conseils monastiques XXVI
Par ptit moine le mardi 6 mars 2007, 06:00 - sentences - Lien permanent
Si nous voulons être parfaitement affranchis et libérés,
apprenons à retrancher nos volontés. Et ainsi, progressant peu à peu avec
l'aide de Dieu, nous parviendrons au détachement. Car rien n'est aussi
profitable pour l'homme que de retrancher sa volonté propre. En vérité, par ce
moyen on progresse pour ainsi dire au-delà de toute vertu. Comme le voyageur
qui, en chemin, trouve un raccourci et qui, l'empruntant, gagne ainsi une bonne
partie du chemin, tel est celui qui marche par cette voie du retranchement de
la volonté. Car en retranchant sa volonté, on obtient le détachement, et du
détachement, on parvient, Dieu aidant, à une parfaite apathéia.
Or il est possible, en un court espace de temps, de retrancher dix volontés.
Voici comment : Un frère fait un petit tour, il aperçoit quelque chose.
Une pensée lui dit : « Regarde là », mais il répond :
« Non, je ne regarde pas. » Il retranche sa volonté et ne regarde
pas. Il trouve ensuite des frères en train de parler. Une pensée lui
suggère : « Dis, toi aussi, ton mot. » Il retranche sa volonté
et ne parle pas. Une autre pensée surgit : « Va donc demander au
cuisinier ce qu'il prépare. » Il n'y va pas et retranche sa volonté. Il
voit par hasard un objet : l'idée lui vient de demander qui l'a apporté.
Il retranche sa volonté et n'interroge pas.
Ainsi, par ces retranchements répétés, il acquiert une habitude. Et après les
petites choses, il se met à retrancher même les grandes avec aisance. De la
sorte, il parvient enfin à n'avoir plus du tout de volonté propre. Quoi qu'il
arrive, cela le contente, comme si cela venait de lui. Alors qu'il ne veut plus
faire sa volonté, il se trouve qu'il la fait toujours. Car tout ce qui arrive
et ne dépend pas de lui, lui convient. Il se trouve ainsi sans attache, et de
ce détachement, comme je l'ai dit, il parvient à l'apathéia.
Dorothée (Instructions, 20) : Les moines
de Gaza



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