LES DIMANCHES DU TRIODE ET DU GRAND CARÊME
Les quatre dimanches qui précèdent le Carême, - qui tombent dans la période du Triode, d'où son nom -, de même que les dimanches du grand Carême, ont chacun une signification particulière qui concerne des aspects importants de l'Église. D'une manière simple je décrirai chaque dimanche et sa signification.
Les dimanches du Triode sont axés sur la pénitence, le repentir, le Jugement dernier et l'expulsion du paradis :
Le premier dimanche qui s'appelle Dimanche du Publicain et du Pharisien, nous apprend dans quel attitude le repentir doit se faire. Nous voyons le Pharisien se glorifier de ses œuvres de justice et Dieu le rejette à cause de son orgueil. Le Publicain, lui, avec un coeur contrit implore humblement le Seigneur et Celui-ci le justifie malgré ses péchés. Voici un chant de l'office qui illustre cela :
Frères, ne prions pas comme le pharisien. Car celui qui s'élève lui- même sera abaissé. Abaissons-nous devant Dieu, en implorant par le jeûne comme le douanier. Dieu Tu pardonneras nos fautes. (Vêpres du Samedi)

Le deuxième dimanche du Triode est celui du Fils prodigue. Le fils prodigue est chacun de nous. Tous nous sommes pécheurs et la pénitence nous attend. Après une vie dissipée dans le péché, retournons vers le Père de miséricordes.
"J'ai dispersé dans le mal la richesse divine que Tu m'avais donnée et je suis allé loin de Toi vivre dans la dissipation. Père miséricordieux, je reviens vers Toi. Tu me recevras", chantons-nous au canon des Matines du même dimanche.

Le Triode clos avec la semaine qui suit le dimanche du Jugement dernier (dimanche du carnaval), - image de notre vie qui nous amène à ce jour redoutable. Dieu est un Père plein de miséricorde et Il est également un juste Juge. Nier un de ces deux aspects équivaut à ignorer l'Écriture sainte et nos hymnes sacrées qui chantent ce dimanche-là :
Quand je considère l'heure du Jugement et du terrible avènement du Maître qui aime l'homme, je tremble et j'appelle, très juste Juge. Tu recevras mon repentir, par l'intercession de la Mère de Dieu.

Enfin le dernier dimanche avant le Carême, le dimanche du laitage, traite de l'expulsion du paradis. En rompant le jeûne (Tu ne mangeras pas du fruit de cet arbre), ce qui avait pour suite l'expulsion, il nous reste une seconde chance par le jeûne du Carême.

Les dimanches du Carême ont pour sujet des thèmes fondamentaux de l'Église.
Le premier dimanche, celui du Triomphe de l'Orthodoxie et du rétablissement des saintes icônes, célèbre la victoire de la vrai foi, en parole et en image sur les hérésies. Pourquoi ce dimanche figure au début du Carême et non à la fin ? Puisque la saine doctrine est la base de toute vie spirituelle authentique.
Le second dimanche est celui de saint Grégoire Palamas. Saint Grégoire a parfaitement défini, comme porte-parole des hésychiastes et de toute l'Orthodoxie, l'expérience de la vie spirituelle sans laquelle la doctrine resterait morte. La nature divine est inconnaissable, mais nous communions à ses énergies qui ne sont pas crées mais sont des manifestations de Dieu, dit-il en substance.
Le troisième dimanche est celui de la vénération de la sainte Croix qui est au centre du Carême de même que le mystère de la Croix est au contre de notre foi et autour duquel gravit l'économie du salut.
À saint Jean Climaque est dédié le quatrième dimanche. Saint Jean est pris comme modèle du maître de la vie spirituelle. C'est lui qui par ses écrits nous enseigne comment arriver à l'expérience de Dieu. Si saint Grégoire décrit le but, saint Jean indique le chemin.
Le cinquième et dernier dimanche commémore sainte Marie l'Égyptienne. C'est elle qui par sa vie montre la réalisation de ce que les maîtres enseignent. La vie et l'exemple emportent sur la parole. C'est pour cela qu'elle est mise en dernier pour achever le cycle.

Le Carême finalement débouche sur la passion et la résurrection du Christ sans laquelle toute notre vie spirituelle serait un impasse. Ce que nous vivons liturgiquement lors du Carême est l'image de notre vie de chaque jour. L'une nourrit et compénètre l'autre.
hm Cassien