« Il serait irresponsable que les Églises se concurrencent entre elles »

N'y aurait-il pas dans un tel projet* un motif d'inquiétude pour l'Église catholique ? L'orthodoxie ne serait-elle pas alors en mesure de la concurrencer sur son propre territoire canonique ?
— Sur ce point, en effet, la démarche orthodoxe doit être sans ambiguïté. Le renforcement de l'unité orthodoxe ne peut aller contre la recherche patiente de l'unité des chrétiens dans laquelle notre Église est totalement engagée. Aujourd'hui, à l'ère de la sécularisation et de la résurgence d'un religieux diffus, souvent ambigu, parfois même anti-ecclésial, il serait suicidaire et irresponsable que les Églises se concurrencent entre elles : c'est pourquoi l'Église orthodoxe en France n'a jamais prôné le prosélytisme, bien au contraire, et les passages d'une autre Église vers la nôtre, s'ils sont acceptés par nos pasteurs, le sont parfois avec réticence, toujours avec prudence et avec l'assurance que ces personnes quittent sans hostilité leur Église d'origine. Depuis trente ans (je me souviens du congrès orthodoxe d'Europe occidentale, à Amiens, en 1977), je répète que l'orthodoxie en Occident ne peut avoir que des " structures d'attente ", en prévision du retour à l'unité avec l'Église catholique – l'Église locale de ce pays, en principe – avec laquelle nous ne sommes pas encore en totale communion, mais dont nous reconnaissons la succession apostolique, et aussi avec les Églises protestantes qui sont pour nous une part incontestable du christianisme de cette région du monde.

* L'unification canonique des différentes juridictions, autrement dit que l'Assemblée des évêques orthodoxes de France, dans le cas de notre pays, ou des assemblées épiscopales du même genre pour les autres pays de la diaspora, devienne un synode épiscopal de plein droit, avec un redécoupage géographique des diocèses.

(extrait de l'entretien du SOP avec Olivier Clément, théologien français [orthodoxe] : source via orthodoxie.com)