Tolstoï — un chrétien pas très orthodoxe
Par ptit moine le dimanche 21 janvier 2007, 17:19 - réflexions - Lien permanent
En prolongement d'une discussion initiée par Christophoros dans les commentaires d'un précédent billet à propos de l'excommunication de Léon Tolstoï en 1901 par l'Église russe, je me risque à donner quelques informations supplémentaires.
Pour l'Église, le mot excommunication signifie que la
personne s'est elle-même exclue de l'Église, qu'elle n'est plus en communion
avec l'Église. La décision « officielle » de l'Église ne fait
qu'entériner cette situation. Et c'est important, surtout dans le cas d'une
autorité comme Tolstoï qui, en fait, en était arrivé à nier les sacrements de
l'Église.
Je n'ai pas lu
Résurrection de Tolstoï, mais j'en parlais aujourd'hui avec un ami
russe (qui n'est pas franchement religieux). Il me disait que, pour lui, il
n'était pas étonnant que l'Eglise ait excommunié cet écrivain célèbre.
Relisez les chapitres 39 et 40 de la 1re partie de
Résurrection (où l'auteur tourne en dérision le sacrement de la
communion, qu'il connaissait bien pourtant, étant baptisé dès l'enfance) :
c'est édifiant, en effet.
En jetant un coup d'œil sur l'œuvre de Tolstoï (ses œuvres complètes sont
disponibles en russe sur
internet), je me suis arrêté sur ses essais religieux, en particulier sur sa
Critique de la théologie dogmatique. Je dois dire que je ne
m'attendais pas à un tel orgueil : il remet en cause trois catéchismes qui sont
pourtant des références pour tout chrétien — celui de saint Jean Damascène (VIIIe
s.), du métropolite Philarète de Moscou (XIXe s., canonisé il y a peu) et
La théologie dogmatique du métropolite Macaire (même si on ne peut
nier le bien-fondé du courant contestant
l'approche macairienne)...
En fait, il suffit de lire attentivement le texte de
l'excommunication prononcée par le Saint-Synode de l'Église russe en 1901 pour
comprendre la nécessité de ce geste. Il y est cité 12 raisons justifiant cette
décision (2 points secondaires sont contestés par Tolstoï). Voici les 10
points non contestés :
1) ne reconnaît pas le Dieu vivant glorifié dans la Sainte Trinité,
2) nie le Seigneur Jésus Christ comme Dieu-homme,
3) nie Jésus Christ comme Rédempteur, ayant souffert pour nous les hommes et
pour notre salut,
4) nie Jésus Christ comme Sauveur du monde,
5) nie la résurrection de Jésus Christ,
6) nie la conception humaine sans semence du Christ Seigneur,
7) nie la virginité de la Vierge Marie avant la naissance du Christ,
8) nie la virginité de la Vierge Marie après la naissance du Christ,
9) - 10)
11) nie la validité de tous les sacrements de l'Église et la grâce du Saint
Esprit agissant en eux,
12) se moquant des objets les plus saints de la foi du peuple orthodoxe, n'a
pas reculé devant le fait de se moquer du plus grand des sacrements — la sainte
Eucharistie.
La réponse de Tolstoï confirme les accusations et ses commentaires, à mon grand étonnement, sont franchement affligeants. J'en retiendrai quatre :
- [La décision du Synode] est arbitraire car elle n'accuse que moi
d'impiété [...] alors que [...] presque tous les gens instruits de
Russie partagent cette impiété, l'exprimaient et l'expriment dans les
conversations, les lectures, les brochures et les livres.
(Cela donne une idée de l'état d'esprit de l'intelligentsia de cette époque — état d'esprit qui a, malheureusement, conduit à la révolution de 1917.) - Il est tout à fait juste de dire que j'ai renié l'Eglise qui s'appelle orthodoxe.
- Je suis convaincu que l'enseignement de l'Église est, en théorie, un mensonge perfide et nuisible, en pratique — une compilation des superstitions et sortilèges les plus grossiers masquant complètement tout le sens de l'enseignement chrétien.
- Il est tout à fait juste de dire que je ne reconnais pas une Trinité incompréhensible et la fable, n'ayant aucun sens de nos jours, de la chute du premier homme [Adam], l'histoire sacrilège d'un Dieu, né d'une vierge, rédempteur du genre humain.
En découvrant cette approche tolstoïenne du christianisme, qui m'est franchement étrangère, je ne me sens pas la force de « poster un billet sur la religion de Tolstoï » au sens propre, car celle-ci est trop proche des théories de nos sectes contemporaines. Le simple fait de retranscrire des propos si sacrilèges me met vraiment à mal l'aise... je préfère renvoyer à une biographie adventiste (!) de Léon Tolstoï.



Commentaires
A la réflexion, je pense que l'Eglise orthodoxe a eu raison de se "méfier" de Léon Tolstoi, mais peut-être pas pour des raisons dogmatiques...
A vrai dire, à côté des pages que vous citez, il y a beaucoup de pages sublimes chez Léon Tolstoi, authentiquement inspirées... L'Eglise orthodoxe a instruit seulement à charge et non à décharge, ce qui ne me semble pas très équitable...
Le problème essentiel est peut-être chez Tolstoi une volonté d'obtenir le Royaume de Dieu dès ici-bas, et cela ce n'est malheureusement pas possible, hélas, trois fois hélas... Je pense qu'on peut retirer des choses intéressantes de la lecture des œuvres de Tolstoi, mais en faisant le "tri" entre ce qui relève d'une contestation légitime d'une Eglise orthodoxe qui n'a pas toujours correctement agi et la contestation des dogmes chrétiens tout à fait inadmissible...
Le plus étonnant est que Tolstoï soit passé à côté de la sainteté des icônes miraculeuses de la Mère de Dieu qui emplient la Russie (de son époque et de la nôtre) ! Et qu'il n'ait pas ainsi entrevu la sainteté de la Vierge Marie !
bonsoir,
dans son message Nr 5 du samedi 20 janvier, Ptit Moine écrit:
"Il est certain que l'Église russe du XIXe siècle (depuis le XVIIIe s. de Pierre-le-Grand) était, on peut dire, asservie à l'État, mais cet État était tout de même chrétien"
Je partage évidemment cette analyse s'agissant de l'asservissement, qui dans la longue histoire de la Russie a connu des pages elles aussi très longues. Parfois je me demande si on n'en revoit pas de nouvelles formes aujourd'hui en 2007, en Russie, en Syrie ou ailleurs, mais c'est un autre débat, hors sujet de cette présente discussion. En revanche, "je cale" sur une notion, celle d'"Etat chrétien" que Ptit Moine utilise. Je trouve ces expressions un peu dangereuses, car elles ont tellement souvent été utilisées de manière abusive ou en tant que mystification politique. Un fidèle est chrétien, un peuple peut l'être, un état et un pays (a fortiori un territoire), certainement pas. D'ailleurs Ptit Moine écrit plus loin que la révolution est arrivée notamment en raison du fait que l'intelligentsia de l'époque avait tourné le dos à la foi. Je crois pour ma part que de nombreux politiques (l'état en tant que tel ne peut avoir ou ne pas avoir la foi) en étaient également très éloignés au cours du 19 ° siècle. Peut-être moins que chez nous aujourd'hui, mais tout de même.
On peut donc dire que personne ne vit aujourd'hui dans un pays chrétien. Il y a des saints, des héros de l’esprit, des gens fidèles à l’Evangile, etc, mais parler de pays chrétiens ou non chrétiens n’est pas possible. Et si on va plus loin dans cette question identitaire, dans la problématique nationale, on peut dire, dans la pureté des principes, qu'il est incorrect de parler d’orthodoxie russe ou roumaine par exemple. On doit parler d'Eglise de Russie et non d'Eglise russe, d'Eglise de Grèce et non d'Eglise grecque, en bonne ecclésiologie orthodoxe (qui est territoriale).Pour nourrir cette réflexion, je renvoie aux propos lumineux du grand métropolite Antoine Bloom de Londres (années 80 et 90). Mgr Antoine dit:
« Par exemple, ici [à Londres] tout un groupe de personnes (pas très nombreuses) me fait des reproches en ce moment : vous trahissez l’orthodoxie russe, disent-ils, parce que vous bâtissez une Eglise qui n’est pas « RUSSE ». Mais j’ai dit depuis le début : nous construisons une Eglise qui ressemble autant que faire se peut à l’Eglise ancienne des premiers temps, quand des gens qui n’avaient absolument rien d’autre en commun, n’étaient unis que par le Christ, leur foi. Alors se tenaient côte à côte l’esclave et le maître, des gens parlant toute sortes de langues. C’est aussi vers quoi j’aspirais ici : que n’importe quelles personnes puissent venir et dire : oui, nous avons une chose en commun : Dieu.
« Et je pense que là réside la solution du problème. Car lorsque nous commençons à parler de l’orthodoxie russe, grecque ou autre, nous perdons des gens. L’important n’est pas que nous les perdions, nous en tant que paroisses. Il y a plus de quarante ans, je m’entretenais avec l’évêque Iakovos d’Apamée, un homme et un prêtre de grande qualité. Il me disait : savez-vous, nous perdons quelque 1500 jeunes par an, parce qu’ils ne connaissent plus le grec… Je lui demandai alors : pourquoi ne les envoyez-vous pas chez nous ? Non, me répondit-il, nous préférons qu’ils disparaissent plutôt que de les passer à une Eglise « étrangère »… Voilà contre quoi j’ai lutté et contre quoi je continuerai à lutter. Parce que nous avons besoins de croyants, de gens qui ont rencontré Dieu. Non pas dans un sens grandiose : chacun ne peut pas être Saint Paul, mais des gens qui, ne serait-ce que dans une petite mesure, puissent dire : je Le connais… » (fin de citation)
N'est ce pas une piste pour sortir de nos divisions inter ecclésiales (intra orthodoxes, d'abord puis inter chrétiennes ensuite) ?
Il est passé aussi à côté des staretz d'Optino qui ont tant renouvelé la vie spirituelle au 19ème siècle, de Père Jean de Cronstadt et de tant d'hommes saints du clergé.
Certes, certes... mais peut-être sommes-nous aussi en train de passer à côté d'hommes et d'événements qui seront jugés essentiels par les chroniqueurs dans un siècle...
En relisant Résurrection, je m'aperçois que j'ai souligné ce passage qui constitue un bon exemple des obsessions de Tolstoi (première partie, traduction Edouard Beaux, Folio p. 105) :
(...) "Comme tous les autres hommes, Nekhlioudov était fait de deux êtres contradictoires : un être moral, préoccupé seulement des biens qui satisfissent à la fois lui-même et les autres, et un être bestial prêt à sacrifier l'univers entier à son seul plaisir. A cette période d'égoïsme effréné, provoqué par la vie de Petersbourg et par la vie militaire, l'être bestial tenait Nekhkioudov sous son joug et avait complètement broyé son âme. Mais en revoyant Katioucha, en retrouvant tous les sentiments qu'il avait jadis éprouvés pour elle, l'homme moral releva la tête et réclama ses droits. Et dans l'âme de Nekhlioudov, sans trêve durant les deux jours qui précédèrent la fête de Paques, se livra un combat qu'il ne soupçonna même pas." (...)
Par ailleurs, j'ai commencé Enfances et j'ai bien souri en constatant avoir éprouvé le même type de scrupules... d'exaltations qui ne débouchent sur rien... Que voilà un orthodoxe finalement très universel (en grec : catholique...).
Le christianisme a dérapé à partir du 4e siècle en recherchant la protection des pouvoirs politiques, et en demandant aux fidèles de se soumettre aux empereurs, aux tsars et aux rois.
La justice envers les humbles et les pauvres fut alors négligée aussi bien en Orient qu'en Occident. En dehors de quelques nobles, les gens ne savaient ni lire ni écrire. Au 15e siècle les gens simples étaient très croyants et au niveau des paysans et des serfs illettrés, il n'y avait pas de différence entre catholiques romains et orthodoxes.
Cependant les mêmes abus des princes et du clergé ont fini par provoquer les mêmes révoltes, d'ou la Révolution d'octobre et la Révolution francaise. On ne peut en accuser Léon Tolstoï. Celui-ci a eu au moins le mérite de dénoncer toute l'hypocrisie d'un christianisme très éloigné des enseignements de Jésus Christ.
Les premiers siècles du christianisme ont été des siècles de persécution et si l'empereur Constantin a eu la connaissance du Dieu Vrai, interdisant la discrimination contre les chrétiens, on ne peut que s'en réjouir pour les chrétiens de cette époque. Ce qui n'a d'ailleurs pas empêché ses successeurs de continuer la persécution à travers les différentes hérésies du premier millénaire.
Depuis le début du XVIIIe s. l'Église en Russie est sous la botte de l'État, jusqu'à un point caricatural au XXe siècle athée.
C'est pourtant dans l'Église que s'effectue le Salut : «Il n'y a pas de salut hors de l'Église» (saint Cyprien de Carthage). Mais on voit mal comment l'Église pourrait ignorer l'État : elle doit faire avec, en respectant les autorités comme le prescrit l'Écriture sainte.
«Celui-ci [Tolstoï] a eu au moins le mérite de dénoncer toute l'hypocrisie d'un christianisme très éloigné des enseignements de Jésus Christ», dites-vous.
Et pourquoi des saints aussi admirables que saint Séraphim de Sarov (que nous fêtons aujourd'hui), les saints startzi du désert d'Optino, saint Jean de Cronstadt, et combien d'autres encore n'ont pas dénoncé ce que vous nommez une hypocrisie ? — simplement parce qu'ils n'étaient pas immergés dans l'orgueil de ce pauvre L. Tolstoï.
Ils connaissaient les faiblesses des hommes, mais ils cherchaient avant tout à corriger et à pleurer leurs propres faiblesses.
Réponse à Ptit moine:
Les premières communautés chrétiennes formèrent des groupes de gens assez peu nombreux menant entre eux une vie pure, en accord avec les préceptes de Jésus, acceptant pleinement l'idée que le riche, s'il ne donnait pas son superflu, était un détenteur du bien d'autrui. Donner au pauvre, c'était donner à Dieu(Mt.XXV.40.).
Suite à toutes ces spéculations, le christianisme s’est déchiré en factions rivales. Les théologiens chrétiens ont donc été, pour une large part, responsables des guerres de religion et des persécutions par des chrétiens à l’encontre d’autres chrétiens, ayant d’autres concepts. Ces controverses provoquèrent des troubles d'autant plus graves que les débats ne restèrent point sur le terrain théologique mais prirent une signification politique provoquant impitoyables guerres de religion et de terribles massacres. Pendant de longs siècles, on estima, au plus haut niveau, que quiconque n'adhérait pas à la doctrine officielle du pays concerné n'avait pas le droit de vivre. Des chrétiens ont ainsi poursuivi, par des armes autres que spirituelles, tous ceux dont les concepts théologiques leur paraissaient erronés, en cherchant à contraindre les âmes. Mais Dieu est impartial, au-dessus de tous les partis. Lui seul connaît ceux qui l'aiment. Dès lors, toute persécution est odieuse. Lorsqu'il s'agit de la foi, il s'agit d'un choix libre auquel on ne peut contraindre personne. Il est donc exclu qu'un pouvoir extérieur puisse l'obtenir par la force. Quant aux hérétiques et aux faux docteurs, il ne fallait pas les arracher ni les exterminer. Le Christ dit clairement qu'il ne faut pas séparer le bon grain de l’ivraie semé par l’ennemi, mais de les laisser croître ensemble, jusqu’à la moisson. De ne pas arracher l’ivraie, de peur d’arracher en même temps le blé ( Matth.XIII.28). Pourtant, dès que les dirigeants du christianisme firent confiance, non pas au Christ, mais aux moyens humains, à la force coercitive de l'Etat, combien de pseudo hérétiques torturés, mis à mort, ou brûlés vifs. L’Eglise s'est ainsi déchirée en factions, pour des raisons d'autorité purement ecclésiastique, sans aucune considération de charité, se mettant ainsi en totale contradiction avec la Bonne Nouvelle qu’elle proclamait. En s’associent au pouvoir politique, elle s'était constamment démentie elle-même. Le christianisme était ainsi devenu une construction autoritaire et un système d'encadrement des populations exploité par le pouvoir en place, quelles qu'aient été la foi, la piété et la charité de nombreuses personnes prises en particulier. Il a été proclamé, théorisé, institutionnalisé, mais il n’a pas été vécu par ses dirigeants en respectant, « en esprit et en vérité », les paroles du Christ. Mais, paradoxalement, il a été aussi, pour certains, une foi vivante, un message, capable de susciter tout au long des âges, d'innombrables vocations. Combien de gens obscurs qui, au nom du Christ, voulurent faire plus que ce que l'Eglise établie leur commandait, parfois en s’opposant à elle. Tout au long des siècles depuis les origines, des chrétiens ont vécu, soit dans le cadre de la croyance officielle, soit en dehors de celle-ci, avec une grande foi en Christ leur permettant d’atteindre l'aventure mystique, ou de s’épuiser à secourir autrui. Mais, comment nier que le système politico-religieux comportant une foi obligatoire pour tous et des gestes auxquels on ne devait pas se soustraire ait camouflé, sous le vernis de l’obligation et du conformisme, une grande diversité de sentiments allant de la piété à l’indifférence, voie à l’hostilité. La division des chrétiens en orthodoxes, catholiques romains et protestants est un scandale. Cependant, de nos jours, la situation de l’Eglise chrétienne, globalement indépendante des pouvoirs politiques, devrait lui permettre de s’unir et de repartir sur une meilleur base. Dieu, être éternelle, toujours le même, partout présent, créateur de l’univers, est la cause première de tout. Cependant, l’infinité de Dieu le place tellement au-dessus de notre nature humaine créée et de notre intelligence très limitée, qu'aucun des concepts que nous employons ne peut l’expliquer ni s'appliquer entièrement à Lui. C’est pourquoi aucun raisonnement, aucune construction théologique forcément limitée, ne peut décrire les réalités divines avec rigueur. Dieu est incompréhensible, invisible, inaccessible. Aussi, Dieu ne nous jugera pas si nous ne comprenons pas les subtilités théologiques. Mais, si je ne pardonne pas autrui, Dieu ne me pardonnera pas. De même, si je ne m’efforce pas d’être modeste, de respecter toute vie, d’aimer mon prochain, de vouloir la justice et la paix, de dire la vérité, de ne pas être médisant. Les Chrétiens qui s'en remettent entièrement à la pratique de rituels censés opérer d'eux-mêmes,par magie, en reléguant à la seconde place l'effort individuel quotidien, se méprennent sur le sens des Evangiles.Les premiers chrétiens mettaient ainsi tous leurs biens en commun et les redistribuaient selon les besoins de chacun. ( voir Actes II-42 et IV-32). Les Eglises chrétiennes furent des établissements de charité. Les premiers évêques étaient souvent amenés à vendre les vases sacrés ou les trésors de leur église pour racheter les esclaves et les captifs, en suivant l'enseignement du Christ :« amassez plutôt un trésor dans le ciel », « on ne peut aimer à la fois Dieu et L’argent. ». Les agapes et les distributions faites du superflu des offrandes nourrissaient les pauvres, les voyageurs. Les mœurs des chrétiens étaient la meilleure prédication du christianisme. Le mariage revêtait un haut caractère religieux. Par influence du mariage chrétien naquit cette haute idée de la famille. « Ne pas séparer ce que Dieu a uni » devint la base du droit. Cependant, lorsque le christianisme devint la religion officielle de millions de fidèles formant la partie la plus active de l'humanité antique, les vertus évangéliques furent délaissées. Quand le christianisme devint la religion officielle de l’Empire romain, ses responsables acceptèrent de s’associer avec le pouvoir politique, imitant, en cela, les religions païennes de l'Antiquité qui avaient été indissolublement liées à l'Etat et à ses chefs. C’est ainsi que Le christianisme, en croyant qu’on ne pouvait faire triompher l'Evangile si on ne disposait pas, d’une manière ou d’une autre, du pouvoir politique, dérapa par manque de foi en la parole de Jésus : «mon royaume n'est pas de ce monde ». L’Église se transforma alors en une organisation féodale, trop souvent à la disposition des princes et des puissants aux dépens des humbles et des pauvres. Les vertus évangéliques :respect de la vie, amour des autres, droiture, charité, les préceptes de dévouement et d'abnégation, ne furent plus pratiquées que par ceux qui, comme certains moines, aspiraient à la perfection. L’obéissance et la soumission politique, à l’empereur ou au roi, primaient. L'Eglise arriva bien vite à n'être plus qu'un clergé et ce clergé devint un corps de notables avec un grand pouvoir politique et de nombreux privilèges. Le statut de clerc devint une carrière d’administrateur aux revenus assurés, mais pas une vie de vraie vocation. La hiérarchie cléricale était perçue par la population comme étant un rouage d'une administration presque indifférente aux questions de moral, voire corrompue. Les théologiens exaltèrent le pouvoir divin des empereurs et des rois, et prêchèrent la soumission à l'autorité civile, même injuste. Nos manuels d’histoire sont remplis par les guerres entre rois et princes de la chrétienté cherchant à s'agrandir aux dépens de leurs voisins, soutenus en cela par leurs clergés respectifs. Mais comme il est absurde que de voir se guerroyer entre eux des princes chrétiens formant une seule famille:l'Église. Se glorifient de n’avoir qu’un seul maître commun: le Christ. Car, où trouver dans l'Evangile une justification des guerres: « Remets ton épée au fourreau », avait dit Jésus à celui qui cherchait à le protéger lors de son arrestation, « car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive ».(Matth.XXXVI.52)
Il y’a un énorme fossé entre la théologie des intellectuels des appareils et celle des chrétiens ordinaires. Or, ce sont les théologiens qui ont jeté les fidèles les uns contre les autres pour des questions doctrinales compliquées que les humbles gens comprennent mal.
D'autres photos remarquables sur ce monastère :
picasaweb.google.com/orthodoxinfo/NiculaMonastery
Merci ptit moine de me réléguer ainsi hors de l'Eglise. Navré de vous contrarier mais je me considère comme faisant également partie de L'Eglise, au même titre que vous-même.
Derrière sa critique un peu confuse (ce monsieur semble n'avoir que des notions assez vagues de ce que fut l'histoire de l'Eglise et n'hésite pas devant certains amalgames hasardeux) perce une forte conviction que ne renieraient pas nos hiérarques ou les saints (certains ont même été les deux !) : le rite ne dispense pas de la foi, de la vie en Christ.
Ceci dit, concernant Tolstoï, il a véritablement cherché à vivre en conformité avec sa lecture des évangiles. Comme le note l'archimandrite Spiridon (Mes missions en Sibérie) "Si le monde comprenait l'Évangile de cette façon (à la façon de Tolstoï), il serait déjà à moitié chrétien."
Il est bien sûr infiniment tragique qu'il ait perdu la "foi véritable" et quitté la communion de l'Eglise, et il ne s'agit pas pour moi de justifier ses erreurs. Cependant, l'athéisme du jeune Tolstoï n'est, somme toute, guère différent de la lancinante question de Syméon Antonov, avant qu'il ne devienne moine. Pour Syméon, les miracles se produisant sur la tombe d'un saint ascète ont ancré sa conviction que "Dieu est avec nous" ; Tolstoï a suivi une autre route.
Mais quelle aurait été le cheminement de Nicolas Motovilov, si le P. Seraphim de Sarov ne l'avait pas percé à jour et ne lui avait pas répondu ? Les réponses "classiques" le laissaient insatisfait, et c'est l'expérience partagée avec St Seraphim, qui venait appuyer sa parole, qui transforma son interrogation en assurance.
La différence entre Tolstoï et les startsi d'Optino, ou St Seraphim de Sarov est résumée dans ce dessin extrait d'une BD d'Alain Auderset, avec l'accord gracieux de l'auteur.
Merci pour la réponse d’Albocicade que j’ai trouvé intéressante. En effet, la réponse de Ptit moine m’a semblé hors sujet et il paraît logique de revenir à Tolstoï qui pose de vraies questions. Ses opinions étaient partagées par la majorité des intellectuels russes de son époque et l’excommunier n’était peut-être pas la chose la plus urgente à faire. La situation sociale s’était fortement dégradée et il me semble que si l’Eglise orthodoxe avait alors eu plus d’ouverture concernant la misère du petit peuple au lieu de soutenir sans conditions le tsar, les choses auraient pu s’arranger. Au lieu de cela la Révolution d’octobre a tout balayé avec toutes les conséquences que l’on connaît. Au départ Tolstoï avait été un bon orthodoxe pratiquant et il a même écrit que ce qui l’avait amené à abandonner sa foi orthodoxe n’était pas vraiment des questions de dogme mais surtout le comportement de l’Eglise orthodoxe et son soutien inconditionnel au tsar. De même, l’opinion que j’ai exprimée précédemment sur ce blog n’a rien d’original. C’est celle de plus de 80% de nos concitoyens. Actuellement, en Europe, il n’y a plus que 5% des gens qui fréquentent régulièrement une église et c’est la même chose en Russie. Notre Père, qui est au ciel, risque fort de nous demander des comptes car son Fils est venu non pas seulement pour les orthodoxes mais pour tous les hommes. Il nous avait demandé de porter témoignage. Qu’avons-nous fait ?
Nous avons la chance que ce blog ne s’adresse pas uniquement aux orthodoxes mais à tout le monde. Il faut donc y écrire pour être compris par tout ceux qui ne sont ni croyants, ni russes et qui ne connaissent pas l’histoire des Saints ni même les dogmes chrétiens. J’ai même rencontré des personnes qui ne savaient pas qui était Jésus-Christ et auxquelles il fallait tout expliquer.
@ Bernard Antoine : pardonnez-moi, mais je ne suis pas certain que la réponse de Ptit Moine ait été si hors sujet que ça. Tolstoï, qui était un idéaliste, après avoir voulu s'immerger dans la pratique de l'Eglise "comme un paysan" (et ce faisant en prétendant noyer ses questions dans le rite et la piété) a ensuite vécu une rejet profond, quasi viscéral de l'Eglise et de ses rites et de ses dogmes. Il me semble que notre bon moinillon a justement cherché à montrer que l'Eglise n'est pas la sinistre caricature que rejetait Tolstoï. D'autre part, si Nicolas Motovilov ou Syméon Antonov (qui devint le moine Silouane de l'Athos) ont pu recevoir leur réponse et s'attacher au Christ, c'est bien parce que des hommes, avant eux ou en même temps qu'eux ont vécu la radicalité de l'Evangile dans l'Eglise. Au final, le problème de Tolstoï, c'est - comme beaucoup d'idéalistes - de s'être attaché à des "idées", (l'Idée de l'Eglise, l'Idée de la non-violence, l'Idée de la pauvreté volontaire, l'Idée de Jésus de Nazareth...) peut-être faute d'avoir "vécu" le fulgurance de la rencontre avec le vrai Christ ressuscité...
Notons par ailleurs que, jusqu'au concile de 1918, l'Eglise russe n'avait pas de patriarche, mais un "Procureur général", nommé par le Tsar (cadeau du très éclairé autocrate Pierre le Grand), et par conséquent aucune indépendance. Cependant, il est exact que nombre de prêtres et évêques se sentaient plus proches du "tsar" (pour lequel ils priaient à chaque liturgie) que des "anarchistes" et des "sans-dieu" qui ne promettaient que le chaos (et ils ont tenu parole !).
Cet état de fait "politique" n'empéchait pas les prêtres d'être "proche des pauvres", à l'instar du P. Jean de Krondstadt.
Enfin, vous évoquez la question du témoignage, de l'évangélisation. Il est vrai qu'il y a énormément à faire, partout. Cependant, la première personne que je dois évangéliser, c'est moi-même (cf le dessin d'Auderset), ce qui bien sûr, ne me dispense pas de témoigner du Ressuscité autour de moi selon le commandement du Christ : "Vous serez mes témoins".
J'ai été long, pardonnez-moi.
Merci pour votre répartie Albocicade. Il faut me donner un peu de temps afin de pouvoir mieux vous répondre, car pour moi l’Eglise est avant tout un mystère.
En attendant, je compte sur vous pour porter témoignage du Christ ressuscité sur ce blog. Pour ma part, je me contenterai de me faire l’avocat du Diable, c'est-à-dire des « anarchistes » et des « sans Dieu » (C’est un non sens de dire « sans Dieu » car Dieu est ami de tous les hommes et de toutes les femmes). Quant à Tolstoï, il est peut-être là haut en compagnie du Bon Larron, car il aimait très sincèrement Jésus.
Pour ce qui est de porter témoignage au Christ Sauveur, je ne fréquenterais pas ce blog avec autant d'assiduité si je n'y trouvais pas, marquée par la personnalité du bloggueur, la parole du Christ.
En ce qui concerne l'expression "sans dieu", je concède volontiers que c'est un non-sens, mais c'est le nom que revendiquent les athées de tous poils. Je respecte simplement leur terminologie.
Quant à Tolstoï, j'ignore s'il est "à l'étage supérieur" (vous écrivez bien "là-haut"). S'il est vrai de dire qu'il aimait sincèrement "Jésus" (ou du moins l'idée qu'il s'en faisait, mais tous nous cherchons à nous faire une idée juste...), il est surtout vrai de dire que le Christ aimait Tolstoï...
La Russie : 1828—1910
Ces commentaires font suite à mon blog précédent.
Tout d’abord, je tiens à remercier chaleureusement Ptit Moine de nous avoir donné l’occasion de nous exprimer sur ce blog sur ce sujet important et pour le très intéressant article de Victor Lyakhou qu’on peut y consulter.
Je laisserai à plus savant que moi le soin de définir ici ce qu’est en théorie l’Église dans un sens théologique. Il en va de même concernant la vie des quelques grands saints ayant influencé la pensée orthodoxe contemporaine.
Afin de mieux comprendre un auteur, il me paraît important de connaître son pays et son époque. Je me limiterai à ce qui semble avoir provoqué l’aversion de Tolstoï vis-à-vis de l’Église russe, en particulier le soutien inconditionnel de l’ensemble du clergé russe en tant que corps constitué, au tsar et à sa politique, sans oublier l’indifférence de la noblesse et son mépris vis-à-vis de la grande misère du peuple paysan.
L’Église russe était l’Église officielle. A ce titre, elle était soumise à l’État et à sa politique. Bien que l’Église russe fut indépendante sur le plan strictement religieux, le tsar était, d’une certaine façon son chef politique et son protecteur. L’État contrôlait les nominations aux postes élevés de la hiérarchie ecclésiastique de sorte que cette dernière demeurait un instrument docile entre ses mains. Le bas clergé séculier formait une caste à part. Un prêtre devait obligatoirement épouser une femme célibataire, fille d’un autre prêtre, tandis que leurs enfants étaient élevés à l’écart des autres dans des collèges qui leur étaient uniquement réservés. Cependant, la situation des prêtres des paroisses de campagne n’était pas du tout enviable car l’État ne les entretenait que très chichement, d’où la pratique de faire payer les baptêmes, les mariages et les enterrements. La devise inventée par Ouvarov, ministre de l’éduction sous Nicolas Ier, résume assez bien la situation : « Orthodoxie, Autocratie, Nationalisme ». Cependant, le résultat de la docilité de l’Église russe devant les exigences du pouvoir fut que la majorité des intellectuels versèrent dans l’anticléricalisme.
La Russie était alors le pays le plus arriéré d’Europe. 80% de la population était alors composée de serfs qui n’avaient pratiquement aucun droit et le grand propriétaire terrien avait tous pouvoirs sur eux. Souvent, son comportement était excentrique et cruel. On a rapporté le cas de certains serfs fouettés à mort. La vie des serfs était pénible et misérable et leurs conditions étaient proches de l’esclavage. Malgré l’opposition des grands propriétaires terriens et une partie de la noblesse, le tsar Alexandre II obtint l’émancipation des serfs en 1861. Le peuple paysan obtint ainsi une quasi liberté mais fut laissé dans un état de dépendance économique limitant grandement les avantages qu’on lui avait accordés. Sur le plan politique, l’assassinat d’Alexandre II en 1881 aboutit au remplacement d’un souverain relativement modéré par un tsar ultra conservateur, Alexandre III. Les juifs furent persécutés et on édicta des contre réformes limitant le peu de libertés des paysans. L’homme le plus puissant de l’époque était le procurateur du Saint Synode orthodoxe (Toporov dans Résurrection de Tolstoï). Celui-ci poussait le tsar à encore plus d’absolutisme alors que le gouvernement se montrait incapable de résoudre la crise due à la grande famine de 1891-1892,laissant à l’initiative privée le soin d’organiser des secours. Tolstoï et Tchekhov, autre écrivain célèbre, y participèrent tous deux en organisant une grande chaîne de cuisines populaires pour les paysans affamés.
En 1894, Nicolas II succéda à son père mais une catastrophe se produisit le 18 mars 1896, lors des cérémonies du couronnement, qui le rendit impopulaire dès le début de son règne. Suite à une panique collective due à une négligence des autorités, plus de mille personnes assemblées à Khodynka près de Moscou pour les cérémonies, trouvèrent la mort. Le soir même, avec un manque de tact choquant, le tsar et la tsarine se rendirent à un bal donné par l’ambassade de France, ce qui fut très mal perçu par la population. Tolstoï écrivit le récit de ce drame, publié en 1912, juste après sa mort.
Les deux défaites de la guerre de Crimée (1856) et de la guerre Russo-japonaise (1904) avaient dévoilé l’incompétence de l’administration tsariste à tel point que presque tous les russes pensaient qu’il fallait changer quelque chose au Statu quo.
Les objectifs du libéralisme russe étaient l’établissement d’une constitution limitant le pouvoir absolu du tsar, mais Nicolas II était peu réaliste avec un peu le même caractère que Louis XVI. Il s’accrochait au pouvoir autocratique, avec le soutien de l’Église russe, faisant et défaisant ses ministres à son gré et selon ses caprices, en se laissant influencer par des favoris peu scrupuleux, tel le fameux Raspoutine. Les résultats dramatiques de cette politique sont bien connus mais ils sont postérieurs à la période qui nous intéresse. Il est certain que le manque de clairvoyance de l’Église russe était en partie responsable de cette situation car elle avait quand même une grande influence sur le tsar. Ainsi, on peut comprendre pourquoi Tolstoï avait fini par rejeter l’orthodoxie avec l’eau du bain, comme d’ailleurs une majorité d’intellectuels russes.
Merci Ptit moine pour votre réponse à mes derniers commentaires.
Tout d’abord je tiens à souligner ici que ce n’est pas mon exposé ni mon appréciation des intellectuels russes. Je n’ai fait que de rependre l’ouvrage d’un maître de conférences de l’université d’Oxford nommé Ronald HINGLEY : Les Ecrivains russes et la Société 1825-1904, édité par Hachette dans sa collection « l’Univers des Connaissances ». Cette collection d’ouvrages a été publiée simultanément en France, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, aux Etats-Unis, en Hollande, en Italie et en Suisse. Il m’avait semblé que c’était du sérieux.
Malheureusement je ne possède pas d’ouvrages de Saint Jean de Cronstadt.
Je crois que ce serait une bonne chose de faire ici un court résumé de ce qu’il avait écrit concernant la situation qui nous intéresse, pour moi-même mais aussi pour tous ceux qui nous liront.
Merci par avance.
Merci Ptit Moine pour toute votre amabilité à mon égard et aussi pour votre présentation de Saint Jean de Cronstadt, très intéressante pour moi, car je suis assez ignorant et je ne connaissais pas très bien ce grand saint. Je ne manquerai pas d’acheter le livre que vous m’avez recommandé. Je peux vous assurer toutefois que je ne mérite pas vos compliments car je suis parfois orgueilleux.
Je suis un pauvre pécheur, pas toujours repentant.
Concernant l’histoire (toujours liée à la politique) je sais que vous dites vrai. J’ai chez moi une bonne dizaine de livres d’histoire d’historiens réputés, concernant la Révolution Française. Aucun ne dit tout à fait la même chose et souvent les
textes sont contradictoires.
Je trouve dommage que peu de personnes semblent vouloir s’exprimer sur ce blog. Le sujet abordé : la « Religion de Tolstoï », est pourtant d’un grand intérêt.
Au cours des années 1879-1886, Tolstoï développait progressivement une pensée condamnant radicalement la violence. Celle-ci s’exprime dans ses œuvres (Confessions, Concordance et traduction des quatre évangiles, En quoi consiste ma foi, et Que devons-nous faire ?).Tolstoï refusait aussi la violence révolutionnaire comme celle exercée lors de la première révolution russe de 1905 : «La violence engendre la violence, c'est pourquoi la seule méthode pour s'en débarrasser est de ne pas en commettre», «Il n'y a qu'une solution, celle de la reconnaissance de la loi d'amour et du refus de toute violence», écrit-il, quelques jours avant sa mort (1910).
Il pensait qu'il n'y a que l'amour de la pure vérité, l'amour révélé par le sacrifice du Christ, qui pourrait un jour mettre fin aux misères humaines. Les Évangiles demandent aux hommes de s’aimer les uns les autres, de ne pas résister au mal par la violence, de ne pas juger leurs semblables, d’aimer leurs ennemis. Tolstoï se convainc que suivre la vraie religion chrétienne, c’est mettre en pratique cette loi d’amour du prochain. On connaît les cinq préceptes que Tolstoï donne dans Ma Religion : Ne te mets pas en colère. Ne commets pas l'adultère. Ne prête pas serment. Ne résiste pas au mal par le mal. Ne sois l'ennemi de personne.
Selon Tolstoï, le service militaire n'est pas compatible avec l'esprit chrétien. Un chrétien ne peut se préparer à l'assassinat de son prochain ou le commettre en étant soldat. L'idée même de juger et condamner à mort est à l'opposé de celle de tolérance et de pardon du Christ. Tolstoï accusait l’Église, depuis qu'elle était devenue une puissance temporelle à partir du règne de Constantin, d’avoir enlevé à l'enseignement du Christ toute sa signification en cautionnant la guerre et la peine de mort.
Léon Tolstoï adopta un régime végétarien en 1885. Il préconisa le respect de la vie sous toutes ses formes. Il écrit qu'en tuant les animaux, "l'homme réprime inutilement en lui-même la sympathie et la pitié envers des créatures vivantes comme lui et qu'en violant ainsi ses propres sentiments, il devient cruel". Il considérait par conséquent que la consommation de chair animale est "absolument immorale, puisqu'elle implique un acte contraire à la morale : la mise à mort".
Il me semble que ces vues de L’éon Tolstoï en matière de morale et d’éthique sont assez proches de celles des Esséniens.
Les Esséniens étaient les membres d'une communauté juive, fondée vers le troisième siècle avant notre ère. Le nom d’Esséniens avait été donné à ces juifs à cause de leur sainteté. Cette désignation de pieux convenait très bien à ces petits groupements vivant d’une vie semblable à celle des moines, fuyant le monde pour mener une existence plus sainte. Plusieurs descriptions de la secte nous sont parvenues par divers historiens du monde antique. Les principaux groupements s'établirent, semble-t-il, sur les rives de la mer Morte. Leur comportement et leur manière de vivre décrits par les auteurs anciens étaient semblables à celles des premières communautés chrétiennes. Le plus marquant était la mise en commun et la répartition des biens de la collectivité selon les besoins de chaque membre et leur refus radical de la violence. Il était également interdit de jurer, de prêter serment, de procéder à des sacrifices d'animaux, de fabriquer des armes, de faire des affaires ou de tenir un commerce. Les membres renonçaient aux plaisirs terrestres pour entrer dans une sorte de vie monacale. Leur nourriture se composait essentiellement de pain, de racines sauvages, et de fruits. La consommation de viande était interdite. Leur principale occupation était l’agriculture. Ils fabriquaient tout ce qui était indispensable à la communauté. Mais le commerce était interdit, parce qu’il engendre la cupidité, de même que la fabrication d’armes et toute activité violente.
L’attitude non-violente, en toutes circonstances, était aussi celle qui était demandée aux premiers chrétiens en sachant qu’elle pouvait conduire au martyre. Les ennemis de Jésus n’ont pas été émus par son attitude non-violente et ils l’ont crucifié. Pour les premiers chrétiens, l’attitude non-violente était la conséquence de l’obéissance évangélique.
Les Esséniens furent délogés par les Romains entre 66 et 70, lors de la révolte des juifs. Après la destruction de Jérusalem, ils disparurent complètement.
@Bernard Antoine
"Je trouve dommage que peu de personnes semblent vouloir s’exprimer sur ce blog" : j'aurais volontiers évoqué avec vous le souvenir de Léon Tolstoï mais je ne l'ai pas assez lu pour ça, en tous cas je n'ai pas lu du tout les ouvrages où il exprime ses vues religieuses. Je suis avec intérêt votre discussion avec le Moinillon et les autres commentateurs fidèles de ce bloug (!), et je peux échanger avec vous quelques réflexions sur l'histoire de l'Eglise et de son rapport avec le monde, à condition que vous soyez un peu plus clair dans certaines de vos allusions.
Tout d'abord, vous semblez vous attacher à une historiographie aussi ancienne et populaire que dépassée. Le thème de la trahison des clercs est plus vieux encore que l'Eglise elle-même, on le retrouve autant dans l'enseignement de Jésus que parmi les prophètes les plus anciens, faites-la même remonter, pourquoi pas, à Aaron qui faiblit devant son peuple qui demande un dieu en or pendant que Moïse parle au Seigneur, caché dans les nuées ardentes du Sinaï.
La solidarité entre église et pouvoir que vous dénoncez n'a jamais été qu'une paix temporaire entre deux autorités concurrentes dans la vie des fidèles, comment interpréter alors la querelle entre l'empereur germanique et le pape, qui dura près de cinq siècles depuis la dynastie othonienne (dont Henri III, qui dut "aller à Canossa", mais d'autres empereurs préférèrent élire "leurs" papes, dénommés aujourd'hui "antipapes") au concile de Constance (1418) sans compter la querelle avec le Roi de France qui s'est soldée, en différents temps, par la translation de la papauté à Avignon, le jansénisme, le gallicanisme ou l'église constituante de la Révolution française. Avec l'Angleterre, rappelez-vous Henri VIII et son étonnante politique matrimoniale, origine de la séparation de la Church of England... et tous les Etats, jusqu'aux plus petits princes (dans le sud-ouest de la France, par exemple...) ont un jour tenté de créer une confession concurrente de l'église centralisée, dont l'autorité était mal perçue.
L'Eglise russe, on vous l'a bien dit, était "aux ordres" non pas de sa volonté propre mais de celle de l'autocrate, à commencer par Pierre le Grand. Albocicade vous a cité à bon droit le "procureur général", qui en russe se dit "ober-procuror", puisqu'il s'agit d'une institution d'inspiration protestante qui permettait à Pierre le Grand d'être le chef spirituel par délégation, comme avec l'archevêque de Canterbury.
Quand vous évoquez l'empire romain chrétien, qui commence moins avec Constantin (qui arrête pour un temps les persécutions) qu'avec l'édit de Théodose (391, le christianisme du concile de Nicée est religion officielle), vous avez l'air d'ignorer Saint Augustin et sa "cité de Dieu" qu'il oppose à la cité des hommes tout en encourageant la deuxième à ressembler à la première.
Quand vous parlez des Esséniens, je me demande aussi si vous ne les confondez pas avec les premiers chrétiens, comme l'ont fait les chercheurs américains, anglais et français avant que les israëliens ne puissent accéder aux Manuscrits de la Mer Morte et les replacer dans l'histoire du judaïsme. Je rajouterais même dans l'histoire du rapport entre philosophie grecque et judaïsme, le végétarisme et les conceptions morales venant peut-être, selon certains chercheurs, de Pythagore. Flavius Josèphe raconte aussi qu'il a été initié en Egypte, au sud d'Alexandrie (tiens, tiens), par des ermites juifs qui rappellent la communauté de Qumrân et qu'il dit imprégnés de Pythagore et rivalisant avec la rhétorique païenne dans leur commentaire de la Loi.
Je vous exhorte moi aussi, en temps que catholique, à lire la constitution "Lumen Gentium" de Vatican II, peut-être cela vous aidera-t-il à considérer l'Eglise pas tant comme une institution que comme une assemblée où chaque fidèle a sa pierre à porter, ou même une communauté dont les règles matérielles ne sont instituées que pour le partage et l'expérience de la foi, demandant à être sans cesse adaptées aux nouveaux défis du monde.
Merci bien Tertius pour votre long commentaire, très intéressant mais un peu hors sujet. En effet vous évoquez toutes les tribulations passées entre la papauté et les royaumes d’Occident alors que les propos de Tolstoï se rapportaient plutôt à la soumission de l’Église orthodoxe russe aux tsars et à leur politique.
Vous évoquez ensuite Saint Augustin et sa « Cité de Dieu » en oubliant que les orthodoxes ne vénèrent pas Saint Augustin comme le font les catholiques romains. En effet les orthodoxes n’ont pas une conception monarchique de l’organisation ecclésiale comme les catholiques romains. Leur conception est plutôt collégiale et ils se réfèrent plutôt aux pères grecs. Si cette question vous intéresse vous pourriez lire avec profit les œuvres de l’archimandrite Placide Deseille, du Monastère Saint Antoine le Grand, 26190 Saint-Laurent-en Royans (Points de vue orthodoxes sur l’unité des chrétiens—La spiritualité catholique romaine et la tradition orthodoxe—Histoire d’une Déchirure—Divergences et Convergences—L’Église orthodoxe et l’Occident).
Par ailleurs je ne confonds pas les esséniens avec les premiers chrétiens et je ne connais pas les chercheurs américains que vous évoquez. Vous me faites dire des choses que je n’ai pas dites.
Vous m’avez ensuite recommandé la lecture de "Lumen Gentium". Je me suis déjà engagé à lire « Ma vie en Christ » de Saint Jean de Cronstadt, alors peut-être pourriez-vous nous en faire un petit résumé ici des points les plus marquants.
Je tiens à souligner ici encore une fois que je n’ai pas forcément les mêmes opinions que Tolstoï et que je n’ai fait ici que de comparer les opinions morales et éthiques de Tolstoï avec les pratiques des esséniens tels que nous les connaissons par «L’Évangile essénien de la paix», Edmond Bordeaux Szekély, livres 1 ,2 et 3, Ambre Editions.
J’ai l’impression que ce blog dérive au gré du hasard. J’ai surtout voulu poser en tout premier lieu, comme Tolstoï, la question de la « non violence » et ensuite celle du « végétarisme ». J’aimerais beaucoup qu’on me réponde concernant ces deux points précis.
Je suis étonné de voir apparaitre mon adresse courriel sur ce blog; comment se fait-il?
Il permet seulement à l'administrateur (votre indigne serviteur) de prendre contact avec vous, à supposer que vous ayez saisi une adresse valide.
ptit moine
Merci Ptit Moine. Me voila rassuré. Sans doute que l'adresse courriel reste en mémoire dans mon PC mais qu'il n'apparaît pas chez les autres internautes.
Permettez-moi de vous demander de me recommander un livre en français sur le métropolite Saint Philippe de Moscou. Merci par avance.
Bernard Antoine.
Eh oui, je suis un sacré bavard, vous n'avez qu'à feuilleter les autres articles du blog pour vous en convaincre...
Bavard mais peut-être pas assez, j'ai vraiment abrêgé ce que je voulais dire, et surtout suspendu à votre réponse les précisions que vous me demandez à bon escient.
Bien sûr, j'ai mordu sur l'église d'occident, mais je répondais à "d'ou la Révolution d'octobre et la Révolution francaise", quand aux justifications doctrinales du pouvoir des princes par les "clergés locaux" je crois que l'observation de la continuité du magistère de l'Eglise (en Orient comme en Occident) se développant sur les bases théologiques qu'elle construit au fur et à mesure, dépasse l'éphémère durée de tous les royaumes, républiques et empires qu'elle a connu. Il m'a semblé que vous-même, renvoyant à "l'église de Constantin" (en fait de Théodose) et au christianisme primitif, vous impliquiez de concert celle qu'a connu Tolstoï et celle que nous connaissons (cf. le problème du rapport du Vatican avec le fascisme, ou plus près de nous les dictatures d'Amérique du Sud).
Je vous ai cité Augustin dans cette optique (et aussi parce qu'il est certain que Tolstoï l'ait lu, sans doute même en latin, que l'on enseignait en Russie, y compris aux clercs, mais je ne sais pas pour quoi faire et à partir de quand) et je connais bien le principe de synodalité en orthodoxie, mais où y placer la doctrine de Denys l'Aréopagite, qui proclame le choeur des anges autour de Dieu, la Hiérarchie céleste, comme modèle de la Hiérarchie terrestre? Ah, je vais refaire mon papiste, mais je vous invite à lire à ce sujet le chapitre III de Lumen Gentium qui présente le Pape comme le premier des évêques et comme principe unificateur du collège épiscopal. Je vous engage à lire ce texte chapitre par chapitre, son organisation s'emboite de manière admirable du mystère insondable de l'Eglise à la lumière eschatologique et à la Mère de Dieu, en passant par une formulation merveilleuse du "sacerdoce des laïcs". C'est un texte court, voyez vous-même en suivant le lien que le Moinillon a diligemment joint à mon dernier commentaire.
Vous avez donc évoqué les Esséniens d'une manière plus innocente que je le croyais. Il y a plus de 40 ans, et ce jusque dans les années 90, les textes découverts dans les grottes autour de leur communauté (qui se situent entre -160 et 60) ont renvoyé l'image d'un noyau pré-chrétien, et on a même prétendu que Jean-Baptiste était essénien. A mon avis, pour être plus clair, la communauté de Qumrân est le témoignage unique d'un monachisme juif, autant dans le cénobitisme que dans l'érémitisme, car le site lui-même n'est pas construit d'un bloc. En Egypte, il existait aussi un érémitisme juif, et pour sûr Jean n'était pas le seul homme à vivre au désert de la manière dont les Evangiles le décrivent. C'est le mode de vie des prophètes de l'Ancien Testament, qui vivent aussi en collège, l'ascèse qui mène à l'expérience mystique.
Si le végétarisme et la non-violence chez Tolstoï relève, je vous rappelle que je ne l'ai pas lu alors je me fie à vos mots, d'une exigence purement morale de "respect de la vie", alors cela n'a rien à voir avec les Esséniens, ni même avec les premiers chrétiens puisqu'il n'y a plus dans le Christ qu'un exemple moral sur lequel il faut se calquer. C'est une des dimensions de la vie chrétienne mais cela ne suffit pas : il faut aussi s'abandonner au Père (la prière) et à son prochain, son frère (l'obéïssance évangélique, la fidélité à l'église).
Merci Ptit moine pour vos informations concernant Saint Philippe de Moscou. C’est un peu court. Dommage qu’il n’existe pas en français un livre le concernant.
Merci Tertius pour votre long commentaire. J’ai bien noté que vous souhaitez qu’on lise le chapitre III de Lumen Gentium. J’ai trouvé le texte sur Internet.
Je ne peux pas étudier cette question en cinq minutes. Je vous donnerais mon opinion plus tardivement.
En attendant j’aimerais tout de même qu’on me réponde concernant le végétarisme et la non violence. Que faut-il en penser ?
Je vois qu'ici certains se prétendant "catholiques" recommandent la "constitution lumen gentium" de Vatican II...
La plupart des catholiques s'en moquent... et ils ont bien raison...
Je recommande aux lecteurs orthodoxes de ne pas lire ce document INUTILE... (et encore je suis poli...)
Cher Christophoros
Laissez donc aux lecteurs orthodoxes le soin d'en juger par eux-mêmes, ce ne sont pas des imbéciles. Si vous l'avez bien lu, dites nous plutôt quels sont vos critiques. B.A.
Cher Tertius. Ce n'est pas une question d'intelligence, mais une question de FOI...La question n'est pas de savoir si les documents issus du "concile" Vatican II sont intelligents ou non, la question est de savoir s'ils sont ou non inspirés par l'Esprit Saint...Il paraît qu'on juge l'arbre à ses fruits...hé bien, Vatican II ça donne une centaine de séminaristes seulement pour le diocèse de Paris et les diocèses avoisinants et des églises pas bien pleines...Donc, à mon avis, inciter des orthodoxes à jeter un oeil sur les documents de Vatican II, ce n'est pas leur rendre service...
Pardon, Christophoros, mais il y a erreur sur la personne :
vous venez de répondre à un commentaire de Bernard Antoine.
C'est avec lui que nous discutons sur cette page (mais je pense que vous êtes le bienvenu sur l'ensemble de ce blog, Bernard, n'est-ce pas?) vous avez le droit de dire ce que vous pensez de mes commentaires, mais pas celui de juger l'authenticité de ma foi.
Si vous désirez discuter avec moi de la qualité des fruits du concile Vatican II, discuter fraternellement au nom de notre foi commune, je vous suggère de demander mon e-mail à notre bienheureux Moinillon et j'aurai grand plaisir à échanger et à partager avec vous.
Chers Christophorus et Tertius,
Arretez de vous énerver, ça ne sert à rien. Il vaut bien mieux garder la tête froide. Je crois que Vatican II a du bon et du mauvais mais ça na rien à voir avec le déclin de la Foi qui a débuté dès le 18em siècle. Je souhaiterais que Christophorus s'explique plus clairement sur ses raisons pour rejeter la "constitution lumen gentium" de Vatican II. Qui plus est je ne vois pas le rapport avec Tolstoï.
Très cordialement à vous deux. B.A.
Tout doux mes amis !
Que vous soyez bretteurs et querelleurs, cela ne fait pas de doute, mais n'oubliez pas que malgré les divergences, c'est "Tous pour UN". Allons, Aramis ! Allons, Portos ! Est-ce en se chicanant et en se mordant la tuffe que vous combattez ensemble pour l'UN ?
Sursum corda, comme on dit chez vous (pas forcément en latin, d'ailleurs, mais ça arrive. On le dit aussi chez nous... pas non plus en latin)
Relevez-vous : les hommes du "cardinal" n'attendent que ça, de vous voir vous terrasser l'un l'autre.
A tous...sur Vatican II ma religion est faite depuis longtemps...Lorsque Jean XXIII a parlé de son concile à Padre Pio celui-ci lui a conseillé de le terminer très vite...il n'y a rien de plus à dire...C'est une erreur majeure de l'Eglise catholique romaine au XXème siècle...que celle-ci ne veut pas reconnaître (puisque le pape est infaillible héritage de Vatican I sauf erreur....) , on croirait entendre les justifications du parti communiste à une époque sur "la ligne du parti", même ton satisfait, même auto-justification, même aveuglement sur sa perte d'influence et la réduction du nombre de ses adhérents dans un cas, des baptisés et pratiquants dans l'autre... Quand au déclin du christianisme en France depuis le XVIIIème siècle, c'est exact dans un certain sens mais ce n'est pas si simple, il y a eu un renouveau après la Révolution française et à la fin du XIXème siècle...
Si on parle de déclin, il a sans doute commencé en 1054, si vous voyez ce que je veux dire...
Plaisanteries mises à part, je dois dire que je suis tout de même impressionné (au sens propre) par le fait que nos deux mousquetaires romains aiment sincèrement leur Église —sous une forme ou une autre — telle qu'elle. Car dans mon esprit, l'Église catholique a toujours été une institution formaliste privée de l'Esprit. Or, comme nos amis Christophoros-Tertius vivent réellement leur foi et le défendent, on est loin du formalisme.
Dans les milieux orthodoxes aussi, il a de forts antagonismes entre modernistes et conservateurs.
Personnellement, je crois que la cause du déclin est la division des chrétiens et leurs querelles continuelles.
Je vous propose donc de revenir sur le sujet de Tolstoï et le végétarisme.
Il n’est pas obligatoire d’être orthodoxe pour faire un séjour au Monastère Antoine-le-Grand dans le Vaucluse. Ce Monastère dépend de Simonos Petra du Mont Athos. Son église de style gréco-byzantine est magnifique.
J’ai pu y constater que tous les repas les jours de semaine étaient strictement végétariens. Les œufs et le poisson pouvaient être au menu du Dimanche.
Ptit moine peut-il nous dire quelles sont les règles alimentaires suivies dans son monastère ? Tertius et Christophoros peuvent-t’ils nous dire si les moines catholiques romains sont toujours végétariens ou s’ils ont maintenant abandonné cette pratique ? B. A.
Cher Moinillon, pour clarifier les débats et éviter toute ambiguïté...
1 - on peut en matière de confession chrétienne avoir une attitude "consumériste" un peu à l'américaine, et changer de confession au gré de ses rencontres et/ou des hasards de l'existence et/ou de l'évolution de sa vie intérieure, un peu comme ces protestants américains qui passent d'une "dénomination" à l'autre, ou de ces orthodoxes qui deviennent catholique ou l'inverse... on peut aussi considérer que, après tout, Dieu vous a mis quelque part et que bon, tout compte fait, c'est Sa volonté... je le confesse c'est plus pratique...
2 - je ne suis pas sûr "d'aimer l'Eglise catholique" (vraiment pas) mais plutôt "l'image du Christ que j'aperçois dans l'Eglise catholique" (je l'aperçois aussi ailleurs du reste... ce qui ne fait pas vraiment de moi un bon catholique).
Toujours le même problème : "dans quel état j'erre !"
PS : quelle charité ce moinillon, pour désigner par "forts antagonismes" des choses comme certain pugilat au Mont Athos, récemment, il me semble...
Merci Ptit moine de m’avoir confirmé que les moines orthodoxes sont végétariens, en ce sens qu’ils ne consomment pas de viande rouge. Je compte bien revenir sur ce blog concernant le vegetarisme.
Malheureusement je ne peux adhérer à votre interprétation des Actes. Revoyons donc le texte en entier au lieu de quelques courts extraits sortis de leur contexte :
Dans sa vision Pierre voit Dieu lui présenter toutes les bestioles de la terre. Celles qui étaient considérées comme pures mais aussi toutes celles qui étaient impures pour les juifs. Ce que Dieu signifie à Pierre par cette vision est qu’il ne doit plus craindre de frayer avec les païens et les incirconcis. Corneille, en effet, est tout ce qu’il y avait de plus impur pour les juifs. Non seulement il était incirconcis mais également païen, qui plus est soldat romain.
Mais par la foi Dieu purifie le cœur des païens, bien que leur corps n’étant pas circoncis reste rituellement impur.
On voit donc qu’il ne s’agit pas du tout d’une question de nourriture ni de régime alimentaire.
Cordialement. B.A.
Merci petit moine pour cette citation que "je garde dans mes tablettes"...
Le p. moinillon a déjà précisé que l'explication de l'apparition se trouvait dans le verset 28, ce qui n'empêche pas de prendre, comme il le dit, de comprendre cet enseignement au sens premier. C'est-à-dire qu'il y a rien d'impur dans ce que le Seigneur a créé pour l'homme, et tout ce qui se trouve sur terre a été créé pour l'homme.
Saint dimanche !
Chers Ptit moine et P. André. On peut toujours interpréter les Saintes Écritures comme ça nous arrange et certains ne s’en privent pas. En hommes d’église, j’espère que vous ne me condamnerez pas comme hérétique si je m’en tiens aux explications données versets 28 et 34. Pour le reste je trouve que vos interprétations sont un peu trop simplistes car Dieu n’a pas confié le monde à l’homme pour qu’il en fasse ce qu’il veut selon son ses caprices et son bon plaisir, mais pour qu’il en soit responsable devant lui en étant un bon gestionnaire.
Vous nous dites qu’il n’y aucune raison de mépriser la viande. Je ne suis absolument pas de votre avis, surtout la viande industrielle. Dans le temps les paysans ne mangeaient de la viande qu’une fois par semaine, et encore, ce n’étaient que les paysans aisés, mais pas les pauvres. Ils respectaient leurs animaux qui étaient généralement bien traités. De nos jours on se gave tous les jours de viande industrielle, en se rendant malades, par gourmandise et non par nécessité, sans aucun respect pour les animaux cruellement traités.
Les animaux sont tout de même pas des objets mais des créatures de Dieu.
J’espère que vous me permettrez de ne pas être d’accord avec vous sans pour autant m’excommunier. B. A.
Entièrement d'accord avec vous au-sujet des viandes issues de l'élevage industriel, de même quele scandale de la vivisection c'est un combat quotidien pour nombre de personnes, mais cela n'implique pas automatiquement le végétarisme. Du temps de Tolstoï, il n'y avait ni veau aux hormones ni poulets en batterie, si je vous en crois c'est le fait de se nourrir de la vie d'un autre être qui motivait son végétarisme. Là-dessus, qui peut vraiment dire que tuer un animal équivaut à tuer un homme, à part un bouddhiste, un hindouiste ou un pythagoricien?
Elever un cochon ou des lapins depuis leur naissance n'a jamais empêché un paysan de les abattre, car il sait qu'il récolte ce qu'il a semé, d'une certaine manière. Vous avez raison de dire qu'à cette époque manger de la viande était exceptionnel parce qu'onéreux. En effet, à part les oeufs de poule, la vieille poule inutile (en bouillon) et le poisson que l'on pouvait pêcher ou élever dans un étang, la viande était un signe de richesse, et c'est une des raisons pour lesquelles les moines s'en sont privés.
Une autre raison fut la conception médicale selon laquelle la viande était un excitant, un aliment "chaud et sec" selon la terminologie hippocratique en vertu du sol sur lequel vivaient les quadrupèdes, alors que les oiseaux et les poissons étaient, de même que leur élément naturel, "froids" (sec pour les oiseaux, humide pour les poissons) on pouvait donc, en Carême, manger du castor et de la loutre, qui étaient considérés comme "maigres". La viande était donc proscrite aussi pour ne pas échauffer les passions, alors qu'elle était permise à l'infirmerie pour revigorer les vieux moines et les malades (règle de Saint Benoit, 37.2, 39.11).
A cela s'ajouta un commentaire de la genèse qui vit les animaux "maigres" des eaux et des airs créés le cinquième jour, l'homme et les quadrupèdes créés le sixième jour.
A ma connaissance, il existe encore dans la communion catholique deux ordres monastiques qui vivent dans ce carême permanent : les Chartreux et les Trappistes, alias "Ordre Cistercien de Stricte Observance" (OCSO) dont les abbayes sont bien connues, comme Bellefontaine (et ses éditions) ou (à consommer avec modération) Orval et Chimay.
Merci beaucoup Tertius pour votre soutien. Tolstoï était contre la consommation de viande parce-qu’il était contre la peine de mort et que la viande impliquait la mise à mort d’un être sensible : un animal. Il n’est pas le seul à avoir eu cet avis, il y a eu également des religieux et des grands hommes, à commencer par le pasteur et théologien Albert Schweitzer. Cependant, il est bien vrai que la question du végétarisme divise même les amis des animaux. Que voulez-vous, on a tous nos faiblesses et la viande a trop bon goût. Cependant, si Dieu tolère qu’on puisse manger les animaux, au moins qu’on les respecte pendant leur vie en leur accordant des conditions d’existence conforme à leur nature. Nous vivons dans une société qui ne respecte plus qu’une seule valeur : LE FRIC. On prend vraiment bien soin de cacher au consommateur les conditions vraiment horribles d’élevage afin d’éviter une chute drastique de la consommation. On évite aussi de lui dire qu’une consommation exagérée de viande est toxique et mauvaise pour la santé. La médecine du début du siècle s’est beaucoup trompée sur les vertus de la viande. On est revenu là-dessus maintenant. Mon médecin local croit plutôt dans les vertus de la diète et du régime pauvre en protides, en graisses en sucres et en sel. B.A.
@ B.A.
Jamais, il me semble, billet n'aura eu autant de commentaires !
D'autant que nous sommes fort éloignés du sujet de départ, comme quoi, effectivement, ils peuvent "dériver au hasard"...
Concernant le texte d'Actes 10 cité par le bon Moinillon, il me semble que la vision de Pierre ayant pour but incontesté de lui permettre de se rendre chez des païens, son application à la nourriture (tout à fait justifiée par ailleurs) n'est que secondaire. Cependant, vous noterez que dans ce texte, ce qui choque Pierre, ce n'est pas que Dieu lui commande de manger de la viande (ce qui aurait été le cas s'il avait été végétarien), mais qu'il y mêle des animaux réputés impurs.
Par ailleurs, il est certain que les membres de la primitive église n'était pas végétariens. En témoignent par exemple les décisions du synode de Jérusalem (Actes 15) qui tout en affranchissant les pagano-chrétiens de l'observation de la Loi, conservent des règles concernant les "viandes" : pas de viande étouffée (à cause du sang), pas de viandes sacrifiées aux idoles (à cause de l'idolâtrie). En aucun cas n'est envisagé un régime alimentaire particulier (par exemple végétarien) pour les chrétiens. Ce n'est guère que des groupes séparatistes (comme les encratites) qui prônèrent le végétarisme comme règle générale ; mais nous sommes alors dans une démarche autre.
Au final, et sans préjudice aucun pour ce que vous dites concernant les conditions d'élevage et d'abattage des animaux de boucherie (qui toutefois ne concernaient pas l'époque de Tolstoï), ni d'ailleurs pour la discipline d'ascèse des jeûnes et carêmes dans l'Eglise (qu'elle concerne les moines ou les laïcs), il me semble à propos de rappeler ce que l'Apôtre écrivait aux chrétiens de Rome : "le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rom 14, 17)
Connaissez-vous l'association Notre Dame de Toute Pitié (www.nd-toute-pitie.fr), association catholique pour le respect de la création animale ?
Son but est de sensibiliser les chrétiens à la protection animale.
Dans Actes 1O Dieu n'a pas commandé à Pierre de manger de la viande; c'est ridicule. Dieu nous laisse le libre choix de manger ce qu'on a envie. D'ailleurs ce que dit l'Apotre en Romains 14(17) le contredit tout à fait. B.A.
Il va falloir que je bosse mieux l'épître aux Romains, si tout le monde sur ce blogre le cite sauf moi, mon saint Patron ne doit pas être très fier.
Saint Tertius, prie pour le pauvre ignorant que je suis !
Merci beaucoup Charlotte de nous avoir fait connaître votre association www.nd-toute-pitie.fr qui vous fait honneur. Vous nous montrez que les chrétiens devraient avoir de la compassion pour tous les êtres vivants. C’est tout à fait à l’opposé de l’esprit cartésien et anthropocentrique étroit de nombreux chrétiens, malheureusement.
Je me permets de rappeler ci-dessus quelques dispositions du catéchisme de l’Église catholique romaine que je viens de prendre dans votre site :
(2416)Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle. Par leur simple existence, ils le bénissent et lui rendent gloire. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance.
(2418)Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies.
En d’autres termes on ne doit pas être dur et cruel envers les animaux et il est interdit de les tuer par caprice ou par simple gourmandise. Si on ne peut faire autrement, on peut manger de la viande, mais on ne doit pas en abuser. De même on ne doit pas utiliser les animaux pour l’expérimentation quand ce n’est pas indispensable pour sauver des vies humaines et quand on peut faire autrement. B.A.
En tant que Porthos et donc un peu "balourd"...je dirai simplement que depuis que j'ai appris qu'Adolf Hitler était végétarien et aimait les bergers allemands, je suis devenu très méfiant envers les végétariens et les amis des bêtes...
Il suffit de chercher "Hitler vegetarien" dans Google pour s'en faire une idée...
ptit moine
Mais non...mais non...juste pour dire que le côté régime alimentaire et christianisme c'est à se tordre...le christianisme est la seule religion qui ne connaît AUCUN interdit alimentaire...(enfin à part la chair humaine, interdit fondamental...). Foi de Porthos, un petit saucisson à l'ail avec un coup de rouge hips !
Merci Ptit moine de nous avoir indiqué "Hitler Végétarien" sur Google. Ceux qui s'interessent à cette question pourront y trouver toutes les informations qu'ils souhaitent. Ce n'est donc pas la peine de s'étendre sur ce sujet sur ce blog qui concerne Tolstoï. B.A.
Le blog n'est pas consacré à Tolstoï : Petit Moine l'a appelé "moinillon au quotidien" et le père Tolstoï n'avait rien d'un moinillon.
Heuresement, on n'y parle d'autre chose que de littérature.
Je m'accapare le 50e commentaire !
J'ai sûrement droit à une médaille à cette occasion : l'ordre de l'Oignon vert, disons. C'est d'ailleurs ce que me propose mon avva (comme quoi, les Allemands ont —parfois— un peu d'humour), si je lui trouve un programme (pour Macintosh) permettant d'écrire du courrier et d'imprimer les adresses à partir d'un fichier d'adresses pour envoyer des mailings ou simplement ne pas avoir à écrire l'adresse à chaque fois, et s'il y avait une possibilité de synchronisation avec le carnet d'adresses Mac — ce serait parfait. Si quelqu'un a une idée... cont@ctez-moi !
С'est aussi l'occasion pour renvoyer définitivement les gentils commentateurs aux forums consacrés au végétarisme : ils pullulent sur internet. Il y en a même un qui s'appelle « Végétarisme et végétalisme au quotidien » : ce qui devrait faire particulièrement plaisir à Vlad
!
Cher Vlad,
Excusez-moi, mais étant donné que je sélectionne dans Google la rubrique TolstoÏ Orthodoxe il m'avais semblé qu'on devait y débattre sur lui et sur ses options religieuses. Si ce n'est pas le cas il vaudrait alors mieux mettre ce blog dans une autre case. B.A.
Au départ, je croyais que ce blog concernait la position de l'orthodoxie concernant les idées éthiques de Tolstoî. J'avoue que je suis un peu déçu, je reste sur ma faim. J'aurais aimé connaître ce que pense l'Eglise orthodoxe à propos du végétarisme et de la non-violence, en particulier en ce qui concerne la peine de mort et la guerre entre les nations. Rien de tout cela. B.A.
Cher Bernard Antoine, ne vous affligez pas !
).
Vous êtes actuellement sur l'un des (2 700) billets de ce blog dont l'adresse principale est www.moinillon.net.
Le sujet initial de ce billet avait pour thème l'excommunication de L. Tolstoï. Le végétarisme et la non-violence, la peine de mort et la guerre en général sont des thèmes qui ne sont pas directement liés au sujet initial : il faudrait alors consacrer à chacun de ces thèmes un billet différent.
D'autre part, vous ne trouverez pas ici la position de l'Orthodoxie sur tous ces sujets, mais plus simplement l'approche du modeste moine orthodoxe pas très modeste que je suis, avec la participation précieuse de nos érudits commentaristes venus de divers horizons, mais ayant en commun de porter la cape et l'épée (
Les blogs n'ont pas à mon avis vocation à résoudre de tels problèmes. Ce sont, à la différence des sites ordinaires, des sortes de journaux où se combinent quotidiennement des réflexions, des impressions, des images et des sons — sérieux ou moins sérieux.
Cela dit, vos commentaires personnels contribuent aussi à enrichir la réflexion sur le thème de ce billet : ce dont nous vous remercions sincèrement.
ptit moine