« Apporter des éléments d'explication clairs pour les chrétiens non orthodoxes » n'est pas très simple, à vrai dire.
En fait, le débat concerne la situation de l'Eglise russe a ujourd'hui. Or, analyser l'histoire de l'Eglise orthodoxe russe au XXe siècle demande du recul. Ce passé nous est sans doute trop proche encore pour que nous puissions l'appréhender sans passions.

On peut cependant dire que c'est la tragédie de la révolution soviétique de 1917 qui a rapidement divisé l'Eglise. Au XXe siècle, les amis sont petit à petit devenus ennemis.
En France, par exemple, l'importante émigration russe du début du siècle s'est divisée en trois juridictions ecclésiastiques qui n'étaient pas en communion : c'est-à-dire que bien que les trois juridictions soient bien russes et bien orthodoxes (rien ne les distinguant sur le plan dogmatique), les paroissiens d'une juridiction évitaient de participer aux sacrements des autres juridictions...
Pendant ce temps, l'Eglise en Russie, terriblement éprouvée par les répressions (qui ont apporté à l'Eglise des centaines de milliers de nouveaux saints martyrs russes : au début du siècle, l'Eglise russe comportait 450 saints russes sur les 2 500 qu'elle honoraient, aujourd'hui elle en possède des milliers !), l'Eglise se débattait comme elle pouvait. Il serait sans doute trop compliqué de retracer ce chemin qui a conduit à des divisions entre ceux qui refusaient le compromis avec l'Etat athée et ceux qui sont allés trop loin dans les compromissions. Une chose est sûre : les compromissions n'assuraient pas la sécurité au clergé « officiel », comme le montre le destin de grands confesseurs comme l'évêque Luc de Simféropol (Crimée), chirurgien et thaumaturge canonisé aujourd'hui.

Avec la chute de la dictature communiste en Russie (qui coïncide avec la célébration du millénaire de la christianisation du pays — 988), les choses ont fortement changé dans tous les domaines, y compris dans le domaine religieux. Depuis une quinzaine d'années, le nombre d'églises, monastères, séminaires et autres établissements scolaires orthodoxes, publications religieuses a augmenté de façon étonnante — étonnante pour un pays qui semblait déchristianisé par un demi-siècle d'athéisme militant.
La hiérarchie de l'Eglise en Russie (patriarcat de Moscou) qui comptait une cinquantaine d'évêques dans les années 1990, en comporte trois fois plus aujourd'hui, rejoignant les chiffres de 1916. Evidemment, la direction du patriarcat de Moscou est toujours assurée par les « anciens », qui ont traversé la période soviétique et que l'on accuse parfois, en Occident, d'être compromis : «le patriarche guébiste (du KGB)» fait allusion au fait que l'actuel patriarche avait un nom d'agent du KGB (mais il n'est pas explicité en quoi consistait cette collaboration). En Russie, le peuple orthodoxe respecte son patriarche et ne lui reproche pas son passé, sans doute parce que, parmi les hommes de ce temps, rares sont ceux qui ont pu passer à côté des compromissions, à un niveau ou à un autre. A mon avis, s'il reste un homme de l'ère soviétique par son âge, par certaines de ses déclarations, le travail que le patriarche Alexis effectue à la tête de l'Eglise depuis une quinzaine d'années montre que l'intérêt de l'Eglise est sa seule préoccupation.

En France, les trois branches de l'Orthodoxie russe ont aussi changé quelque peu avec le changement de régime en Russie.
La juridiction la plus importante (affiliée au patriarcat grec de Constantinople) est celle de la «rue Daru» — nom de la rue où se trouve la cathédrale russe historique de Paris. Elle est maintenant entrée en complète communion avec l'Eglise de Moscou, mais, depuis peu, a fait le choix (controversé en son sein) de constituer progressivement une Eglise locale, s'éloignant donc, sans doute pour des raisons pastorales, de son rattachement originel à l'Eglise de Moscou.
La représentation du patriarcat de Moscou n'est pas majoritaire en France : elle n'est paradoxalement propriétaire d'aucune des églises historiques. Aujourd'hui, elle ne peut plus, évidemment, être accusée d'être à la solde de l'Etat communiste. Sa mission principale est de s'occuper des besoins spirituels des Russes, Ukrainiens ou Biélorusses qui ont récemment immigré.
La troisième juridiction est celle de l'Eglise russe hors frontières (site d'une des paroisses). Cette Eglise regroupe environ 250 paroisses sur tous les continents. Depuis 2000, elle a entrepris des efforts douloureux pour se rapprocher de l'Eglise de Moscou afin de s'affilier à elle canoniquement. Le document qui a fait l'objet du précédent billet est le premier aboutissement de ce rapprochement (il a été traduit en français à cette page). Le Malin, qui divise les hommes, a su créé la division ici aussi, en particulier dans le diocèse de France, où la moitié des paroisses s'est séparée — pour se diviser ensuite encore en deux groupes — car elles n'acceptaient pas le rapprochement avec le patriarcat de Moscou qu'elle considère comme œcuméniste, en particulier pour sa participation au Concile Œcuménique des Eglises (voir témoignages sur la 9e assemblée de février dernier). C'est à cet œcuménisme qu'il est fait allusion dans l'expression hérésies modernes.

On aimerait tant que les ennemis redeviennent AMIS, dans l'amour du Christ !