« Le métropolite Euloge souhaitait que l’on fasse une plus grande place à la lecture de la parole de Dieu, noyée, selon lui, dans des offices trop verbeux. Les Psaumes, soulignait-il, doivent être lus avec une attention toute particulière, vu leur portée universelle. Comme le texte slavon des psaumes est souvent incompréhensible, il serait préférable, si possible, de lire et de chanter les psaumes dans une traduction russe des Ecritures. Certaines prières trop répétitives, comme les ecténies ou les prières initiales, ne devraient être dites qu’une seule fois. Etant donné l’inadéquation de certaines prières lors des Vigiles, à cause aussi de la longueur de cet office, il serait bon de le scinder en deux et de célébrer les vêpres et les matines aux moments qui leur sont assignés, comme cela se fait dans les Eglises d’Orient : ne garder les Vigiles que pour les très grandes fêtes et les célébrer tard pour que les matines coïncident avec l’arrivée du matin ; on devrait aussi omettre dans la liturgie la prière pour les catéchumènes. Et ce n’est pas tout ! Mgr Euloge voudrait que l’on simplifie les offices épiscopaux en omettant les eis polla eti superflus, en particulier à la petite entrée, que l’on revoie les textes de nombreuses hymnes et lectures pour les rendre plus intelligibles et les rapprocher, autant que faire se peut, du russe moderne. Selon lui l’ordo du sacrement du baptême, du mariage et de l’onction sont excessivement longs et inadaptés à l’état physique et psychique de ceux auxquels on les applique ; aussi, dit-il, il est souhaitable d’abréger certaines prières alors que d’autres pourraient être simplement omises ... Je crains que toute ces exigences, si elles avaient été formulées aujourd’hui, auraient conduit nos thuriféraires d’une tradition russe soi-disant immuable à demander la déposition de Mgr Euloge.
Mais celui que l’on considérait comme l’un des évêques les plus conservateurs, Mgr Antoine Khrapovitski, s’est montré, dans ses exigences réformistes, encore plus radical : la langue des offices, affirmait-il, doit être adaptée à la compréhension des croyants, l’ordo révisé, la prière eucharistique lue à voix haute, l’iconostase réduite dans ses dimensions et les portes royales ouvertes durant toute la liturgie...
Revenons à aujourd’hui. La tradition dont nous devons nous réclamer, à la suite des éminents hiérarques que nous venons de citer, est une tradition vivante, ouverte, qui n’enferme pas la Bonne Nouvelle d’un Dieu mort sur la Croix pour donner vie à l’homme, dans un carcan administratif rigide et clérical ou dans une langue et dans des rites figées non dans leur forme originelle, mais à un moment particulier de l’histoire, dans l’un des avatars de cette forme, que pratiquement tous, il y a plus d’un siècle, considéraient déjà comme exigeant un renouvellement. »
source : exarchat.org