DECLARATION DU PORTE-PAROLE ADJOINT DU QUAI D'ORSAY
(Paris, le 22 février 2000)




Q- Sur les événements de Mitrovica hier, avez-vous la même analyse que les Américains qui considèrent que la responsabilité revient à la communauté serbe ?

Concernant Mitrovica et la situation au Kosovo en général, il est probable qu'un membre du gouvernement aura à s'exprimer devant l'Assemblée nationale cet après-midi.

Q- C'est M. Védrine ?

Je ne sais pas si c'est décidé à l'heure où je vous parle, ça pourrait être lui.

Concernant les derniers événements, nous partageons l'analyse de nos partenaires selon laquelle la situation reste difficile à Mitrovica. Mais comme l'a dit Alain Richard à Ottawa, la situation reste sous contrôle de la MINUK et de la KFOR. En effet, la manifestation d'hier s'est terminée finalement sans violence et j'en profite pour saluer le sang froid et l'efficacité des forces qui ont su ramener le calme à Mitrovica. Il n'y avait pas que des forces françaises, il y avait aussi des brigades britanniques et danoises.

Nous avons noté que les responsables albanais de Mitrovica, par la voix de Bajram Rexepi, qui est maire de la partie sud de la ville, ont désavoué cette manifestation et ont réaffirmé leur désir de paix et de dialogue pour tous les Kosovars de Mitrovica.

En ce qui concerne les responsabilités des uns ou des autres, vous pouvez vous reporter aux déclarations qui ont été faites, en particulier celles du ministre de la Défense qui a dit que nous ferions tout pour démasquer les responsables des troubles et pour les juger. Le ministre a ajouté devant des journalistes à Ottawa qu'il y avait incontestablement des extrémistes qui cherchaient à empêcher tout progrès, mais il n'a pas spécifié si c'était des Albanais, des Serbes ou d'autres. Il est évident qu'il y a des extrémistes dans les deux camps.

Q- Considérez-vous que la situation et la tension actuelle est due aux extrémistes des deux camps ?

Je n'ai pas dit cela, j'ai dit que nous allions rechercher qui sont les responsables.

Q- Mais, les Américains disent clairement que les événements des derniers jours ont été déclenchés, fomentés même, c'est le terme employé par l'ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies R. Holbrooke, par les Serbes. Est-ce une analyse que vous partagez ?

Non, je crois qu'il est un peu tôt pour savoir quels sont les responsables précisément des incidents. Il faut faire des enquêtes, ne pas se précipiter, et juger ensuite les responsables.
Il faut distinguer ce qui se passe sur le terrain des contacts politiques. Lorsque les directeurs politiques ont rencontré la semaine dernière les responsables kosovars, ils ont fait appel à leur sens des responsabilités, l'on estime en effet que les extrémistes échappent au contrôle des responsables. Il s'agit donc de retrouver ces extrémistes, de les désarmer, or il y a des armes dans les deux camps. Ce que je peux dire, c'est que la situation est tendue, qu'il y a des extrémistes dans les deux camps, que nous allons chercher les responsables et les juger. Ce que nous cherchons à préserver, à garantir, c'est la coexistence pacifique entre les deux communautés, et nous nous félicitons aujourd'hui que la situation ait été maîtrisée sur le terrain.

Q- On a besoin de détails, on ne peut pas écrire quelque chose comme cela.

Non, pas nécessairement, parce que le ministre va probablement s'exprimer cet après-midi devant l'Assemblée nationale, vous pourrez alors « écrire ».

Q- Estimez-vous que les Américains se sont exprimés un petit peu trop tôt ?

Je ne commenterai pas les déclarations des Américains, je dis quelle est la position française.

Q- Il y a une confusion sur les responsables. Nous demandons les responsables de la violence, et vous avez parlé des responsables politiques, je ne pense pas que ce soit les mêmes.

C'est ce que je vous dis, c'est très compliqué, il faut bien savoir de quoi on parle.

Q- C'est un peu trop tôt pour savoir quels sont les responsables ?

Sur le terrain, il faut des enquêtes, qui mènent ensuite à des jugements. Notre détermination est totale, et nous surmonterons cette période de tensions. Nous démasquerons les responsables des factions. Le Ministre de la Défense s'est gardé de préciser si c'étaient les Serbes, les Albanais ou les deux, qui cherchaient à développer la tension et l'agressivité mutuelle pour empêcher la consolidation de la paix dans la province. Parallèlement nous rappelons aux responsables politiques la nécessité qu'ils reprennent le contrôle de ces factions.

Q- Vous inquiétez-vous de l'envoi de renforts serbes à la frontière avec le Kosovo ?

Je ne m'exprimerai pas sur cette question.

Q- Vous n'en avez pas la confirmation ?

Non. Je ne m'exprimerai pas sur cette question. Je n'ai pas d'éléments particuliers qui me permettent de donner un commentaire sur cette question précise mais je ne manquerai pas d'y revenir parce qu'effectivement, c'est une question importante.

Q- Avez-vous la confirmation ?

Non, je viens de vous le dire, je n'ai pas d'éléments qui me permettent de vous répondre aujourd'hui. Je pense qu'il vaudrait d'ailleurs mieux interroger le ministère de la Défense, s'agissant de question militaire.

Q- Vous savez que le point de presse des Affaires étrangères est ici ?

Oui, je ne suis pas obligée de vous répondre dans le sens que vous souhaitez, car vous avez votre opinion sur toutes les questions que vous posez ?

Q- Ce n'est pas une opinion, nous demandons si vous avez confirmation de mouvements de frontières. Les Serbes ont justifié certains mouvements.

Je ne m'exprimerai pas sur cette question aujourd'hui.

Q- Alors les Serbes ont-ils justifié ce mouvement de frontières qui reste à confirmer en disant que la KFOR ne faisait pas son travail car il y avait eu des infiltrations d'Albanais des attentats, et certaines versions disent que c'est une histoire montée par les Serbes. Avez-vous, sur cet autre aspect de la question quelque chose de clair, il y a des incidents, des tirs où je crois deux Albanais ont été tués. Sont-ce des gens assassinés, sont-ce des extrémistes qui ont franchi la frontière serbe sans être arrêtés par la KFOR ?

Je pense qu'il faut interroger la KFOR là-dessus, vous aurez beaucoup plus d'informations.

Q- Y a-t-il un site internet de la KFOR ?

Je ne sais pas, mais je peux vous donner les coordonnées des personnes que l'on peut appeler sur place.

Q- Y a-t-il eu des soldats français blessés hier ?

Je pense qu'il faut interroger le ministère de la Défense. Mais, s'il y en avait eu, a priori j'en serai informée.

Q- Mais les dépêches disent que oui ?

Je n'ai pas vu cela.

Source : diplomatie.fr