1.
Le mercredi 8 novembre 2006, 23:35 par Christophoros
Je trouve que le berger allemand, ça ne fait pas...comment
dirais-je...."couleur locale"..., un souvenir des troupes allemandes ? Elles
sont montées si haut ?
► Alors, je vous propose la photo d'un berger du Caucase, gardien
d'un ancien petit monastère dans la même région de Sibérie.
En compagnie de l'abbesse.
ptit moine
PS. Mon ami sibérien me précise que les bergers allemands ont
sans doute été importés en Russie après la Guerre.
Il y a même une variante du berger de l'Europe orientale : le chien est de
couleur gris-noir et plus grand. Les uns et les autres sont très populaires en
Russie.
2.
Le vendredi 10 novembre 2006, 00:27 par Christophoros
Une de mes lectures préférées "Kaputt" de Malaparte (Folio) (traduit de
l'italien par Juliette Bertrand ) : "Les chars armés, suivis des corps
d'assaut, avaient déjà pénétré profondément dans la plaine déserte. Après les
premiers coups de fusil, un grand silence s'était abattu sur cette immense
étendue onduleuse de chaumes et d'herbes brûlées par les premières gelées de
l'automne. Il semblait que les Russes eussent abandonné le champ de bataille
pour s'enfuir là-bas, au-delà du fleuve; quelques gros volatiles s'élevaient
des fourrés d'acacias; des bandes de petits oiseaux gris qui avaient l'air de
moineaux, montaient des prés en piaillant, et leurs ailes avaient des reflets
ternes dans le rayonnement du soleil levant. D'un étang éloigné deux canards
sauvages prirent leur vol en ramant lentement de leurs ailes - quant tout à
coup d'un bois situé là-bas au fond, on vit surgir quelques points noirs, puis
d'autres et d'autres encore, qui remuaient rapidement, disparaissaient dans les
broussailles, reparaissaient plus près, et se précipitaient à toute vitesse à
la rencontre des "Panzer" allemands. Die Hunde ! Die Hunde ! Les chiens ! Les
chiens ! criaient d'une voix terrifiée les soldats autour de nous. Le vent
apportait l'aboiement joyeux et féroce d'une meute à la poursuite d'un
renard.
Devant le brusque assaut des chiens, les Panzer s'étaient mis à zigzaguer en
crachant rageusement leur mitraille. Les troupes d'assaut qui suivaient
s'arrêtèrent, hésitantes, puis se débandèrent et s'enfuirent comme prises de
panique, de-ci, de-là dans la plaine. Le crépitement des mitrailleuses arrivait
pur et léger comme un tintement de verre. L'aboiement de la meute mordait sur
le ronflement rageur des moteurs, on entendait de temps en temps un faible cri
que le vent éteignait au milieu du bruissement des herbes : Die Hunde ! Die
Hunde ! Tout à coup le bruit sourd d'une explosion nous arriva, puis une autre
et d'autres encore, et on vit deux, trois, cinq Panzer sauter en l'air, des
plaques d'acier luire au milieu de hauts geyzer de terre.
- Ah ! les chiens ! dit le général von Schobert en se passant la main sur le
visage. C'étaient les chiens antichars dressés par les Russes à aller chercher
leur repas sous le ventre des chars armés. Amenés en ligne au moment d'une
attaque imminente, laissés à jeun un jour ou deux, aussitôt que les Panzer
allemands débouchaient des bois ou se déployaient en éventail dans la plaine :
Pachol ! Pachol ! leur criaient les soldats russes en lâchant toute la meute
affamée. Allez ! Allez ! et les chiens portant sur leur dos une musette remplie
d'un violent explosif, l'antenne d'acier du contact dressé sur l'échine comme
une petite antenne de radio, couraient avidement et de toutes leurs forces vers
les chars pour aller chercher leur repas sous le ventre des Panzer allemands;
ils se fourraient sous les chars armés, et les chars sautaient: die Hunde ! die
Hunde ! criaient les soldats autour de nous. Mortellement pâle, un sourire
triste sur les lèvres, le général von Schobert se passa la main sur la figure,
me regarda et dit en français, d'une voix déjà morte :
- Ah pourquoi, pourquoi ? Les chiens aussi.
C'est ainsi que les soldats allemands devinrent chaque jour plus féroces,
que la chasse aux chiens était impitoyable et furieuse, et que les vieux
Cosaques riaient en se donnant des tapes sur les genoux : Ah biedni sabachki !
Ah les pauvres chiens ! La nuit on entendait hurler dans la plaine noire et
gratter anxieusement autour des barrières de jardins.
- Qui va là ? criaient les sentinelles allemandes d'une voix étrange. Les
enfants se réveillaient, sautaient à bas de leur lit, ouvraient tout doucement
la porte, appellaient à voix basse dans le noir : Iddi sua, iddi suda: viens
ici, viens ici !
Un matin je dis au Sonderfuhrer de Melitopol : - Quand vous les aurez tous
tués, quand il n'y aura plus de chiens en Russie, ce seront les enfants russes
qui se faufileront sous le ventre de vos chars. - Ach ! ils sont tous de la
même race ! répond-il en soupirant. Tous fils de chiens ! et il s'éloigna en
crachant par terre avec un profond mépris.
- I like russian dogs, dit Westman, they ought to be the fathers of the
brave russian boys.
Commentaires
Je trouve que le berger allemand, ça ne fait pas...comment dirais-je...."couleur locale"..., un souvenir des troupes allemandes ? Elles sont montées si haut ?
Une de mes lectures préférées "Kaputt" de Malaparte (Folio) (traduit de l'italien par Juliette Bertrand ) : "Les chars armés, suivis des corps d'assaut, avaient déjà pénétré profondément dans la plaine déserte. Après les premiers coups de fusil, un grand silence s'était abattu sur cette immense étendue onduleuse de chaumes et d'herbes brûlées par les premières gelées de l'automne. Il semblait que les Russes eussent abandonné le champ de bataille pour s'enfuir là-bas, au-delà du fleuve; quelques gros volatiles s'élevaient des fourrés d'acacias; des bandes de petits oiseaux gris qui avaient l'air de moineaux, montaient des prés en piaillant, et leurs ailes avaient des reflets ternes dans le rayonnement du soleil levant. D'un étang éloigné deux canards sauvages prirent leur vol en ramant lentement de leurs ailes - quant tout à coup d'un bois situé là-bas au fond, on vit surgir quelques points noirs, puis d'autres et d'autres encore, qui remuaient rapidement, disparaissaient dans les broussailles, reparaissaient plus près, et se précipitaient à toute vitesse à la rencontre des "Panzer" allemands. Die Hunde ! Die Hunde ! Les chiens ! Les chiens ! criaient d'une voix terrifiée les soldats autour de nous. Le vent apportait l'aboiement joyeux et féroce d'une meute à la poursuite d'un renard.
Devant le brusque assaut des chiens, les Panzer s'étaient mis à zigzaguer en crachant rageusement leur mitraille. Les troupes d'assaut qui suivaient s'arrêtèrent, hésitantes, puis se débandèrent et s'enfuirent comme prises de panique, de-ci, de-là dans la plaine. Le crépitement des mitrailleuses arrivait pur et léger comme un tintement de verre. L'aboiement de la meute mordait sur le ronflement rageur des moteurs, on entendait de temps en temps un faible cri que le vent éteignait au milieu du bruissement des herbes : Die Hunde ! Die Hunde ! Tout à coup le bruit sourd d'une explosion nous arriva, puis une autre et d'autres encore, et on vit deux, trois, cinq Panzer sauter en l'air, des plaques d'acier luire au milieu de hauts geyzer de terre.
- Ah ! les chiens ! dit le général von Schobert en se passant la main sur le visage. C'étaient les chiens antichars dressés par les Russes à aller chercher leur repas sous le ventre des chars armés. Amenés en ligne au moment d'une attaque imminente, laissés à jeun un jour ou deux, aussitôt que les Panzer allemands débouchaient des bois ou se déployaient en éventail dans la plaine : Pachol ! Pachol ! leur criaient les soldats russes en lâchant toute la meute affamée. Allez ! Allez ! et les chiens portant sur leur dos une musette remplie d'un violent explosif, l'antenne d'acier du contact dressé sur l'échine comme une petite antenne de radio, couraient avidement et de toutes leurs forces vers les chars pour aller chercher leur repas sous le ventre des Panzer allemands; ils se fourraient sous les chars armés, et les chars sautaient: die Hunde ! die Hunde ! criaient les soldats autour de nous. Mortellement pâle, un sourire triste sur les lèvres, le général von Schobert se passa la main sur la figure, me regarda et dit en français, d'une voix déjà morte :
- Ah pourquoi, pourquoi ? Les chiens aussi.
C'est ainsi que les soldats allemands devinrent chaque jour plus féroces, que la chasse aux chiens était impitoyable et furieuse, et que les vieux Cosaques riaient en se donnant des tapes sur les genoux : Ah biedni sabachki ! Ah les pauvres chiens ! La nuit on entendait hurler dans la plaine noire et gratter anxieusement autour des barrières de jardins.
- Qui va là ? criaient les sentinelles allemandes d'une voix étrange. Les enfants se réveillaient, sautaient à bas de leur lit, ouvraient tout doucement la porte, appellaient à voix basse dans le noir : Iddi sua, iddi suda: viens ici, viens ici !
Un matin je dis au Sonderfuhrer de Melitopol : - Quand vous les aurez tous tués, quand il n'y aura plus de chiens en Russie, ce seront les enfants russes qui se faufileront sous le ventre de vos chars. - Ach ! ils sont tous de la même race ! répond-il en soupirant. Tous fils de chiens ! et il s'éloigna en crachant par terre avec un profond mépris.
- I like russian dogs, dit Westman, they ought to be the fathers of the brave russian boys.