conciliarité et spiritualité
Par ptit moine le dimanche 13 août 2006, 17:41 - réflexions - Lien permanent
Intéressé par la présence du nom du métropolite Antoine dans ce contexte, je me suis lancé dans la lecture. Il y est peu parlé du métropolite, en revanche, le métropolite Euloge y est plus naturellement cité, ayant été l'évêque du diocèse dont il est question sur ce site internet.
A la lecture de ce texte, on comprend mieux à quel point la première émigration russe était diversifiée. En gros, à mon avis, les juridictions dans l'Eglise russe de l'émigration étaient non le reflet de querelles humaines, mais le reflet de philosophies différentes.
Je me souviens avoir entrepris la lecture en russe des mémoires du métropolite Euloge (traduites il y a peu : Le chemin de ma vie. Mémoires du Métropolite Euloge. Paris, Traduit du russe par le Père Pierre Tchesnakoff, Presses Saint-Serge, 2005. 582 p.). Sans atteindre la période « française » de sa vie, j'ai abandonné le livre, déçu par un passage concernant le Grand concile de l'Eglise en 1917-1918 : Mgr Euloge était alors logé dans un monastère et il trouvait que les offices n'en finissaient pas. Je n'étais pas moine à l'époque, mais cette approche de la part d'un évêque qui, par définition, est moine, m'avait vraiment déçu.
A comparer avec la vie de Mgr Jean Maximovitch (Bernard Le Caro, Saint Jean de Changhaï, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2006, 318 p.). Mgr Jean, à l'inverse du métropolite Euloge, n'encourageait pas les coupures dans les offices mais mettait en valeur par ses charismes la richesse de la tradition orthodoxe.
De façon peut-être un peu provocatrice, je dirais que dans un cas, on défend une Eglise « conciliaire » ou plutôt pour emprunter un terme contemporain « démocratique » proche des confessions occidentales, dans l'autre une Eglise spirituelle. Dans le discours de Monsieur Struve, cité partiellement ci-après, on ne trouve pas une seule fois le mot spiritualité ou spirituel. Et ce n'est sans doute pas un hasard.
« Le métropolite Euloge souhaitait que l’on fasse une plus grande place à la lecture de la parole de Dieu, noyée, selon lui, dans des offices trop verbeux. Les Psaumes, soulignait-il, doivent être lus avec une attention toute particulière, vu leur portée universelle. Comme le texte slavon des psaumes est souvent incompréhensible, il serait préférable, si possible, de lire et de chanter les psaumes dans une traduction russe des Ecritures. Certaines prières trop répétitives, comme les ecténies ou les prières initiales, ne devraient être dites qu’une seule fois. Etant donné l’inadéquation de certaines prières lors des Vigiles, à cause aussi de la longueur de cet office, il serait bon de le scinder en deux et de célébrer les vêpres et les matines aux moments qui leur sont assignés, comme cela se fait dans les Eglises d’Orient : ne garder les Vigiles que pour les très grandes fêtes et les célébrer tard pour que les matines coïncident avec l’arrivée du matin ; on devrait aussi omettre dans la liturgie la prière pour les catéchumènes. Et ce n’est pas tout ! Mgr Euloge voudrait que l’on simplifie les offices épiscopaux en omettant les eis polla eti superflus, en particulier à la petite entrée, que l’on revoie les textes de nombreuses hymnes et lectures pour les rendre plus intelligibles et les rapprocher, autant que faire se peut, du russe moderne. Selon lui l’ordo du sacrement du baptême, du mariage et de l’onction sont excessivement longs et inadaptés à l’état physique et psychique de ceux auxquels on les applique ; aussi, dit-il, il est souhaitable d’abréger certaines prières alors que d’autres pourraient être simplement omises ... Je crains que toute ces exigences, si elles avaient été formulées aujourd’hui, auraient conduit nos thuriféraires d’une tradition russe soi-disant immuable à demander la déposition de Mgr Euloge.
Mais celui que l’on considérait comme l’un des évêques les plus conservateurs, Mgr Antoine Khrapovitski, s’est montré, dans ses exigences réformistes, encore plus radical : la langue des offices, affirmait-il, doit être adaptée à la compréhension des croyants, l’ordo révisé, la prière eucharistique lue à voix haute, l’iconostase réduite dans ses dimensions et les portes royales ouvertes durant toute la liturgie...
Revenons à aujourd’hui. La tradition dont nous devons nous réclamer, à la suite des éminents hiérarques que nous venons de citer, est une tradition vivante, ouverte, qui n’enferme pas la Bonne Nouvelle d’un Dieu mort sur la Croix pour donner vie à l’homme, dans un carcan administratif rigide et clérical ou dans une langue et dans des rites figées non dans leur forme originelle, mais à un moment particulier de l’histoire, dans l’un des avatars de cette forme, que pratiquement tous, il y a plus d’un siècle, considéraient déjà comme exigeant un renouvellement. »
source : exarchat.org




Commentaires
Voici un point de vue intéressant : de considérer la diversité de la première émigration russe, comme le reflet de "philosophies" différentes. J'ai lu récemment (en traduction) "Le chemin de ma vie" du Métropolite Euloge. Ce copieux ouvrage se lit "comme un roman" car il fut écrit d'une plume alerte, par quelqu'un à l'esprit vif, et non sans humour ! Il trace un portrait très vivant de son époque; c'est un témoignage de première main sur cette période troublée. Comme vous, je l'ai laissé en chemin, puis ai repris plus tard la lecture. Mais pas pour le même motif : je ne fus point choqué par ce qu'il dit de l'Office divin (il m'arrive aussi - horreur - de trouver indigestes certains canons et certaines pages du Ménée...) mais "saturé" après avoir lu tant de pages où l'auteur ne s'intéresse finalement qu'aux "structures" ecclésiastiques : toute une vie passée dans des questions d'administration ecclésiastique... Subsiste-t-il dans tout cela un intérêt pour le Christ ?
Mais je ne crois pas pourtant que la vie spirituelle puisse être mesurée à l'aune de la longueur des Offices. L'Orthodoxie ne souffrira pas du fait de chanter la Louange divine dans une langue compréhensible, et le ciel ne tombera pas sur notre tête si l'on ouvre les Portes Royales plus souvent et plus longtemps que ne le permet l'Orthodoxie russe. Quoi qu'il en soit, ces grands Hiérarques sont aujourd'hui auprès du Seigneur, et j'espère qu'ils intercèdent pour nous dans leurs prières.