Par ptit moine le dimanche 7 janvier 2007, 00:00 - Lien permanent
Commentaires
1.
Le dimanche 7 janvier 2007, 02:48 par Christophoros
Joyeux Noel, cher Petit Moine (2h.24 heure de Paris).... Suis en train de
lire et de méditer l'excellent ouvrage de Mgr Scolardi (alias Scolardoff) :
p.151 :
"Maintenant que je regarde avec le recul du temps, je cherche à comprendre
la raison de la création du Séminaire Russe de Lille (années 20 du siècle
dernier) et les raisons de ceux qui frappèrent à sa porte.
En définitive, combien fûmes-nous dans cette maison, en tout 6 ou 7. Pour
moi le désir de parfaire mes études russes m'y fit entrer et bien sûr la
nécessité d'obéir au prélat nourricier.
Savez-vous qu'à cette époque, il ne devait pas y avoir cent français qui
fussent attirés par les langues et les civilisations des peuples slaves ?
Les Bolcheviks, graines de sauvage tout ça !
Pourtant historiquement et philologiquement la connaissance de ce monde-là
constituait un enrichissement formidable de l'esprit.
Je ne comprenais pas alors que je pûsse refuser ce que la Providence avait
mis sous mes yeux le jour ou j'ai dit : "Serge, idi ciouda", nous sommes ainsi
fait qu'après coup nous cherchons à connaître le pourquoi de nos engagements
dans telle traverse intellectuelle et le pourquoi de notre persévérance.
Parmi une quinzaine de jeunes russes, tout compte fait, ayant séjourné à
Saint-Basile - ce séminaire a duré 8 ans - trois sont sortis prêtres
catholiques russes de rite byzantino-slave.
L'un est mort à Berlin deux ans après sa prêtrise : Monsieur Spassky. Un
autre son successeur Dlousky mourut dans le secteur américain de Berlin, un
troisième monsieur l'abbé Richter, très attaché aux Pères Jésuites, les suivit
dans les déplacements de leur collège qu'ils avaient fondé pour enfants des
émigrés russes à Namur, puis à Passy, enfin à Meudon. Trois sur quinze c'est
peu, mis à part Skolardoff qui fut le quatrième.
Je cherche les raisons de cet insuccès. A l'Université de Lille les études
étaient attrayantes, au Séminaire nous parlions russe, à la chapelle on
célébrait les cérémonies en slavon. La vie en soi était agréable, pour tous le
pain et le sel était assuré par la Sacrée Congrégation des Eglises Orientales
de Rome, il y avait même du beurre.
Avec le recul des ans, je réfléchis et je trouve l'une des failles les plus
évidentes : la forme latine du célibat ecclésiastique; était-ce bien ou mal, je
me garderai d'en juger.
Un latin sait et accepte, un grec ou un russe n'accepte pas cet impératif
même délicatement présenté. Il y a la liberté absolue en cette matière dans
l'Eglise Orientale et même dans les Eglises Catholiques de l'Orient. Ces
étudiants de Lille connaissaient bien ce fait historique et cette tradition de
l'Orient.
Les prêtres de l'Eglise d'Orient sont à 90 pour 100 mariés du moment que cet
état est accepté avant le diaconat. Un prêtre russe a sa femme la "popadia" et
ses enfants parfois très nombreux. Les bons Pères de Lille le savaient bien.
Aussi avons-nous vu un cas très étrange, un soir Monsieur X séminariste se
présenta chez le supérieur - Père Dominicain ne l'oubliez pas - et il lui
présenta sa fiancée, une étudiante française de l'Université Catholique et...il
demanda normalement d'être marié par lui. L'affaire en soi était régulière pour
ce russe, le Père, lui, se trouvait devant un fait insolite.
Enfin, après de longues tractations, Monsieur le Supérieur du Séminaire
procéda à la cérémonie du mariage mais les collègues du jeune séminariste
n'assistèrent pas à ce sacrement, ni aux agapes qui suivirent. L'exemple
pouvait être contagieux. De plus l'étudiant par son mariage s'était exclu du
séminaire. On ne le vit plus.
Le fait de Saint-Basile n'est pas isolé. Je le retrouverai plus tard à Rome,
au Russicum.
A Amay-sur-Meuse des religieux étudiant l'anglicanisme ou l'orthodoxie,
finirent par assimiler la mentalité des sciences religieuses qui leur étaient
chères..et en abandonnant l'Eglise catholique, ils se marièrent et firent leur
profession de foi dans ces Eglises dont ils étudiaient les institutions.
(...)
Commentaires
Joyeux Noel, cher Petit Moine (2h.24 heure de Paris).... Suis en train de lire et de méditer l'excellent ouvrage de Mgr Scolardi (alias Scolardoff) : p.151 :
"Maintenant que je regarde avec le recul du temps, je cherche à comprendre la raison de la création du Séminaire Russe de Lille (années 20 du siècle dernier) et les raisons de ceux qui frappèrent à sa porte.
En définitive, combien fûmes-nous dans cette maison, en tout 6 ou 7. Pour moi le désir de parfaire mes études russes m'y fit entrer et bien sûr la nécessité d'obéir au prélat nourricier.
Savez-vous qu'à cette époque, il ne devait pas y avoir cent français qui fussent attirés par les langues et les civilisations des peuples slaves ?
Les Bolcheviks, graines de sauvage tout ça !
Pourtant historiquement et philologiquement la connaissance de ce monde-là constituait un enrichissement formidable de l'esprit.
Je ne comprenais pas alors que je pûsse refuser ce que la Providence avait mis sous mes yeux le jour ou j'ai dit : "Serge, idi ciouda", nous sommes ainsi fait qu'après coup nous cherchons à connaître le pourquoi de nos engagements dans telle traverse intellectuelle et le pourquoi de notre persévérance.
Parmi une quinzaine de jeunes russes, tout compte fait, ayant séjourné à Saint-Basile - ce séminaire a duré 8 ans - trois sont sortis prêtres catholiques russes de rite byzantino-slave.
L'un est mort à Berlin deux ans après sa prêtrise : Monsieur Spassky. Un autre son successeur Dlousky mourut dans le secteur américain de Berlin, un troisième monsieur l'abbé Richter, très attaché aux Pères Jésuites, les suivit dans les déplacements de leur collège qu'ils avaient fondé pour enfants des émigrés russes à Namur, puis à Passy, enfin à Meudon. Trois sur quinze c'est peu, mis à part Skolardoff qui fut le quatrième.
Je cherche les raisons de cet insuccès. A l'Université de Lille les études étaient attrayantes, au Séminaire nous parlions russe, à la chapelle on célébrait les cérémonies en slavon. La vie en soi était agréable, pour tous le pain et le sel était assuré par la Sacrée Congrégation des Eglises Orientales de Rome, il y avait même du beurre.
Avec le recul des ans, je réfléchis et je trouve l'une des failles les plus évidentes : la forme latine du célibat ecclésiastique; était-ce bien ou mal, je me garderai d'en juger.
Un latin sait et accepte, un grec ou un russe n'accepte pas cet impératif même délicatement présenté. Il y a la liberté absolue en cette matière dans l'Eglise Orientale et même dans les Eglises Catholiques de l'Orient. Ces étudiants de Lille connaissaient bien ce fait historique et cette tradition de l'Orient.
Les prêtres de l'Eglise d'Orient sont à 90 pour 100 mariés du moment que cet état est accepté avant le diaconat. Un prêtre russe a sa femme la "popadia" et ses enfants parfois très nombreux. Les bons Pères de Lille le savaient bien. Aussi avons-nous vu un cas très étrange, un soir Monsieur X séminariste se présenta chez le supérieur - Père Dominicain ne l'oubliez pas - et il lui présenta sa fiancée, une étudiante française de l'Université Catholique et...il demanda normalement d'être marié par lui. L'affaire en soi était régulière pour ce russe, le Père, lui, se trouvait devant un fait insolite.
Enfin, après de longues tractations, Monsieur le Supérieur du Séminaire procéda à la cérémonie du mariage mais les collègues du jeune séminariste n'assistèrent pas à ce sacrement, ni aux agapes qui suivirent. L'exemple pouvait être contagieux. De plus l'étudiant par son mariage s'était exclu du séminaire. On ne le vit plus.
Le fait de Saint-Basile n'est pas isolé. Je le retrouverai plus tard à Rome, au Russicum.
A Amay-sur-Meuse des religieux étudiant l'anglicanisme ou l'orthodoxie, finirent par assimiler la mentalité des sciences religieuses qui leur étaient chères..et en abandonnant l'Eglise catholique, ils se marièrent et firent leur profession de foi dans ces Eglises dont ils étudiaient les institutions. (...)