Il y a des dissensions dans les familles chrétiennes, qui conduisent à des séparations et à des déchirements surtout pour les enfants; il y en a dans les monastères, où il arrive que des frères claquent la porte.
On peut donc dire : c'est normal, mais ce n'est pas normal que ce soit normal...
Les dissensions et luttes internes ne cesseront que lorsqu'on aura appris à lutter plus activement contre Malin, qui s'attaque avec beaucoup plus de force à ceux qui vivent près de Dieu.

Voilà pourquoi les Eglises orthodoxes sont les plus en proie au Malin. Elles sont toutes orthodoxes en ce sens qu'elles confessent toutes la même foi, enseignée par la Tradition des apôtres et des Pères saints. Les problèmes de calendrier ou autres ne sont pas essentiels, «dogmatiques».
Dans l'Eglise, il existe des « canons » — ce sont des précisions sur les dogmes, d'abord, puis sur l'organisation des Eglises locales. Ces canons ont été entérinés par les différents conciles œcuméniques et conciles locaux : ils ne peuvent être contestés.
Mais l'existence même de ces lois montre que des choses très élémentaires (par exemple, l'interdiction pour un évêque d'intervenir dans un diocèse qui n'est pas le sien) n'étaient pas respectées et qu'il fallait donc réglementer certaines choses, les hommes étant ce qu'ils sont...

Dans l'exemple que vous citez (Mgr Basile, en Angleterre) — un évêque quitte son Eglise pour passer dans une autre. Or, les canons prévoient qu'un évêque ne peut quitter son diocèse sans l'assentiment du Métropolite dont il dépend. Au mépris de ce canon essentiel, aujourd'hui, le patriarche de Constantinople et, derrière lui toutes les Eglises «grecques» (Jérusalem, Alexandrie, Grèce), reçoit un évêque du patriarcat de Moscou sans la lettre d'autorisation de son autorité. Vous imaginez les conséquences de cette décision sur les relations entre les divers patriarcats !
Je pense qu'il y a aujourd'hui dans l'orthodoxie une forte lutte d'influences entre Constantinople et Moscou : Moscou est redevenu une grande Eglise avec beaucoup d'évêques et de fidèles ; Constantinople a perdu son rôle phare de patriarcat œcuménique (= universel), car si le patriarcat de Moscou représente effectivement son peuple de fidèles en pleine expansion (ce qui est d'ailleurs une exception dans le christianisme contemporain), celui de Constantinople n'est plus, à mon avis, qu'une représentation historique : il est malheureusement isolé depuis longtemps dans un pays où il se trouve quasi hors la loi, et il doit chercher ses ouailles ailleurs.

Pour ce qui concerne l'orthodoxie russe, c'est aussi vraiment un vrai casse-tête pour ceux qui sont attirés par l'Eglise orthodoxe. Je pense d'ailleurs que les orthodoxes ne s'y retrouvent pas eux-mêmes.
En Europe occidentale, il y avait trois «juridictions» : Daru, Hors frontières et p. de Moscou. Aujourd'hui, les divisions au sein de l'Eglise hors frontières ont conduit à plusieurs schismes (en France, en particulier, c'est un vrai malheur !). Il n'est pas facile de s'y retrouver !

Pour ce qui est du patriarcat de Moscou, c'est un sujet délicat, car nous avons été tant habitués à accuser l'Eglise rouge (à juste titre, le plus souvent), qu'on a du mal à accepter objectivement les changements qui s'y produisent. Pour le voir, il suffit de se rendre en Russie, d'aller dans les églises et les monastères.
J'ai passé deux semaines à Moscou l'année dernière pour une exposition où notre petite maison d'édition était représentée avec celle de Jordanville. Je vivais au monastère Srétenski, qui est considéré comme officiel. Ce monastère possède une maison d'édition extrêmement active, un séminaire et, bien sûr, des moines. Je dois dire que tout ce que j'y ai vu : cette jeunesse vivante qui se consacre à Dieu, le travail missionnaire fourni, etc. m'a fortement réjoui. Ayant la possibilité de comparer avec ce que nous faisons ici, franchement, on ne peut qu'admirer.
Bien sûr, le jeu politique de la direction du patriarcat qui oblige le Patriarche à féliciter toutes sortes de gens peu recommandables (Arafat, Castro et d'autres) est plutôt incompréhensible aujourd'hui.
Mais il faut remettre cela dans le contexte d'un pays qui a fonctionné ainsi pendant très longtemps. Changer cela demandera vraisemblablement plusieurs générations. Comme, aussi, la suppression du mausolée de Lénine de la place Rouge : il est clair pour tous les Russes que cet homme momifié a conduit en son temps la Russie au malheur, mais on ne peut toujours pas se débarrasser de ce symbole. Quand cette génération aura disparu, les symboles n'auront plus de raison d'être.
Cela dit, quel que soit le passé du patriarche actuel, on ne peut ignorer le travail qu'il effectue pour l'Eglise russe depuis 15 ans : à son âge, il officie presque tous les jours (et vous savez combien durent nos offices), reçoit, gère un grand nombre de prêtres de son diocèse de Moscou, doit faire des discours officiels, prendre des décisions de dimension politique, etc. Il serait injuste d'insister encore sur son passé, car visiblement le peuple chrétien de Russie aime son patriarche et lui a pardonné ses «erreurs» (sans doute aussi parce que peu nombreux sont ceux qui ont pu échapper aux compromissions de ce siècle terrible).

Dans la réalité, je pense que finalement tous ces problèmes ne sont pas si importants, car ils sont externes.
Ce qui est essentiel pour nous, c'est notre vie spirituelle personnelle. Et, à mesure que nous avançons dans la vie spirituelle, les hommes se convertissent autour de nous, comme le faisait remarquer saint Séraphim de Sarov.
Sans oublier pour autant l'«orthodoxie» de notre foi, car il y a des hérétiques célèbres du premier millénaire, incontestablement des gens de prière et des ascètes, mais l'orgueil et la présomption — c'est-à-dire le Malin — les ont conduit à inventer des dogmes personnels qui les ont finalement écartés de Dieu et de l'Eglise.
Si nous gardons ces deux guides — vie spirituelle et foi orthodoxe —, nous sommes dans l'Eglise, et toutes les dissensions, querelles et autres turpitudes humaines ne devront plus nous toucher beaucoup.

Priez pour nous !
Et que Dieu vous protège !