En jetant un coup d'œil sur l'œuvre de Tolstoï (ses œuvres complètes sont disponibles en russe sur internet), je me suis arrêté sur ses essais religieux, en particulier sur sa Critique de la théologie dogmatique. Je dois dire que je ne m'attendais pas à un tel orgueil : il remet en cause trois catéchismes qui sont pourtant des références pour tout chrétien — celui de saint Jean Damascène (VIIIe s.), du métropolite Philarète de Moscou (XIXe s., canonisé il y a peu) et La théologie dogmatique du métropolite Macaire (même si on ne peut nier le bien-fondé du courant contestant l'approche macairienne)...

En fait, il suffit de lire attentivement le texte de l'excommunication prononcée par le Saint-Synode de l'Église russe en 1901 pour comprendre la nécessité de ce geste. Il y est cité 12 raisons justifiant cette décision (2 points secondaires sont contestés par Tolstoï). Voici les 10 points non contestés :
1) ne reconnaît pas le Dieu vivant glorifié dans la Sainte Trinité,
2) nie le Seigneur Jésus Christ comme Dieu-homme,
3) nie Jésus Christ comme Rédempteur, ayant souffert pour nous les hommes et pour notre salut,
4) nie Jésus Christ comme Sauveur du monde,
5) nie la résurrection de Jésus Christ,
6) nie la conception humaine sans semence du Christ Seigneur,
7) nie la virginité de la Vierge Marie avant la naissance du Christ,
8) nie la virginité de la Vierge Marie après la naissance du Christ,
9) - 10)
11) nie la validité de tous les sacrements de l'Église et la grâce du Saint Esprit agissant en eux,
12) se moquant des objets les plus saints de la foi du peuple orthodoxe, n'a pas reculé devant le fait de se moquer du plus grand des sacrements — la sainte Eucharistie.

La réponse de Tolstoï confirme les accusations et ses commentaires, à mon grand étonnement, sont franchement affligeants. J'en retiendrai quatre :

  • [La décision du Synode] est arbitraire car elle n'accuse que moi d'impiété [...] alors que [...] presque tous les gens instruits de Russie partagent cette impiété, l'exprimaient et l'expriment dans les conversations, les lectures, les brochures et les livres.
    (Cela donne une idée de l'état d'esprit de l'intelligentsia de cette époque — état d'esprit qui a, malheureusement, conduit à la révolution de 1917.)
  • Il est tout à fait juste de dire que j'ai renié l'Eglise qui s'appelle orthodoxe.
  • Je suis convaincu que l'enseignement de l'Église est, en théorie, un mensonge perfide et nuisible, en pratique — une compilation des superstitions et sortilèges les plus grossiers masquant complètement tout le sens de l'enseignement chrétien.
  • Il est tout à fait juste de dire que je ne reconnais pas une Trinité incompréhensible et la fable, n'ayant aucun sens de nos jours, de la chute du premier homme [Adam], l'histoire sacrilège d'un Dieu, né d'une vierge, rédempteur du genre humain.
Je pense qu'à la lecture de ces propos, Christophoros partagera — avec moi — l'avis du Synode de l'Église russe.
En découvrant cette approche tolstoïenne du christianisme, qui m'est franchement étrangère, je ne me sens pas la force de « poster un billet sur la religion  de Tolstoï » au sens propre, car celle-ci est trop proche des théories de nos sectes contemporaines. Le simple fait de retranscrire des propos si sacrilèges me met vraiment à mal l'aise... je préfère renvoyer à une biographie adventiste (!) de Léon Tolstoï.