] sorti en 2009 qui s'inspire apparemment beaucoup de la personnalité
de Garin-Michajlovski). Il s'installe alors à Prague où se trouve une
importante communauté russe et enseigne à la faculté russe de Droit. Après la
fermeture de la faculté russe, il déménage avec sa femme à Bratislava en 1932
dans l'espoir d'obtenir la chaire de professeur de droit international à
l'université de cette ville. Jusqu'en 1939, la vie matérielle du diplomate et
de sa famille était à la limite du supportable. Mais lors de la création de
l'État de Slovaquie en 1939, il put travailler au ministère des Affaires
étrangères nouvellement créé. À cette époque, Il écrit de nombreux articles,
dont certains prophétiques, sur la politique internationale, sur le
bolchévisme, le National-socialisme, etc. D'autres articles sont consacrés à la
littérature : il était convaincu que l'idée nationale avait un guide que
suivait le peuple russe, et ce guide était Pouchkine (et non Lénine). Au début
des années 1940, il travaillait sur une «Histoire de la Russie» dont
quelques pages furent publiées dans le journal Slovak en 1942, mais
l'ouvrage ne fut pas achevé. Un autre livre sur la formation de l'État slovaque
parut en 1944 (en allemand : Garin Michajlovski J. Die Entstehung der
Slowakischen Republik als historische Notwendigkeit der Entwicklung
Europas, Bratislava, 1944). Le 27 avril 1945, il est arrêté par l'Armée
soviétique qui envahit le pays. Il est déporté en Union soviétique, mais sa
trace disparaît à partir de juin 1945 : d'après les protocoles du NKVD, on sait qu'il
fut emprisonné à Lvov, puis condamné à 10 ans de camp de travail le 12 novembre
1945, selon les articles 58-4 et 58-13 du code de la RSFSR. On sait par V.
Lipski, un ancien détenu, qu'il est décédé au camp de Vorkouta (un des plus "célèbres"
camps du Goulag) en 1946, épuisé par les travaux forcés.
Le fils de Gueorguij Nikolaievitch — Nicolas Guéorguievitch
Michajlovski, diadia Nika (Николай Георгиевич Михайловский - дядя
Ника) — est un membre de ma famille, il a 88 ans et habite à Bratislava
(Slovaquie). J'ai eu l'occasion de le rencontrer.
Il m'a longuement parlé de sa propre vie en exil et de celle de son père.
Diadia Nika (Nicolas Michajlovski) près du portrait de son père le diplomate
Georgui Garin-Michajlovski
J'en ai tiré un enregistrement d'une vingtaine de minutes en russe, consacré
au diplomate.
Un article très intéressant sur cette personnalité a été écrit en slovaque,
puis traduit en russe (document PDF à cette page).
Un autre document (en
russe) présente les détails du procès de Garin-Michajlovski condamné à 10 ans
de camp de travaux forcés.
(Témoignage d'Alexandre Schmorell)
« Vous me
demandez quelle forme de gouvernement je préfère. Je vous répondrai que
à chaque pays sa forme propre, celle qui correspond au caractère de
l'État. Le gouvernement, à mon avis, n'est que l'exécuteur de la
volonté populaire. En tout cas, il devrait en être ainsi. Ainsi, bien sûr, il
jouit de la confiance du peuple, il plaît au peuple, car il le représente, il
incarne sa pensée et sa volonté, il est le peuple lui-même. Et le peuple ne
peut pas être contre un tel gouvernement. En même temps, il doit le conduire,
parce que le commun des mortels ne peut comprendre tout lui-même, résoudre tout
par lui-même, d'ailleurs il n'a pas l'intention de le faire — il fait confiance
aux dirigeants, aux intellectuels qui s'y connaissent mieux que lui. Cette
couche de l'intelligentsia doit constituer une entité unique avec son peuple,
elle doit penser la même chose, sentir de la même façon que lui, sinon ils ne
peuvent se comprendre pas, et l'intelligentsia mènera sa propre politique sans
tenir compte du peuple, sans tenir compte de ses intérêts, malgré le fait que
le peuple, dans tous les cas, restera toujours majoritaire. Par conséquent, en
aucun cas, je ne me considère comme un fervent partisan de la monarchie, de la
démocratie ou du socialisme, quelle que puisse être l'appellation de ces
différentes formes. Ce qui est bien et même remarquable pour un pays donné sera
peut-être tout à fait l'inverse pour un autre — ce qui lui conviendra le moins.
En règle générale, toutes ces formes de gouvernement ne sont qu'une enveloppe
extérieure.
« Que nul ne craigne la mort,
car celle du Sauveur nous en a délivrés ! »
(homélie
de Pâques de saint Jean Chrysostome)
En ce lundi de Pâques, je tenais à publier la traduction d'une lettre du martyr
Alexandre. Que nul ne craigne la mort : C'est ce que ressentait le
martyr, dix jours avant son exécution et le jour même comme en témoignent les
deux lettres
adressées à sa famille ces jours-là. Dans la suite du billet, on trouvera la
traduction intégrale de la lettre adressée par Alexandre Schmorell à sa sœur
cadette Natalia (elle fut écrite en prison dans la cellule des condamnés, onze
jours avant l'exécution).
La lettre écrite quelques années plus tôt — avant le début de la guerre
avec la Russie — à Angelica Probst, la sœur de son ami Christoph, dévoile
ses impressions lors d'un office religieux dans l'église russe de Munich.
C'était le dimanche des Rameaux pour les Russes, et le dimanche de Pâques pour
les Allemands.
En comparant ces deux lettres, on remarquera l'évolution spirituelle
d'Alexandre.
« Munich, le 14 avril 1941
Chère Angelica,
Hier, j'étais à l'église russe. Mon cœur était serré quand, debout derrière
dans un coin, je regardais tous ces malheureux. Où est la justice de Dieu, où ?
Peux-tu me le dire, Angeli ?
Alors que j'allais à l'église, le peuple, la populace, les bourgeois, le jour
de Pâques, faisaient la queue dès le matin devant les cinémas. Masse
malodorante !
Pourquoi ces créatures tristes ont-elles un travail, du pain, une maison et une
patrie, et pourquoi tout cela manque-t-il à ces gens que j'ai vus aujourd'hui à
l'église ?
Parmi eux il y avait aussi beaucoup de gens du peuple, mais d'un peuple beau,
précieux.
Ce sont tous des gens qui ont quitté un jour leur patrie pour échapper à la
captivité, s'aventurant dans d'incroyables difficultés uniquement pour ne pas
servir une idée qu'ils haïssaient. Et c'est précisément ce simple peuple que
j'ai vu aujourd'hui à l'église, c'est lui qui est sans prix. Ils ont fui non
pas pour sauver argent ou objets précieux comme de nombreux riches, non, ils
ont fui pour sauver leur liberté et celle de leurs enfants. Où trouverait-on un
exemple similaire quand une énorme partie du peuple a eu le courage de renoncer
à tout ce qu'elle considérait comme son bien pour fuir, pour échapper à
l'esclavage ?
Où était passé aujourd'hui ce courage des Allemands si souvent louangé ?
C'est avec beaucoup de difficultés que la majorité d'entre eux s'est munie en
France, d'une modeste et pauvre, mais tout de même une maison. Et de nouveau,
ils ont eu un destin monstrueusement cruel dans un pays étranger.
Cela fait 22 ans qu'ils prient. Même aujourd'hui, quand on les chasse
pour la deuxième fois, ils continuent à prier, ils continuent à venir à
l'église et ils prient, ils gardent espoir. Pourquoi Dieu — qu'ils aiment plus
que n'importe autre peuple — leur envoie-t-il tant de fardeaux, pourquoi leur
sort est-il si monstrueusement cruel ? Des petits enfants de trois-quatre ans,
— ils s'agenouillaient, priaient, embrassaient les saintes icônes.
Est-ce qu'il ne suffit d'une seule et unique prière de ces enfants pour
pardonner tous les crimes que ce peuple a commis ?
Ils étaient là devant moi, et priaient et avait la foi. Est-ce que la foi n'est
pas le plus important ?
En quoi — qui donc le sait ?
Montre-moi un peuple, montre-moi des gens qui croient plus fort que ceux-là
qui, après 22 ans de vaine prière croient encore ! Ils ne croient pas en la
justice. Comme la Russie devrait être libre depuis longtemps !
Mais ils croient en leur prière, ils croient que Dieu les entendra, et ils ne
cessent de croire.
Et pourtant, il n'est personnel pour qui le sort est plus cruel que pour ces
gens — les plus croyants de tous les hommes. Ils ont peut-être commis beaucoup
d'autres d'erreurs, plus que bien d'autres, mais ils ont aussi une telle Foi et
un tel Amour, que n'ont pas les autres. N'est-ce pas le plus précieux ? Toutes
les autres erreurs ne devraient-elles pas être pardonnées ?
Je me tenais dans un coin sombre, en regardant tous ces malheureux, et des
larmes coulaient sur mes joues. Je n'en avais pas honte.
Dis-moi, bien aimée, est-ce que Dieu envoie toujours à ceux qui L'aiment un
destin si cruel ? Pourquoi ? »
À tous les prêtres, les diacres
et les fidèles de l'Église de Crimée
Je vous annonce une grande joie ! Le Christ est ressuscité!
En vérité, en vérité le Christ est ressuscité et, dans le cœur de ses apôtres,
la foi a éclaté telle une flamme vive, cette foi qui avait été livrée à une
tentation de courte durée à la vue effrayante de la Croix du Golgotha.
Dans les temps passés, la sainte foi réchauffait le cœur de presque tout le
peuple russe, mais maintenant, pour la plus grande joie de l'ennemi de notre
salut, le diable, nombreux sont ceux qui se sont éloignés de la foi chrétienne.
Apparemment, proche est le temps, dont a parlé le Seigneur Jésus-Christ :
«Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-Il la foi sur terre ? » (Lc 18,
8). Mais forte et irrésistible, même pour les portes de l'enfer, est la sainte
foi des gens sincères et profondément fidèles du Christ, Son petit troupeau —
comme Il l'appelait durant Sa vie terrestre.
Et même si l'incrédulité se multiplie et triomphe, chaque année en ce Grand
Jour de la Résurrection du Christ, la grande nouvelle : « Christ est
ressuscité!» sera perçue avec une nouvelle force, même par le cœur des
chrétiens faibles.
Et les pasteurs du troupeau du Christ réchaufferont sans cesse dans le cœur des
gens cette joie et cette foi.
Acceptez vous aussi, frères et sœurs qui êtes proches à mon cœur, cette bonne
nouvelle, et de moi, votre hiérarque, ce baiser à distance.
Le Christ est avec nous, avec nous cette joie grande et éternelle de Sa
lumineuse résurrection.
Pâques 1955
Saint Luc
(1877-1961), archevêque de Simféropol en Crimée, était un grand chirugien et un
archevêque confesseur de la foi pendant la période soviétique. Malgré son
rattachement au métropolite Serge et sa participation au Synode de ce dernier,
l'archevêque Luc a beaucoup souffert pour sa foi et pour son activité
pastorale. Canonisé en l'an 2000 (en 1995 sur le plan local) par le patriarcat
de Moscou, sa mémoire est célébrée le 29 mai (11 juin selon le calendrier
civil). Par ses prières, de nombreuses guérisons ont été observées.
Ce message de Pâques à ses ouailles, prononcé en 1955, date d'il y a juste 55
ans, lorsque sévissait la lutte antireligieuse en Russie.
Sixième et dernier tract de la Rose Blanche.
Rédigé par le prof. Kurt Huber (le professeur de philosophie de Hans
Scholl et Alexander Schmorell), début février 1943 juste après la capitulation
allemande à Stalingrad, il s'adresse aux étudiants et sera imprimé à plus de 2
000 exemplaires. Mais quelques jours plus tard, le 18 février 1943,
trois membres de la Rose Blanche sont arrêtés par la Gestapo et condamnés à
mort ; deux mois plus tard, la Gestapo arrête trois autres membres. L'activité
de la Rose Blanche aura duré moins d'un an, mais le sacrifice de ces jeunes a
sauvé la réputation de l'Allemagne.
Étudiantes
! Étudiants !
La défaite de
Stalingrad a jeté notre peuple dans la stupeur. La vie de trois cent mille
Allemands, voilà ce qu'a coûté la stratégie géniale de ce soldat de deuxième
classe promu général des armées. Führer, nous te remercions !
Le peuple allemand
s'inquiète : allons-nous continuer de confier le sort de nos troupes à un
dilettante ? Allons-nous sacrifier les dernières forces vives du pays aux plus
bas instincts d'hégémonie d'une clique d'hommes de parti ? Jamais plus !
Le jour est venu de
demander des comptes à la plus exécrable tyrannie que ce peuple ait jamais
endurée. Au nom de la jeunesse allemande, nous exigeons de l'État d'Adolf
Hitler le retour à la liberté personnelle; nous voulons reprendre possession de
ce qui est à nous; notre pays, prétexte pour nous tromper si honteusement, nous
appartient.
Nous avons grandi dans
un État où toute expression de ses opinions personnelles était impossible. On a
essayé, dans ces années si importantes pour notre formation, de nous ôter toute
personnalité, de nous troubler, de nous empoisonner. Dans un brouillard de
phrases vides, on voulait étouffer en nous la pensée individuelle, et on
appelait cette méthode : «formation pour une conception saine du monde». Par le
choix du Führer, un choix comme on n'en pouvait faire de plus diabolique et de
plus borné à la fois, des hommes sont devenus des criminels sans dieu, sans
honte, sans conscience; il en a fait sa suite aveugle, stupide. Ce serait à
nous, «travailleurs intellectuels» de régler son compte à cette nouvelle clique
de Seigneurs. Des combattants du front sont traités comme des écoliers par des
Chefs de groupe, ou des aspirants Gauleiter.
Il n'est pour nous qu'un
impératif : lutter contre la dictature ! Quittons les rangs de ce parti nazi,
où l'on veut empêcher toute expression de notre pensée politique. Désertons les
amphithéâtres où paradent les chefs et les sous-chefs S.S., les flagorneurs et
les arrivistes. Nous réclamons une science non truquée, et la liberté
authentique de l'esprit. Aucune menace ne peut nous faire peur, et certes pas
la fermeture de nos Écoles Supérieures. Le combat de chacun d'entre nous a pour
enjeu notre liberté, et notre honneur de citoyen conscient de sa responsabilité
sociale.
Liberté et Honneur !
Pendant dix longues années, Hitler et ses partisans nous ont rebattu les
oreilles de ces deux mots, comme seuls savent le faire les dilettantes, qui
jettent aux cochons les valeurs les plus hautes d'une nation. Ce qu'ils
entendent par ces mots, ils l'ont montré suffisamment au cours de ces années où
toute liberté, matérielle aussi bien qu'intellectuelle, toute valeur morale
furent bafouées. L'effusion de sang qu'ils ont répandue dans l'Europe, au nom
de l'honneur allemand, a ouvert les yeux même au plus sot. La honte pèsera pour
toujours sur l'Allemagne, si la jeunesse ne s'insurge pas enfin pour écraser
ses bourreaux et bâtir une nouvelle Europe spirituelle.
Etudiantes ! Etudiants !
Le peuple allemand a les yeux fixés sur nous ! Il attend de nous, comme en
1813, le renversement de Napoléon, en 1943, celui de la terreur nazie.
Bérésina et Stalingrad
flambent à l'Est, les morts de Stalingrad nous implorent !
Nous nous dressons
contre l'asservissement de l'Europe par le National-Socialisme, dans une
affirmation nouvelle de liberté et d'honneur.
Le cinquième tract de la Rose Blanche (il y
en a eu six en tout) a été écrit après le retour du front russe, à l'hiver
1942/1943 par les étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell
et Hans Scholl et diffusés avec l'aide de leurs amis. Imprimé à
plusieurs milliers d'exemplaires, ce tract est distribué fin janvier 1943 à
Munich, Augsbourg, Francfort, Stuttgart, Salzbourg, Linz et Vienne. Plus tard,
c'est plusieurs millions d'exemplaires de ce 5e tract qui seront lâchés sur le
territoire allemand par l'aviation anglaise.
Ce nouveau tract est bien différent des précédents : une attaque en règle de l'Allemagne
prussienne, de son impérialisme, un « socialisme bien compris » est prôné. Plus
de références intellectuelles, plus de références chrétiennes
apparentes.
A p p e
l à t o u s l e s A l l e m a n
d s !
La guerre approche de
sa fin certaine. Comme en 1918, le gouvernement allemand essaie encore
d'attirer l'attention sur la force de l'arme sous-marine; mais à l'Est, les
troupes reculent sans cesse, et on s'attend à une invasion par l'Ouest.
L'Amérique n'est pas encore arrivée au maximum de son armement qui dépasse déjà
tout ce que l'histoire a connu. Hitler mène l'Allemagne à sa perte, cela a la
certitude mathématique. Hitler ne peut pas gagner la guerre, il n'arrive
qu'à la prolonger! Sa faute et celle de ses complices ont dépassé toute
limite. Le châtiment ne saurait tarder !
Mais que fait le peuple
allemand ? Il n'entend plus, ni ne voit; il suit aveuglement ses faux maîtres
dans le chemin du crime. Victoire à tout prix ! Voilà ce que vous avez écrit
sur vos drapeaux. «Je combats jusqu'au dernier homme», dit Hitler, quand la
guerre est perdue.
Allemands ! Voulez-vous
subir et imposer à vos enfants l'horrible sort des Juifs ? Les mêmes juges, qui
châtiront vos maîtres, vous sommeront-ils de rendre compte ? Et faudra-t-il,
pour vous comme pour eux, appliquer la même loi ? Serons-nous, pour toujours,
le peuple haï de tout, exclu du monde ? Non ! Refusez avec énergie d'être plus
longtemps les complices des monstres qui nous gouvernent. Prouvez clairement,
par votre action, que vous n'êtes pas des dupes ! Une nouvelle guerre de
libération commence. Les meilleurs combattent à nos côtés. L'indifférence n'est
plus permise. Décidez-vous, avant qu'il soit trop tard !
Ne croyez pas la
propagande nationale-socialiste qui, par la peur du danger bolcheviste, vous a
terrorisés. Ne croyez pas que le salut du pays dépende des succès du nazisme !
Un ordre social criminel ne saurait donner une victoire à l'Allemagne.
Séparez-vous à temps de tout ce qui sert ou glorifie cette dictature.
Une époque viendra où la justice, pour être bien fondée, n'en sera pas moins
implacable; elle comdamnera les indécis et les prudents comme des
traîtres.
Quelle conclusion tirer
de cette guerre, qui ne fut jamais nationale ?
D'où qu'elle vienne, la
puissance impérialiste ne doit plus jamais s'instaurer dans l'État. Un
militarisme prussien ne doit plus jamais parvenir au pouvoir. Les deux peuples
européens auront à se connaître et à s'unir pour jeter les bases d'un
relèvement commun. Toute force de nature dictatoriale, comme celle que l'État
prussien a tenté d'établir en Allemagne et dans toute l'Europe, doit rencontrer
une opposition irréductible. L'Allemagne future ne peut être que fédérale.
Seule une conception saine, et fédérale, de l'État donnera une nouvelle vie à
l'Europe affaiblie. Un socialisme bien compris libérera la classe des
travailleurs de la plus basse forme d'esclavage qui est la sienne. L'économie
particulariste doit cesser en Europe. Chaque peuple, chaque individu a droit
aux richesses du monde.
Liberté de parole,
liberté de croyance, protection des citoyens contre l'arbitraire des États
dictatoriaux criminels, telles sont les bases nécessaires de l'Europe
nouvelle.
Aidez les mouvements de résistance, distribuez les tracts !