de la vie monastique contemporaine
Par ptit moine le vendredi 29 décembre 2006, 17:52 - vie monastique - Lien permanent
La fin de l'année est toujours l'occasion pour le patriarche
Alexis de faire, devant l'assemblée diocésaine de Moscou, le point sur l'année
passée.
Cette année, dans la partie consacrée aux paroisses
et monastères, le Patriarche est assez critique.
Sur la vie monastique, il tient les propos suivants :
1) Il rappelle que le temps de la reconstruction des monastères après la période soviétique arrive maintenant à sa fin et qu'il convient de développer la vie spirituelle derrière les beaux murs des monastères. « Le monachisme a pour mission d'atteindre ici sur terre l'idéal de l'Évangile et en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité, vous efforçant de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix (Eph. 4, 2-3) dans les monastères. »
2) il note que l'on remarque dans certains monastères — même anciens — « l'importation de l'esprit du siècle ». Pour de nombreux moines et moniales, le monachisme se résume en ces mots : « Procurez-moi des conditions confortables et ne m'empêchez pas d'accomplir mon salut car je sais moi-même ce dont j'ai besoin. »
3) « le monastère est le lieu des exploits où il faut rechercher non pas le repos de la chair et une vie joyeuse, mais les exploits dans la lutte contre le péché. »
4) Ce qui rassemble les moines est l'ordo des offices divins et la prière en commun.
5) « Il n'est pas autorisé d'ignorer les repas communs pour les remplacer par une cuisine personnelle. »
6) « Il n'est pas acceptable que moines, moniales ou novices
possèdent un téléviseur dans leurs cellules ainsi que l'accès à internet.
»7) « La possession de maisons, autos, garages ou autres est, pour un moine, une enfreinte évidente au vœu de pauvreté. »
8) « Si l'on observe la fréquentation de l'office de la polunoscnitsa [premier office célébré tôt le matin], on a l'impression que nous n'avons ni frères ni sœurs : il n'est fréquenté que par un tout petit nombre. »
9) On remarque aussi, heureusement, une tendance louable de commémorer les pères décédés des monastères.
Certains monastères éditent même des ouvrages, publient des matériels nouveaux sur la vie des moines qui y habitaient auparavant.
Le Patriarche termine cet exposé en incitant les moines à être dignes de leur haute vocation, citant saint Jean l'Escarcelle :
« La lumière pour les moines ce sont les Anges ; la lumière pour tous les hommes c'est la vie monastique... Si cette lumière sont les ténèbres, alors les ténèbres — c'est-à-dire ceux qui vivent dans le monde — deviendront d'autant plus obscures. »



Commentaires
"Il n'est pas acceptable que les moines aient accès à internet"...bigre...vous le prenez comment ?
C'est en effet un des moments forts de l'exposé du patriarche. Il faut préciser qu'il parle de l'accès à internet dans les cellules des moines. Dans la proposition suivante (que j'ai omise), il indique que les moyens d'information doivent se trouver — avec la bénédiction des autorités monastiques — dans des lieux appropriés.
Et pour ce qui me concerne, le lieu est plutôt approprié puisque c'est mon lieu de travail, notre maison d'édition pour laquelle internet est aujourd'hui devenu indispensable : les échanges d'articles et de clichés s'effectuent par mail quotidiennement.
À ce propos, il y a quelques années, en Terre Sainte, j'ai visité un monastère catholique près de Jérusalem. Le moine parlait le russe et nous avons pu parler un peu de nos expériences. À ma question sur l'utilisation des ordinateurs et d'internet, il m'a expliqué que chaque moine avait dans sa cellule un notebook avec accès internet. Ce qui a fortement « choqué » mon confrère russe du monastère troglodyte Saint-Chariton, dans le désert de Judée, où il n'y a pas d'électricité...
En tout cas, c'est un sujet intéressant pour appréhender le monachisme de notre siècle.
"monachisme de notre siècle" n'est-ce pas un oxymore puisque par définition les moines vivent "hors du siècle" (ce sont des réguliers et non des séculiers) ? Dans quel état j'erre ! (On pourrait dire aussi que, pour être spirituel, il faut s'affranchir de l'esprit du temps qui par définition n'en a pas...)
Magnifique...n'exagérons rien... en rangeant hier ma bibliothèque j'ai ouvert un bouquin acheté il y a un an sur les quais pour quelques euros à cause de son titre "et...ils me firent russe" par Mgr Gérard-Paulin Scolardi (visiblement publié à compte d'auteur - une rareté...), je l'ouvre au hasard, p.117 un texte vraiment magnifique ( en guise de cadeau de Noel en avance ou en retard comme on voudra...) :
"La Providence nous guide alors que nous croyons nous en servir. A Antibes, un extraordinaire "suspens" m'attendait, ce fut un après-midi de printemps. Je fus mis en contact, grâce à un Vicaire de la Paroisse, Monsieur l'abbé Lagarde, avec le monde russe qui jusqu'à ce jour, m'était totalement inconnu.
A ce prêtre, un matin après la Messe, je dis : "Connaissez-vous, Monsieur l'Abbé, quelqu'un, Monsieur ou dame, pouvant me donner des répétitions d'Anglais ou d'Allemand ? J'ai du temps libre devant moi, pourquoi rester sans rien faire pendant mes six mois de service militaire qui me restent à accomplir ?"
- "Mais bien sûr, allez au Chemin des Sables entre Antibes et Juan-les-Pins et dans telle propriété vous y verrez de ma part Mlle Lay, elle s'occupe d'orphelins russes. Je pense qu'elle vous accueillera bien. Des leçons d'anglais, mais elle vous en donnera. C'est une directrice d'oeuvre très cultivée".
Et voilà, cette aimable personne - soixante ans environ - qui m'ouvrit sa maison, son orphelinat plutôt. Elle me présenta à ses aides et "ses enfants", trente environ, garçons et fillettes de 5 à 12 ans. Et voilà, toute la Russie entra ce jour-là dans mon esprit et mon affection. Parmi ses aides un jeune homme Géorgien, parlant bien le français, fut assez autoritaire pour me dire "mais apprenez le russe, voyons?...C'est aussi riche d'avenir que l'anglais ou l'allemand. Croyez-moi."
C'est si simple, tenez là-bas, voici Serge, appelez-le, oui par gestes si vous le désirez...mais mieux en lui parlant, vous en êtes capable. Dites "Sergui idi souda". Je fis ce que demandait le jeune Géorgien et Serge vint - "Voyez vous l'avez appelé, le petit est venu. Sergui idi souda ! cela veut dire: "Serge, viens ici". Vous parlerez très bien le russe."
- "Le russe, voyez-vous ce n'est rien. Il s'agit de s'y mettre. Allez à Cannes, trouvez une grammaire et je vous assure, avant trois mois, vous parlerez à ces petits et à Serge sans difficulté. Je vous donnerai des leçons."
Un peu surpris j'ai fait ce qu'a demandé le jeune Géorgien. Je revins avec ma grammaire sous le bras et voilà comment, j'ai commencé à apprendre la langue: Snieg : la neige Stoul : la chaise Lochad : le cheval Sevodnia, ia boudou où vas : Je serais aujourd'hui chez vous
et les semaines ont passé, puis trois ou quatre mois et j'étais fier de me mettre à l'étude de la langue russe. Rarissimes étaient les français alors étudiant cette langue, c'était dur, mais je voulais arriver à quelque chose avant de quitter le régiment en septembre.
Le complément à cette étude, je l'ai eu à la Cathédrale Russe de Nice, un samedi soir, avec l'étudiant Géorgien. J'allai la visiter et nous tombons sur une cérémonie religieuse, c'était un mariage. J'assistais alors à une office divinement splendide. J'ouvrais des yeux, des oreilles, et mon coeur s'émut. Quels chants ! Quelles merveilles ces icônes illuminées !
D'en parler, j'en suis encore ému ! C'était ça, la religion des barbares, des barbares russes ?... des bolcheviks ?
Ma décision était prise, désormais je vais apprendre tout et tout du monde slave." ( ... )