Jean de Cronstadt

Notre Père ! que Ton règne arrive. Le Seigneur règne partout, dans tout le monde visible. Il règne dans tous les cœurs des anges; il règne aussi par sa puissance infinie et par sa justice sur les esprits du mal et sur les hommes adonnés au mal et à l'injustice. Les premiers sont par sa Volonté suprême enchaînés d'éternels liens et plongés dans les ténèbres jusqu'au jour du jugement, et les seconds sont condamnés à subir diverses punitions sur cette terre en attendant d'en subir encore dans l'éternité au milieu du feu inextinguible. Mais, comme il est la Vérité, Il ne règne pas par sa Vérité ni dans les démons, ni dans les hommes du mal, ni dans les injustes, parce qu'ils renferment le mensonge. Il ne règne pas en eux par l'amour, parce qu'ils renferment la méchanceté. Il ne règne pas non plus dans les impies ni par la foi, ni par l'espérance et l'amour, ni par l'esprit d'obéissance absolue à ses lois : Mais pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que Je dis ? (Luc 6,46). Si vous m'aimez gardez mes commandements. (Jn 14,15). Dieu règne sur moi, sur le moindre mouvement de mon âme et de mon corps, par exemple sur ma parole. Il règne sur mon corps et le fait obéir à ses lois pour tout ce qui concerne la nourriture, le repos, le sommeil, l'accroissement, le mouvement. Il règne sur mon âme par la pensée et la parole qui se produisent d'après ses lois. Mais Il ne règne pas toujours dans mon cœur, dans mes inclinations intimes et dans ma liberté. Je suis souvent enclin au mal et je commets le mal au lieu de faire le bien. Je m'oppose souvent au Seigneur et à ses lois. Je manque souvent de foi, je suis incrédule, égoïste, orgueilleux, je méprise les autres, je leur porte envie, j'ouvre mon âme à l'avarice, à la cupidité, à la soif de l'argent, à la sensualité; je remplis tous les désirs de ma chair coupable; je suis ambitieux, impatient, irascible, paresseux, je fais peu de bien, et s'il m'arrive d'en faire quelquefois, c'est grâce moins à ma volonté qu'à des circonstances étrangères à ma volonté et à mon cœur; je ne compatis pas aux souffrances de mes semblables, qui sont comme moi membres d'un seul et même corps, c'est-à-dire de l'Église. En un mot, le Seigneur ne règne pas toujours en moi ni par mes pensées, ni par mes sentiments, ni par mes actions dans le domaine de la foi, de l'espérance et de l'amour.

Ma vie en Christ de saint Jean de Cronstadt