vers Bernau
Par ptit moine le dimanche 19 novembre 2006, 16:20 - voyages - Lien permanent

Aujourd'hui, toute notre petite compagnie s'est rendue chez le protodiacre qui a prié notre évêque de bénir sa nouvelle chapelle «personnelle».
Quant à moi, j'avais promis à notre interné de le visiter, j'ai donc fait le voyage vers les Alpes.
C'est toujours l'été indien et la vue sur les Alpes est imprenable... mais je les ai tout de même prises en photo.
Ces derniers temps les visites sont plutôt éprouvantes.
En entrant dans la prison, on présente ses papiers — qui sont rendus à la sortie —, demande la personne à visiter, puis on se rend dans la salle d'attente (fermée hermétiquement). L'attente y est très variable : aujourd'hui, j'ai attendu une heure. Le détenu attend le même temps car on les rassemble dans une pièce, le temps de remplir une fournée. Il faut dire que quand on attend si longtemps enfermé, on ne sait plus trop qui est le détenu : le vrai ou le visiteur.
Notre ami m'a raconté un événement récent assez effrayant :
Dans une prison allemande pour jeunes (19—20 ans), trois détenus ont pendu le
quatrième co-turne.
Ils étaient quatre dans une cellule, ce qui est beaucoup bien sûr, et trois d'entre eux violentaient sans cesse le quatrième. Un jour, ils décidèrent de le pendre. Le malheureux tenta bien d'appeler les gardiens par la sonnette d'alarme, mais les assassins leur firent croire qu'ils avaient appuyé la sonnette malencontreusement.
Ils voulaient faire passer ce crime pour un suicide, car la législation autorise la libération de ceux qui ont assisté à un suicide et se trouvent psychiquement choqués...
Mais l'enquête du procureur a confirmé l'assassinat.

Ils étaient quatre dans une cellule, ce qui est beaucoup bien sûr, et trois d'entre eux violentaient sans cesse le quatrième. Un jour, ils décidèrent de le pendre. Le malheureux tenta bien d'appeler les gardiens par la sonnette d'alarme, mais les assassins leur firent croire qu'ils avaient appuyé la sonnette malencontreusement.
Ils voulaient faire passer ce crime pour un suicide, car la législation autorise la libération de ceux qui ont assisté à un suicide et se trouvent psychiquement choqués...
Mais l'enquête du procureur a confirmé l'assassinat.




Commentaires
C'est vrai, c'est épouvantable... mais à tout prendre, il y a des drames tout aussi sordides à l'extérieur des prisons...
Exemple : dans l'école d'un de mes enfants, un adolescent vient de se pendre à la tringle à rideaux de sa chambre avec la laisse de son chien...
Dona eis requiem, Domine ! Pitié Seigneur !!!!!
Chaque fois que je pense à ce genre de choses, cela m'évoque - par effet de contraste - un petit temple protestant fondé par des Français - à Bad Homburg près de Francfort-sur-le-Main (j'y suis allé trois fois pour des baptêmes et un mariage, je devais être le seul Français et le seul catholique...). Sur la chaire du pasteur a été peinte une colombe avec cette légende, en français : "ici, j'ai trouvé mon asile"...
Et s'agissant de colombe, je suis tombé récemment sur ce texte tiré de Un temps pour vivre, un temps pour mourir de E. M Remarque, traduit par Michel Tournier (la scène se passe dans une ville allemande bombardée pendant WW2...) :
"Arrivé devant les ruines, il constata quelques changements survenus depuis sa dernière visite. Le fauteuil de velours avait disparu. Quelqu'un avait dû l'emporter. A l'emplacement où il se trouvait quelques journaux émergeaient des décombres. Il gravit les ruines et entreprit de les dégager. C'était d'anciennes feuilles du soir, déchirées et jaunies. Des noms de victoires s'étalaient orgueilleusement sur la première page. Il les jeta et reprit ses recherches. Au bout d'un moment, il découvrit un petit livre, coincé, ouvert entre deux poutres. Il s'en empara et le reconnut. C'était un livre de classe qui lui avait appartenu. Sur la page de garde son nom était écrit en lettres à demi effacées. Il devait avoir douze ou treize ans quand il y avait inscrit.
C'était le catéchisme de ses cours d'instruction religieuse. Un recueil de questions innombrables avec les réponses correspondantes. Les pages étaient maculées, et sur certaines d'entre elles on lisait encore des remarques qu'il avait écrites en marge. Les souvenirs se pressaient en lui avec une violence inattendue. Tout semblait ébranlé, et il n'aurait pu dire si c'était la ville détruite avec ce ciel calme et nacré qui tremblait ou seulement ce petit livre entre ses mains avec ses réponses si simples, si évidentes à toutes les questions que se pose l'humanité.
Il posa le livre et continua à chercher. Il ne trouva plus rien - aucun autre livre, pas un objet ayant appartenu à ses parents. Rien d'étonnant à cela : l'appartement était au second étage et toutes leurs affaires devaient être profondément enfouies sous les décombres. Le catéchisme avait sans doute été projeté en l'air par l'explosion, puis il avait dû retomber lentement en vol plané. Comme une colombe, pensa-t-il, une colombe blanche et solitaire, un oiseau de paix et de confiance, avec toutes ses questions et ses réponses au milieu d'une nuit de feu et de suie, de chair broyée, de cris et de mort.
Il s'attarda un moment encore au milieu des ruines. Le vent du soir se leva et fit tourner quelques pages du petit livre comme si un esprit invisible y lisait. "Dieu est un être tout-puissant, infiniment bon, infiniment aimable, créateur et maître de toute chose..."
my kinda of town to retire in