cadeau de Noël de Christophoros
Par ptit moine le dimanche 31 décembre 2006, 12:04 - Lien permanent
En rangeant hier ma bibliothèque, j'ai ouvert un bouquin acheté il y a un an sur les quais pour quelques euros à cause de son titre Et... ils me firent russe ?, par Mgr Gérard-Paulin Scolardi (visiblement publié à compte d'auteur — une rareté...). Je l'ouvre au hasard, p. 117 — un texte vraiment magnifique (en guise de cadeau de Noël en avance ou en retard comme on voudra...) :
« La Providence nous guide alors que nous croyons nous en servir. A Antibes,
un extraordinaire « suspens » m'attendait, ce fut un après-midi de printemps.
Je fus mis en contact, grâce à un Vicaire de la Paroisse, Monsieur l'abbé
Lagarde, avec le monde russe qui jusqu'à ce jour, m'était totalement
inconnu.
A ce prêtre, un matin après la Messe, je dis : « Connaissez-vous, Monsieur
l'Abbé, quelqu'un, monsieur ou dame, pouvant me donner des répétitions
d'anglais ou d'allemand ? J'ai du temps libre devant moi, pourquoi rester sans
rien faire pendant mes six mois de service militaire qui me restent à accomplir
? »
— Mais bien sûr, allez au chemin des Sables entre Antibes et Juan-les-Pins et
dans telle propriété vous y verrez de ma part Mlle Lay, elle s'occupe
d'orphelins russes. Je pense qu'elle vous accueillera bien. Des leçons
d'anglais, mais elle vous en donnera. C'est une directrice d'œuvre très
cultivée.
Et voilà, cette aimable personne — soixante ans environ — qui m'ouvrit sa
maison, son orphelinat plutôt. Elle me présenta à ses aides et « ses
enfants », trente environ, garçons et fillettes de 5 à 12 ans. Et voilà, toute
la Russie entra ce jour-là dans mon esprit et mon affection. Parmi ses aides,
un jeune homme Géorgien, parlant bien le français, fut assez autoritaire pour
me dire : « mais apprenez le russe, voyons ?... C'est aussi riche d'avenir
que l'anglais ou l'allemand. Croyez-moi.
C'est si simple, tenez là-bas, voici Serge, appelez-le, oui par gestes si vous
le désirez... mais mieux en lui parlant, vous en êtes capable. Dites :
Sergui idi souda ». Je fis ce que demandait le jeune Géorgien et Serge
vint.
« Voyez, vous l'avez appelé, le petit est venu. Sergui idi souda !
cela veut dire : Serge, viens ici. Vous parlerez très bien le russe.
Le russe, voyez-vous ce n'est rien. Il s'agit de s'y mettre. Allez à Cannes,
trouvez une grammaire et je vous assure, avant trois mois, vous parlerez à ces
petits et à Serge sans difficulté. Je vous donnerai des leçons. »
Un peu surpris, j'ai fait ce qu'a demandé le jeune Géorgien. Je revins avec ma
grammaire sous le bras et voilà comment j'ai commencé à apprendre la
langue : snieg : la neige stoul : la
chaise ; lochad : le cheval ; sevodnia, ia boudou
ou vas : Je serais aujourd'hui chez vous.
Et les semaines ont passé, puis trois ou quatre mois et j'étais fier de me
mettre à l'étude de la langue russe. Rarissimes étaient les Français alors
étudiant cette langue, c'était dur, mais je voulais arriver à quelque chose
avant de quitter le régiment en septembre.
Le complément à cette étude, je l'ai eu à la cathédrale
russe de Nice, un samedi soir, avec l'étudiant géorgien. J'allai la visiter et
nous tombons sur une cérémonie religieuse, c'était un mariage. J'assistais
alors à un office divinement splendide. J'ouvrais des yeux, des oreilles, et
mon cœur s'émut. Quels chants ! Quelles merveilles, ces icônes illuminées
!
D'en parler, j'en suis encore ému ! C'était ça, la religion des barbares, des
barbares russes ?... des bolcheviks ?
Ma décision était prise, désormais je vais apprendre tout et tout du monde
slave. » [...]
Autres ouvrages de Mgr Scolardi :
1. SCOLARDI (P.-G.) Au service de Rome et de Moscou au XVIIe siècle:
Krijanich, messager de l'unité des chrétiens et père du panslavisme.
1947.
2. SCOLARDI, Monseigneur
Paulin— Marseille la grecque. Son empire et Rome. 1974.
3. SCOLARDI (MGR.
PAULIN GÉRARD), Taoroentum, Cité antique, Cité mystérieuse. 1971.
Et un témoignage sur Mgr Scolardi :
« Camérier secret du pape, Mgr Scolardi avait été dans les années 20 du siècle
dernier, le seul prêtre catholique séculier, en France, de rite
byzantino-slave. Célébrer en slavon, un jour de juillet 1928, la divine
liturgie de saint Jean Chrysostome (c'était la première messe du nouveau prêtre
) dans l'église Saint-Joseph du Pont-du-Las ... c'était vraiment faire quelque
chose qui sortait tout à fait de l'ordinaire. Il y avait là, à cette époque,
quelque chose de marginalisant. Scolardi avait fait une thèse sur Georges
Krijanich, un prêtre catholique croate né en 1618 et mort en 1683 dans les
combats sous les murs de Vienne ... » (source)



Commentaires
Cherche tout renseignement sur Monseigneur Abbé Paulin SCOLARDI parrain de mon oncle CANZANO à Marseille.Merci beaucoup.Daniel
Bonjour
J'ai trés bien connu Monseigneur Scolardi, que souhaitez-vous savoir le concernant ?
Amicalement
Marie-George
Bonjour et merci pour votre reponse.
J'aimerais tout savoir de sa vie. De sa naissance (en Italie, je crois) à sa mort. Depuis mon enfance, j'en ai toujours entendu parler (des bribes) par ma mère et c'est toujours resté une énigme pour moi, à savoir : comment cet homme, connu et reconnu, était-il devenu le parrain d'un de mes oncle, côté maternel (que d'ailleurs, je n'ai pas connu), et dont ma mère n'a le souvenir que du haut de ses 8 ou 9 ans puisqu'à cet elle a été orpheline de mère et père et aussitôt coupée totalement du monde exterieur (placée dans un couvent du Bd Baille à Marseille)...
Avez-vous des photos de Monseigneur ? Peut-être avait-il lui même conservé des photos de ses amis (peut-être des parents de ma mère dans les années 1936-1939, Quartier de Beaumont-plateau à Marseille) ? Merci encore.
Daniel de Marseille...
PS les parents de ma mère s'appelaient Canzano/Gosset
Bonjour Marie-Georges.Pourquoi n'ai-je plus de nouvelles? Vous m'aviez paru si volontaire pour me renseigner.Merci de me donner de vos nouvelles.Cordialement.Daniel
Bonjour Daniel,
Je suis touché par votre message.
Je suis prêtre séculier à Avignon et je dois à Monseigneur pour une part ma vocation.
Je sais que son fils spirituel, monseigneur Michel Berger est dans le diocèse de Digne.
abbé Mathieu