Jean de Cronstadt

Te voilà à ta prière. Tu pries avec recueillement et ferveur, tu ressens intérieurement quelque chose qui te dit que le Seigneur t'entend et t'accueille favorablement. Tes pensées abondent de paix, ton cœur est tranquille et joyeux. Subitement, vers la fin de ta prière, tu faiblis, la paix disparaît, ton cœur se refroidit, ta pensée sommeille, et tu te sens sous le poids d'un énorme fardeau qui oppresse ton cœur. Tu éprouves une peine énorme, une sorte de répulsion même pour la prière, au lieu de la facilité et de la disposition que tu avais pour elle auparavant. Ne te laisse pas abattre par ce changement, mon ami, ce sont les embûches de l'ennemi, qui aime à se jouer de nous, surtout lorsque nous sommes sur le point de terminer nos pieuses occupations. Il veut nous faire tomber dans le découragement et nous faire croire que toute notre persévérance à poursuivre notre sainte œuvre n'a abouti à rien. Apprends par là à ne pas laisser faiblir ton esprit, ne fût-ce que pour un instant pendant la prière; apprends à prier en esprit et en vérité, sans défaillir, sans te permettre aucune supercherie envers le Seigneur, c'est-à-dire à ne pas prononcer un seul mot dissimule ou hypocrite, mais à faire en sorte que toute ta prière ne soit que l'expression de la vérité, l'interprète du saint Esprit, et qu'aucune de tes paroles ne serve au mensonge de l'ennemi et ne devienne l'organe du démon. Si ce malheur t'arrivait, tu sentirais comme un feu infernal brûler ton cœur. Oh ! alors prie sincèrement le Seigneur de t'en délivrer et reconnais devant Lui du fond de ton cœur ta faute, c'est-à-dire ton hypocrisie durant la prière. Tu verras que le soulagement et la paix ne tarderont pas à se produire en toi. Ne te presse pas, dis tout et fais tout tranquillement; tu en auras le temps. C'est l'ennemi qui presse et qui trouble, car la précipitation est toujours troublante et ne mène à rien de bon.

Ma vie en Christ de saint Jean de Cronstadt