moines martyrs de l'Athos
Par ptit moine le lundi 18 décembre 2006, 17:00 - fêtes - Lien permanent
Au calendrier de l'Église orthodoxe figurent aujourd'hui des saints dont
l'appellation peut étonner aujourd'hui.
Ce sont les moines martyrisés par les Latins à Karyes (Память
монахов в Карее от латин избиенных). De nombreux monastères de la Sainte
Montagne sont en effet persécutés en cette fin du XIIIe siècle (en premier lieu
le monastère Zograf),
mais chaque monastère célèbre séparément ses moines martyrs.
Aujourd'hui, nous célébrons la mémoire de ceux de la capitale du
Mont-Athos.
Leur exploit est lié à celui de nombreux moines du mont Athos qui ont souffert
de la politique de l'empereur Michel Paléologue. L'empereur byzantin Michel
VIII, qui avait pris le pouvoir de façon illégale après avoir chassé et aveuglé
le fils de l'empereur Théodore II, avait rétabli l'empire byzantin de
Constantinople en 1261. Michel VIII entreprend alors des démarches pour l'union
des Eglises d'Orient et d'Occident, espérant ainsi que le Pape interviendra
dans le conflit qui l'oppose à Charles 1er d'Anjou
(frère de Saint Louis).
En 1274, le pape Grégoire X convoque le concile de Lyon, auquel est invité
l'empereur Michel Paléologue, pour régler le problème de l'union des Eglises.
Parmi les conditions de l'Union, le pape indiquait l'acceptation par les Grecs
du credo latin (avec l'ajout du filioque) et la
reconnaissance de la primauté du Pape. L'ambassade latine fut reçue avec
attention par l'empereur byzantin, mais le patriarche orthodoxe Joseph et le
clergé étaient opposés à l'Union. Le Patriarche fut reclus dans un monastère,
et l'empereur envoya à Lyon une délégation au nom de l'Eglise orientale, qui
acceptait de se soumettre entièrement à l'autorité papale, mais l'empereur
demandait cependant de laisser aux Grecs le credo sans le
filioque.
L'union entre les Eglises était réalisée.
Paléologue était d'autant plus ravi de l'issue de l'affaire que le Pape
insistait pour que soit conclue la paix entre Byzance et Charles d'Anjou. Il
restait maintenant à faire passer cette union dans l'Eglise grecque. Malgré
tous les efforts entrepris par Michel VIII (le patriarche est remplacé, le
clergé opposant jeté en prison où il n'hésitent pas à jeter également ses
propres proches), l'Union n'est pas acceptée par l'Eglise grecque.
L'Union de Lyon s'achève avec la mort de l'empereur Michel (1282), car son fils
Andronique II prend le parti de l'Eglise orthodoxe. En 1283, se réunit à
Constantinople un concile où est condamné, en particulier, le dogme romain qui
fait procéder l'Esprit-Saint du Père et du Fils
(filioque).
Les moines de Karyes, dont nous célébrons la mémoire aujourd'hui, s'y opposèrent et achevèrent leur vie terrestre dans le martyre.
Sources :
Большая Российская
Энциклопедия, 1995
Повесть о нашествии
папистов на Святую Гору Афонскую



Commentaires
La question du concile de Lyon me fait songer à quel point toutes ces tentatives de rapprochement entre catholiques et orthodoxes sont vaines. Au 13e siècle le concile de Lyon, au 15e siècle celui de Florence - union contre laquelle a si vaillament combattu saint Marc d'Ephèse en opposant des arguments théologiques.
Quel est le sens des tentatives de rapprochement d'aujourd'hui? Si aux 13 et 15es siècles les arguments théologiques ont fait échoué l'union, aujourd'hui se sont ajoutés des dogmes nouveaux (infaillibilité papale, Immaculée Conception) qui ont encore plus éloigné les Eglises d'Orient et d'Occident.