Une belle histoire racontée par l'abbesse Alexandra du couvent d'Ishim (Sibérie).
Elle remonte à l'époque où matouchka* s'appelait Maria Dimitrievna, était médecin en microbiologie dans l'un des hôpitaux de New York et, en même temps, lectrice à l'église du Synode. Mgr Evtikhij (d'Ishim — Eglise russe hors frontières) venait juste d'être ordonné et, deux fois par an, allait à New York pour les réunions du Synode. Matouchka, qui porte depuis toujours une affection particulière pour les animaux, avait à cette époque un petit chien. Comme tous les chiots, celui-ci était joyeux, communicatif et peu obéissant, et il fallut que la porte du garage (aux Etats-Unis, elles se ferment verticalement), en raison d'un incident, tombe justement sur le chiot alors qu'il se trouvait là. Il eut le dos cassé et le postérieur paralysé.
On imagine la tristesse de la pauvre matouchka.
Raisonnablement, il aurait fallu piquer le chiot ; mais l'être humain dans la peine est rarement doué de jugement, ou peut-être la raison en était-elle tout autre. Dans tous les cas, matouchka ne le fit pas piquer mais se mit à le chouchouter, souffrant avec lui à la vue de son regard qui semblait, en silence, demander quelque chose.
C'est précisément à cette époque que Mgr Evtikhij se trouva invité pour la première fois par la future matouchka. Ayant vu le chiot et ayant appris son histoire bien triste, il s'assit sur le parquet à côté du petit chien, mit la gueule de celui-ci sur ses genoux et, tout le reste du temps il resta assis ainsi, caressant et consolant le chiot souffrant.
Après le départ de l'évêque, le chiot se redressa subitement et fit quelques pas en titubant. Les jours suivants, il alla de mieux en mieux et guérit tout à fait, de sorte que de ce traumatisme il ne reste que des souvenirs. Cet événement, comme elle le dit elle-même, fit une forte impression sur matouchka. Et, qui sait ? c'est peut-être grâce à cela qu'elle se retrouva plus tard à Ishim, pour y fonder un monastère.

propos rapportés par Piotr d'Ishim.
* Le mot russe familier matouchka est utilisé pour nommer l'abbesse d'un monastère (il est alors suivi du prénom), mais aussi pour nommer l'épouse d'un prêtre (il est alors suivi du nom de famille)