« La Providence nous guide alors que nous croyons nous en servir. A Antibes, un extraordinaire « suspens » m'attendait, ce fut un après-midi de printemps. Je fus mis en contact, grâce à un Vicaire de la Paroisse, Monsieur l'abbé Lagarde, avec le monde russe qui jusqu'à ce jour, m'était totalement inconnu.

A ce prêtre, un matin après la Messe, je dis : « Connaissez-vous, Monsieur l'Abbé, quelqu'un, monsieur ou dame, pouvant me donner des répétitions d'anglais ou d'allemand ? J'ai du temps libre devant moi, pourquoi rester sans rien faire pendant mes six mois de service militaire qui me restent à accomplir ? »

— Mais bien sûr, allez au chemin des Sables entre Antibes et Juan-les-Pins et dans telle propriété vous y verrez de ma part Mlle Lay, elle s'occupe d'orphelins russes. Je pense qu'elle vous accueillera bien. Des leçons d'anglais, mais elle vous en donnera. C'est une directrice d'œuvre très cultivée.

Et voilà, cette aimable personne — soixante ans environ — qui m'ouvrit sa maison, son orphelinat plutôt. Elle me présenta à ses aides et  « ses enfants », trente environ, garçons et fillettes de 5 à 12 ans. Et voilà, toute la Russie entra ce jour-là dans mon esprit et mon affection. Parmi ses aides, un jeune homme Géorgien, parlant bien le français, fut assez autoritaire pour me dire : « mais apprenez le russe, voyons ?... C'est aussi riche d'avenir que l'anglais ou l'allemand. Croyez-moi.
C'est si simple, tenez là-bas, voici Serge, appelez-le, oui par gestes si vous le désirez... mais mieux en lui parlant, vous en êtes capable. Dites : Sergui idi souda ». Je fis ce que demandait le jeune Géorgien et Serge vint. 
« Voyez, vous l'avez appelé, le petit est venu. Sergui idi souda ! cela veut dire : Serge, viens ici. Vous parlerez très bien le russe.
Le russe, voyez-vous ce n'est rien. Il s'agit de s'y mettre. Allez à Cannes, trouvez une grammaire et je vous assure, avant trois mois, vous parlerez à ces petits et à Serge sans difficulté. Je vous donnerai des leçons. »

Un peu surpris, j'ai fait ce qu'a demandé le jeune Géorgien. Je revins avec ma grammaire sous le bras et voilà comment j'ai commencé à apprendre la langue : snieg : la neige  stoul : la chaise ; lochad : le cheval ; sevodnia, ia boudou ou vas : Je serais aujourd'hui chez vous.

Et les semaines ont passé, puis trois ou quatre mois et j'étais fier de me mettre à l'étude de la langue russe. Rarissimes étaient les Français alors étudiant cette langue, c'était dur, mais je voulais arriver à quelque chose avant de quitter le régiment en septembre.

cathédrale de niceLe complément à cette étude, je l'ai eu à la cathédrale russe de Nice, un samedi soir, avec l'étudiant géorgien. J'allai la visiter et nous tombons sur une cérémonie religieuse, c'était un mariage. J'assistais alors à un office divinement splendide. J'ouvrais des yeux, des oreilles, et mon cœur s'émut. Quels chants ! Quelles merveilles, ces icônes illuminées !

D'en parler, j'en suis encore ému ! C'était ça, la religion des barbares, des barbares russes ?... des bolcheviks ?

Ma décision était prise, désormais je vais apprendre tout et tout du monde slave. » [...]



Autres ouvrages de Mgr Scolardi :
1. SCOLARDI (P.-G.) Au service de Rome et de Moscou au XVIIe siècle: Krijanich, messager de l'unité des chrétiens et père du panslavisme. 1947.
2. SCOLARDI, Monseigneur Paulin— Marseille la grecque. Son empire et Rome. 1974.
3. SCOLARDI (MGR. PAULIN GÉRARD), Taoroentum, Cité antique, Cité mystérieuse. 1971.

Et un témoignage sur Mgr Scolardi :
« Camérier secret du pape, Mgr Scolardi avait été dans les années 20 du siècle dernier, le seul prêtre catholique séculier, en France, de rite byzantino-slave. Célébrer en slavon, un jour de juillet 1928, la divine liturgie de saint Jean Chrysostome (c'était la première messe du nouveau prêtre ) dans l'église Saint-Joseph du Pont-du-Las ... c'était vraiment faire quelque chose qui sortait tout à fait de l'ordinaire. Il y avait là, à cette époque, quelque chose de marginalisant. Scolardi avait fait une thèse sur Georges Krijanich, un prêtre catholique croate né en 1618 et mort en 1683 dans les combats sous les murs de Vienne ... » (source)