Jean de Cronstadt

Lorsque tu récites tes prières, surtout d'après un livre, ne te hâte pas de les réciter sans te pénétrer de la vérité de toutes les paroles qu'elles renferment et que tu prononces et mets-les avant tout dans ton cœur. Tâche de faire tout ton possible pour arriver à ressentir sincèrement la vérité de ce que lu dis. Ton cœur poussé tantôt par la paresse et par l'indifférence, tantôt par le doute et l'incrédulité, tantôt par la distraction et par le souci des objets et des soins terrestres, tantôt par le souvenir d'une offense survenue de la part de quelqu'un et par le désir de la venger, tantôt par l'idée des plaisirs mondains ou du charme éprouvé à la lecture d'un roman et autres livres pareils, — ton cœur, dis-je, pourra contrarier l'efficacité de ta prière. Rends-toi maître de ton cœur, donne-le généreusement à Dieu, comme une offrande agréable au Seigneur : mon fiIs, donne-moi ton cœur. (Prov 23,26). Et alors ta prière te rapprochera de Dieu, t'unira à Lui et au ciel entier, et te remplira de l'Esprit divin et des fruits qu'il apporte, tels que la vérité, la paix, la joie, la douceur, la patience, la tendresse du cœur. Il se peut pourtant qu'il te tarde de terminer ta prière pour donner le repos à ton corps fatigue ? Fais que ta prière soit sincère et tu t'endormiras d'un sommeil doux, tranquille et réconfortant. Ne te hâte donc pas de la faire tant bien que mal. Une demi-heure que tu y consacres te fera gagner trois heures du sommeil le plus d'aller à ton emploi ou à ton travail, lève-toi de meilleure heure, ne dors pas longtemps et fais tout de même une fervente prière : tu te sentiras tranquille, énergique, et tout ce que tu entreprendras dans la journée sera couronné de succès. Ton cœur éprouve-t-il le désir de se livrer à la vanité mondaine ? Brise ce désir et que son trésor soit non la vanité, mais Dieu. Apprends à ton cœur, avant tout, à s'attacher à l'Éternel par la prière et non à la vanité du monde, afin que tu ne sois pas livré à la honte aux jours de ta maladie et à l'heure de ta mort : tout riche que tu puisses être aux yeux du monde, tu te présenterais à Dieu pauvre de foi, d'espérance et d'amour. Si tu ne pries pas comme je viens de le dire, ta vie manquera de perfection, car tu ne pourras pas acquérir la foi, cet l'entendement spirituel.

Ma vie en Christ de saint Jean de Cronstadt