faut-il communier souvent ?
Par ptit moine le vendredi 23 mars 2007, 11:54 - réflexions - Lien permanent
Au commentaire de Christophoros sur la communion, je propose la traduction d'une lettre de saint Théophane le reclus à un enfant spirituel. (A recommander aussi : quelques-uns de ses écrits dans la revue de la paroisse de Lyon : stranitchka.)
Vous êtes souvent raillé du fait que vous communiiez souvent. Ne soyez pas troublé ! Les gens n'ont qu'à jaser, ils cesseront bien.
Chacun devrait pourtant agir comme vous. En Orient, les chrétiens communient souvent, pas seulement lors des grands carêmes, mais en dehors de ces périodes également.
A l'origine, dans l'Eglise chrétienne, tout le monde communiait à chaque liturgie.
Une dame demanda à saint Basile le Grand [IVe s.] s'il était possible de communier souvent et si oui, à quelle fréquence. Il lui répondit que non seulement on pouvait, mais il fallait ! Pour la fréquence, il dit : « nous communions quatre fois par semaine — les mercredi, vendredi, samedi et dimanche. » Nous — ce sont tous ceux de Césarée, car la question concernait non pas les célébrants mais les fidèles. Par sa réponse, il ne donnait pas de précisions sur le nombre de fois où il fallait communier, il donnait seulement un exemple, laissant la liberté d'agir selon les possibilités, sans toutefois abolir l'affirmation selon laquelle il fallait communier souvent.
D'ailleurs, la liturgie elle-même... voyez ce qu'elle exige. A chaque liturgie, le célébrant invite le peuple : « Avec crainte de Dieu et foi, approchez ! ». Par conséquent, à toute liturgie il faut s'approcher. On peut d'autant plus s'approcher souvent.Chez nous, certains disent que c'est péché de communier souvent ; d'autres disent qu'il ne convient pas de communier plus souvent que toutes les six semaines. Il y a même peut-être d'autres interprétations encore. Ne prêtez pas attention à ces paroles et communiez aussi souvent que vous en éprouvez le besoin, sans hésitation !
Efforcez-vous seulement de vous préparer comme il convient, approchez-vous du Calice avec crainte et frémissement, avec foi, avec des sentiments de contrition et de pénitence.
A ceux qui vous importunent avec des discours sur ce sujet, répondez que vous allez communier avec l'autorisation de votre père spirituel. Et c'est tout.
Des bienfaits que cela vous apporte, il vaut mieux ne pas parler. Gardez cela pour vous et remerciez le Seigneur. Il y a un danger qui consisterait pour vous à tomber dans la vanité. Prenez-en garde ! Car vous seriez alors privé des fruits de la sainte Communion, et la communion elle-même serait alors pour votre condamnation. Que Dieu vous en garde !



Commentaires
Tout cela est un peu confus. La pratique - que vous évoquez - des chrétiens orthodoxes russes au XIXème siècle, très proche de celle qui existait autrefois dans l'Europe catholique (où on "faisait ses Pâques") me semble assez sage, la communion fréquente — l'apanage des temps héroïques, des communautés monastiques ou plus adaptée aux chrétiens vivant dans un environnement moins perverti que les cités de l'Occident...
Je voulais moi-même commenter ces recommandations du saint évêque Théophane le Reclus. Il faut préciser que cet évêque du XIXe siècle, contemporain d'un autre évêque lui aussi canonisé récemment par l'Église russe — Ignace Briantchaninov, est un grand spirituel. Ses écrits revêtent un importance considérable pour le monachisme «contemporain» (qui se distingue peu de celui du XIXe s.).
Ces recommandations montrent que l'enfant spirituel du saint évêque était importuné par les paroissiens lui repprochant de communier trop souvent. C'est donc un témoignage sur la pratique de cette époque (XIXe s.) : les gens ne communiaient pas souvent. Et, apparemment, nourrissaient de l'envie à l'égard de ceux qui ne faisaient pas comme eux : ce qui est révélateur d'une « anomalie ».
Ici, au monastère, nous nous confessons chaque semaine et pouvons communier chaque semaine (pendant le carême — à chaque liturgie). La communion fréquente est-elle réservée aux catégories de personnes qui ont « peu l'occasion de pécher » : moines, personnes âgées, ou aux personnes particulièrement spirituelles ?
Personnellement, je ne pense pas, car nous sommes tous pécheurs, et ce qui importe le plus c'est le repentir sincère : pour une seule parole, le Christ a accordé le Royaume au bon larron, dont la vie était emplie de péchés. Le repentir, par le sacrement de la confession, efface les péchés et rend digne de communier. Si l'on communie rarement, vraisemblablement on se confesse rarement, accumulant ainsi des péchés qu'inévitablement on oubliera et qui, par conséquent, ne seront pas remis. Il me semble que se confesser une fois par mois est un juste milieu.
J'attire votre attention sur les derniers mots du saint évêque. Sachant qu'on peut tirer orgueil du fait de communier souvent (du fait d'en « être digne »), il dit : attention ! il ne faut surtout pas s'approcher du Calice avec indifférence, machinalement, ou avec des pensées de vanité, car la communion ne serait plus pour la rémission de tes péchés, mais pour ta condamnation ! — comme Judas Iscariote a communié indignement le jour de la Sainte Cène, et le Malin est aussitôt entré en lui.
Sur un plan pratique, aujourd'hui, il est de coutume de jeûner (les produits d'origine animale sont supprimés de l'alimentation) trois jours avant la communion. Il semblerait donc que les ouailles de saint Basile de Césarée aient été toute l'année en période de jeûne, s'ils observaient cette pratique...