enluminureL'abbé Jean habita dans la première cellule du Grand Vieillard qui avait été construite pour celui-ci hors du monastère. Il y vécut dix-huit ans reclus, jusqu'à sa mort qu'il avait prédite en ces termes : « Je mourrai moins de huit jours après l'abbé Séridos. » Et comme nous le suppliions de ne pas nous laisser orphelins, il dit : « Si l'abbé Séridos était resté, je serais resté encore cinq ans ; mais puisque Dieu l'a pris, je ne reste plus. » Alors l'abbé Elien, devenu supérieur du monastère, importuna l'abbé Barsanuphe avec force prières et larmes, afin qu'il nous laissât Jean, d'autant que lui, Barsanuphe, n'envoyait plus de lettres. L'abbé Jean sut cela en esprit. Le lendemain lorsque nous vînmes le supplier, il dit alors à l'abbé Elien : « Pourquoi importunes-tu le Vieillard à mon sujet ? Ne te donne pas tant de mal, car je ne reste pas. » Alors, comme nous nous étions jetés tout en larmes à ses pieds, l'abbé Elien se décida à dire : « Accorde-moi du moins deux semaines pour que je t'interroge sur le monastère et son gouvernement. » Et le Vieillard, ému de pitié et poussé par l'Esprit-Saint qui habitait en lui, dit : « Eh bien ! tu m'auras pendant ces deux semaines. » L'abbé Elien ne cessa de l'interroger au sujet de chaque détail du gouvernement du monastère. Les deux semaines écoulées, il nous demanda de ne pas parler de sa mort avant qu'elle fut arrivée. Ayant fait venir tous les frères et tous ceux qui se trouvaient dans le monastère, il embrassa chacun et renvoya tout le monde. Puis il rendit en paix son âme à Dieu.
Anonyme : Les moines de Gaza