enluminureUne fois, un frère va au marché et il rapporte un très bon couteau. Oui, un très bon couteau. Dosithée le prend et le porte à l'abbé Dorothée et lui dit : « Le frère X a apporté ce couteau et je l'ai pris. Si vous êtes d'accord, nous le garderons à l'infirmerie parce qu'il coupe très bien le pain en petits morceaux. » Mais abba Dorothée ne cherche jamais à avoir de belles choses pour l'infirmerie. Il veut des objets solides et rien de plus.
Alors il dit à Dosithée : « Apporte ce couteau, je veux voir s'il est bon. » Dosithée lui apporte le couteau en disant : « Oui, Père, il est bon pour couper le pain en petits morceaux. » Dorothée, lui aussi, voit bien que le couteau est bon pour cela. Mais il ne veut pas que Dosithée s'attache trop à quelque chose. Alors il ne lui permet pas de garder le couteau. Il lui dit : « Dosithée, est-ce que ce couteau te plaît vraiment ? Est-ce que tu veux être l'esclave de ce couteau et non pas l'esclave de Dieu ? C'est vrai, Dosithée, ce couteau te plaît et te voilà attaché à lui ! Qu'est-ce que tu veux ? Ton maître, c'est ce couteau, ce n'est pas Dieu ! Est-ce que tu n'as pas honte ? »

Dosithée écoute. Il baisse la tête et ne dit rien. Dorothée lui fait longtemps des reproches. Finalement il lui dit : « Allons, mets ce couteau ici et ne le touche plus ! » Dosithée fait très attention à ne plus toucher le couteau. Il ne le prend même pas pour le donner à quelqu'un. Tous les autres frères l'utilisent, mais lui seul ne l'approche pas. Et Dosithée ne dit jamais : « Tous ont le droit de se servir du couteau et pas moi. Pourquoi ? » Mais il fait avec joie tout ce qu'il entend.
Dorothée (Vie de Dosithée, 8) : Les moines de Gaza