Un beau cadeau du Père Nicolas à l'occasion de la fête, aujourd'hui, des
saints moines martyrs du Sinaï et de Raïthou.
Les deux récits sont extraits de la première traduction française faite et
préfacée par le Hiéromoine Nicolas de l'Evergetinos,
une anthologie de textes spirituels destinés à la formation de moines et de
laïcs pieux composée par le moine Paul, higoumène et fondateur (1050) du
monastère de la Mère de Dieu Bienfaitrice (Evergetis), près de Constantinople.
Cette traduction est parue récemment en quatre volumes reliés sous le titre de
Paroles et exemples des Pères. Les exemplaires sont disponibles. Les
personnes désireuses d'approfondir leur vie spirituelle et d'aider ce monastère
de tradition athonite (c'est un métochion de Simonos Petra) peuvent les
commander (28 € le volume) à l'adresse suivante : Monastère
Saint-Antoine-le-Grand, Editions du Monastère, Font de Laval, 26190
Saint-Laurent-en-Royans. France.
Everg. Tome 1, 12, [1]
Dans le récit de la mort des saints pères du Sinaï et de
Raïthou.

La mère d’un jeune moine (que la rumeur disait célèbre en tous lieux
pour la noblesse de son caractère) apprit que celui-ci avait courageusement
résisté aux barbares et, après avoir subi d’innombrables blessures, avait été
égorgé à l’intérieur même de la cellule où il avait vécu en ascète. Il ne s’en
était pas enfui quand il l’aurait pu et il avait refusé de déposer l’habit
monastique lorsque les barbares le lui enjoignirent avec la promesse de ne pas
le tuer s’il se soumettait. Leur ayant ainsi résisté de façon virile, il avait
subi courageusement la mort.
A cette nouvelle, cette mère montra par sa conduite qu’elle était de la même
race que lui, une mère véritablement digne de son fils : elle revêtit aussitôt
des vêtements resplendissants et changea tout son aspect extérieur en plus
radieux puis, élevant les mains vers le ciel, elle s’adressa à voix haute au
Christ-Sauveur : “Je t’avais remis, Maître, mon enfant et il m’est conservé
maintenant et pour les siècles. Je t’ai confié cet adolescent et j’ai pu
constater le soin que tu as pris de lui, et il m’est conservé, en vérité, sain,
sauf et invulnérable. Ce n’est pas le fait qu’il soit mort ni la manière dont
il a perdu la vie qui comptent pour moi. Ce que je considère, c’est qu’il a
échappé à l’expérience du péché. S’il a pu remettre son esprit immaculé entre
Tes mains, ce n’est pas parce que son corps fut meurtri de toutes parts ni
parce qu’il a supporté une fin amère, mais parce que son âme était alors pure
et sans tâche.
Pour moi, je compte ses blessures comme des récompenses, et j’estime que ses
plaies sont des couronnes. Je voudrais, mon enfant, que ton corps ait davantage
pâti pour que tes récompenses soient plus nombreuses. En cela tu m’as rétribuée
de t’avoir porté en mon sein. En cela tu as satisfait aux douleurs de
l’enfantement, en cela tu m’as offert la compensation de t’avoir allaité. Quoi
donc ? Ne me prendras-tu pas comme partenaire dans tes combats ? Quant à moi je
m’établis comme celle qui partage ta lutte.
Tu as lutté ? Et moi je me réjouis de la lutte. Tu t’es tenu face à la barbarie
avec un ferme courage ? Moi, je résiste aux lois impérieuses de la nature. Tu
as, aux yeux de tous, méprisé la mort ? Moi, je dépasse mon instinct maternel.
Tu as supporté sans plainte la douleur de l’immolation ? Moi, je supporte la
torture de mes entrailles déchirées. Nos tourments sont égaux, et les miens ne
sont pas moindres. Tu as vaincu, toi, par l’amertume de la douleur ? Moi, j’ai
l’avantage à cause de la longueur du temps. En effet, bien que tu aies souffert
grandement, la mort n’en est pas moins venue rapidement et une fois pour
toutes. Mais moi, je traîne ma souffrance à longueur de temps et je la supporte
en la modérant, considérant avec sagesse que tu jouis assurément auprès de Dieu
de la vie parfaite et que, dans peu de temps, j’en suis persuadée, je
bénéficierai là-haut du soin qu’on prend des Anciens lorsqu’en moi sera brisé
ce vase d’argile, quelle qu’en soit la manière, et que je m’en irai vers le
Siècle à venir.
Bienheureuse suis-je, entre toutes les mères pour avoir présenté à Dieu un tel
combattant : bienheureuse, encore une fois, car j’ai l’assurance en vérité de
pouvoir me glorifier à l’avenir, car c’est à cause du Christ que tu as été
délié et tu demeureras avec lui éternellement, jouissant de délices qui n’ont
pas de fin.”