conversation
Par ptit moine le lundi 16 avril 2007, 07:52 - réflexions - Lien permanent
Merci à Christophoros
et Albocicade
pour leur science !
Hier dimanche, nous avons eu un entretien intéressant, dans un esprit bien monastique (je veux dire que personne n'interrompait l'autre ou ne transformait le dialogue en monologue). Les plus jeunes, étudiants en théologie (orthodoxe), étaient fort préoccupés par le fait qu'il n'y avait pas de position précise commune des Eglises orthodoxes sur leur «appréciation» de l'Eglise catholique romaine ou des mouvements protestants. Certaines Eglises orthodoxes, par exemple, exigent que les catholiques soient [re]baptisés lorsqu'ils désirent devenir membres de l'Eglise orthodoxe, d'autres se contentent de la chrismation, d'autres encore simplement de la confession. Certaines acceptent même le clergé catholique en reconnaissant leur prêtrise.
La jeunesse tend à plus de rigueur.
En tout cas nous avons rarement des conversations spontanées suffisamment intéressantes pour durer quelques heures. Un autre jour de la semaine, cela n'aurait pas été possible, évidemment.
Hier dimanche, nous avons eu un entretien intéressant, dans un esprit bien monastique (je veux dire que personne n'interrompait l'autre ou ne transformait le dialogue en monologue). Les plus jeunes, étudiants en théologie (orthodoxe), étaient fort préoccupés par le fait qu'il n'y avait pas de position précise commune des Eglises orthodoxes sur leur «appréciation» de l'Eglise catholique romaine ou des mouvements protestants. Certaines Eglises orthodoxes, par exemple, exigent que les catholiques soient [re]baptisés lorsqu'ils désirent devenir membres de l'Eglise orthodoxe, d'autres se contentent de la chrismation, d'autres encore simplement de la confession. Certaines acceptent même le clergé catholique en reconnaissant leur prêtrise.
La jeunesse tend à plus de rigueur.
En tout cas nous avons rarement des conversations spontanées suffisamment intéressantes pour durer quelques heures. Un autre jour de la semaine, cela n'aurait pas été possible, évidemment.



Commentaires
Excusez-moi, cher petit moine, mais le petit jeu qu'on pourrait intituler "c'est moi le plus chrétien des deux, nananère..." me semble d'une part assez vain, puéril et d'autre part contraire à l'esprit des Evangiles...
En ce qui me concerne, mais c'est peut-être parce que je deviens vieux, il y a beau temps que j'en ai fait litière... Ainsi, je suis parrain d'un enfant protestant dont le père est lui-même le parrain d'un de mes enfants... Et, par exemple, hier je suis allé deux fois à la messe, une fois en latin selon le rite de Saint Pie V et une fois en Français selon le rite de Paul VI (on peut très bien par cette expérience voir les énormes différences de rite)...
Ne doit-on pas éviter deux écueils ?
Le premier (dit moderniste) : dire que tout est pareil, relatif, que la Vérité est partagée (théorie des branches);
L'autre (dit intégriste) : stigmatiser les différences et s'arrêter là, souligner ce que l'autre a perdu (et non ce qu'il a gardé d'Orthodoxe), et in fine ne rien lui reconnaitre d'authentiquement chrétien.
A vous lire, cher Christophore, il serait interdit de dire (et de penser ?) que l'"église qui proteste" et l'église romaine ne sont plus orthodoxes ?
bonne journée
Pardonnez-moi, j'ai trop parlé.
Parmi les serviteurs de Dieu qui ont marqué l'orthodoxie en France, l'un était prêtre catholique et a été reçu dans la communion orthodoxe en tant que prêtre par concélébration avec un évêque orthodoxe : c'est le P. Lev Gillet (qui signait ses livres "un moine de l'Eglise d'Orient") ; un autre (prêtre catholique aussi) a été reçu au Mont Athos par un baptême : c'est le P. Placide, higoumène du monastère St Antoine le Grand dans le Vercors.
A vrai dire cher Sergio, les débats (actuels) entre Orthodoxes et Catholiques, lorsqu'ils portent sur le point de savoir qui a la "bonne" doctrine etc..., m'indiffèrent assez...Je préfère méditer sur l'histoire du Christianisme ( je préfèrerais dire l'histoire des christianismes ou des différents visages du Christianisme si on veut...) qui remettent en cause les "préjugés" que les uns et les autres pourraient avoir de bonne foi (c'est le cas de le dire)...Ainsi la position singulière de l'Empereur Constantin "l'évèque du dehors": (in "Paul Veyne "Quand notre monde est devenu chrétien" - 312 - 394" Albin Michel)
P .111 :
"Oui, un beau jour de l'année 312, Constantin a décidé qu'il était chrétien. On a peine à imaginer qu'un homme comme lui ait demandé à l'Eglise d'en décider pour lui. On imagine plus aisément que, dès sa conversion, une vision d'avenir, encore imprécise et virtuelle, mais vaste, s'est emparée de lui : pour un homme comme lui, à quoi bon se convertir, si ce n'est pour faire de grandes choses ?
Toutefois, après sa conversion, IL NE S'EST PAS FAIT BAPTISER ( à cette époque ce retard était usuel, le baptême étant un pas de plus dans l'engagement, plutôt que le seuil même de la foi)(2); à l'exemple de bien d'autres, il reculera jusqu'à l'approche de sa mort, vingt-cinq ans après le Pont Milvius, le moment de le faire; "car il était assuré que les eaux du salut laveraient tous les péchés que son sort lui avait fait commettre", écrit son panégyriste. Il n'en était pas moins devenu chrétien, que dis-je, il est frère des évêques, puisque eux et lui aiment Dieu et sont tous ensemble serviteurs de Dieu. MAIS LES CONSEQUENCES EN SONT SURPRENANTES A NOS YEUX : ce champion du christianisme n'avait jamais pu de sa vie participer à une synaxe, assister à une messe, n'avais jamais reçu l'eucharistie, jamais communié. "Maintenant, je fais partie du peuple de Dieu et je peux me joindre à lui dans mes prières", pourra-t-il dire sur son lit de mort, une fois baptisé.
Le baptême effaçant tous les péchés antérieurs, on a pu supposer que Constantin l'avait retardé parce qu'il avait sur la conscience les meurtres de sa femme Fausta et de son talentueux bâtard Crispus. Si du moins ces meurtres, dont nous ignorons la raison, ont été des péchés à ses yeux, ce dont on peut douter : depuis six siècles au moins, il était admis ("comme on admet les postulats des géomètres", écrit Plutarque) que dans une famille régnante le meurtre des proches parents était licite pour assurer les intérêts du trône; on verra pire encore à la mort de Constantin lui-même.
Les vraies raisons de ce retard devaient être politiques: les fonctions militaires et judiciaires d'un empereur, qui est sans cesse obligé de tirer l'épée, étaient peu compatibles avec une charité chrétienne qui était souvent, à cette époque, une doctrine de la non-violence ( à la grande indignation du paien Libanius, certains gouverneurs de province, n'osaient plus, parce qu'ils étaient chrétiens, condamner à mort des brigands de grand chemin). Les "péchés que son sort de mortel lui avait fait commettre", pour reprendre les termes de son biographe, sont, je suppose, ceux qu'un souverain ne peut pas ne pas commettre. (...)
note 2 ci-dessus : En 392, lorsque Valentinien II, âge de dix-sept ans est assassiné; saint Ambroise EUT LA CHARITE d'affirmer à ses soeurs que, bien que non baptisé, il pouvait aller au Paradis. A cette époque coexistait déjà, à côté du baptême des adultes, celui des nouveaux-nés, les parents s'engageaient pour leur bébé. Des lettrés se faisaient baptiser s'ils renonçaient à faire carrière pour mener une vie ascétique ou pour devenir évêque; ce fut le cas de deux baptisés trentenaires, saint Augustin et saint Grégoire de Nazianze."