obéissance ou charité
Par ptit moine le lundi 9 juillet 2007, 10:00 - Terre Sainte - Lien permanent
souvenirs de Terre Sainte
On dit toujours que le plus important pour un moine est l'obéissance.
Mais voici un récit qui donne un nouvel éclairage sur la question.
La ville de Jéricho se trouve à 300 m sous le niveau de la
mer. Quand on descend de Jérusalem vers Jéricho (carte), on peut voir des indications
montrant les niveaux. Plus on descend, plus il fait chaud ; et en bas, c'est la
fournaise.
Un jour, nous avons décidé de rendre visite à un ermite qui vit dans un canyon
à trois quarts d'heure de marche de Jéricho. Nous avons acheté deux
paquets d'eau minérale (le plus beau cadeau que l'on puisse faire ici) et... en
route.
Parvenus à destination avec nos cadeaux et complètement épuisés, nous avons appelé l'ermite (voir la vidéo). Il apparut après un certain temps, et nous dit qu'il n'était pas question de nous recevoir : pas de bénédiction de son père spirituel !
Je me suis dit : quelle situation bizarre ! nous lui rendons visite et bien que nous soyons épuisés par le soleil et la charge, et avec la perspective de faire le même chemin sous le soleil — il ne nous accorde pas l'hospitalité. Mais après quelques minutes de réflexion, il nous a finalement reçus.
Il faut dire que le mode de vie érémitique est vraiment réservé à une «élite» parmi les moines. Cet ermitage, en soi, est plutôt «vivable», car il existe depuis longtemps : il possède une citerne, approvisionnée en eaux de pluie l'hiver, deux petites cellules dans la roche et une petite chapelle, également troglodytique. L'accès est protégé par du barbelé, car comme par le passé les bandits n'épargnent pas les moines isolés. Mais le plus étonnant, surtout, est la faculté de vivre dans un isolement dans un silence complets. Il se rend une fois par semaine au monastère situé à une trentaine de minutes à pied pour s'approvisionner.
Moralité, l'hospitalité et la charité sont tout de même supérieures à l'obéissance.



Commentaires
Le fait de critiquer l'attitude de l'ermite est en soi contraire à l'esprit du monachisme. N'est-il pas maintes et maintes fois signalé dans le Géroticon le refus des abbas de juger les fautes flagrantes des autres ? N'est-il pas aussi écrit que celui qui juge son frère n'a pas encore atteint LA CHARITÉ ? Cher moinillon, vous péchez de la même façon que l'ermite aurait péché envers vous ! Manque de charité de l'un envers l'autre.
Merci, cher Père, de nous avoir donné ce vidéo qui montre un aspect de ce brûlant désert de Jéricho. Nous pouvons ressentir l'ardent soleil qui y règne! - Voici un petit commentaire sur le commentaire émis par "Antonios" : que de choses pénibles et regrettables n'a-t-on pas dites en invoquant "l'esprit du monachisme" ! L'Evangile a la primauté sur les coutumes ecclésiastiques. Invoquer la "bénédiction" de son père spirituel pour se dérober à un devoir évangélique n'a aucun sens. Le Christ ne nous demande pas une obéissance mécanique, mais l'adhésion de notre volonté à la Sienne. Un chrétien qui vit sous la lumière de l'Evangile est joyeux, loin de cette amère tristesse qui signale le fanatisme religieux. L'Evangile nous demande d'ouvrir la porte à celui qui vient, et de lui dire: "Ma joie, le Christ est parmi nous!" En son coeur, il gardera la parfaite solitude, bénie par Dieu.
Merci Père Higoumène Georges et pardon cher Antonios mais pourquoi opposer la lettre et l'esprit ?! la lettre est statique et se trouve elle-même implacable juge d'outre-tombe si elle n'est mue par l'esprit de vie, de joie,de partage ! le lettre comme squelette...mais c'est la Chair que nous recevons et mangeons et non un os que nous rongons...Merci monillon !
Merci, cher Antonios de relever que nul d'entre nous n'échappe au "Lachone Ha-Ra", la "parole mauvaise", la "médisance". Nul d'entre nous. Mais, il arrive parfois, dans le Gerontikon et autres écrits des Pères, que pour mettre en valeur un action juste, le rédacteur indique le contexte qui prête le flanc à critique. Ainsi en est-il , ce me semble, du billet de Ptit moine, comme aussi de cet épisode de la vie du St Abba Moïse l'Ethiopien :
Une fois, on donna ce commandement à Scété. Jeûnez cette semaine. Or il se trouva que des frères vinrent d'Egypte chez abba Moïse qui leur fit cuire quelque choses. Voyant de la fumée, les voisins dirent aux clercs "Voici que Moïse a violé le commandement et s'est fait quelque chose chez lui." Ils dirent: "Lorsqu'il viendra nous lui parlerons nous-mêmes." Lorsque vint le samedi, les clercs, sachant la remarquable façon de vivre d'abba Moïse, lui dirent devant tout le monde: "Ô abba Moïse, tu as supprimé le commandement des hommes mais gardé celui de Dieu!"
PS : J'ai employé l'expression de "Lachone Ha-Ra", qui doit être de l'hébreu pour beaucoup (en fait, pour tous, puisque c'en est) pour donner une "couleur locale", en rapport au billet de notre cher Ptit Moine
et dans ce désert, cette rocaille et sous ce soleil implacable, on entend clairement les chants mélodieux et légers des oiseaux. C'est assez étonnant.
Merci beaucoup pour ces commentaires vraiment intéressants.
Pour nous, moines, c'est un thème important, car l'obéissance est considérée comme la première règle. Mais dans ce cas précis (et sans doute dans d'autres encore), chacun de nous, moine, est amené à se poser la question : que faire ? obéir ou être miséricordieux ?
En fait, p. Antoine, il n'est pas question de condamner mon ami ermite, d'autant qu'il a choisi finalement la «désobéissance», mais de réfléchir sur le thème de l'obéissance. La situation présente réelle, dans le désert, n'est là que comme illustration.
D'ailleurs, cela pourrait concerner également l'obéissance d'un enfant à l'égard de ses parents, par exemple.
Sur l'obéissance, sur la fidélité aux canons en général et aux règles sur le jeûne en particulier (voir Albocibiade ci-dessus), ne faut-il pas toujours avoir à l'esprit les mots de Saint Paul (II Corinthiens, 3, 6) "la lettre tue, mais l'Esprit vivifie" ? On commence à mesurer cette exigeante dynamique fondée sur la liberté lorsqu'on lit par exemple le livre du Père Schmemann sur le Grand Carême. La lettre, le juridisme, le formalisme ou le ritualisme tuent, mais l'Esprit vivifie ! Vaste programme !
Curieux, on m'a dit que des trois vertus théologales Espérance, Foi et Charité, la plus grande est la Charité... or l'obéissance n'est "même pas" une des trois vertus théologales... donc où est le problème ? Mais c'est là peut-être une pensée un peu "hérétique" de la part d'un hétérodoxe...
Cher moinillon, vous êtes le seul à avoir compris le sens de mes propos, et je vous en remercie... sauf qu'il ne s'agit pas de débattre intellectuellement de charité/obéissance ou de toute autre problématique (tendance occidentale de tout soumettre à la logique de la réflexion ; là aussi je risque d'être incompris) pour arriver à la solution. Les Pères du désert ne s'adonnaient pas à de telles intellectualisations, ils étaient plutôt concernés de purifier leurs cœurs pour acquérir les charismes de l'Esprit. Un de ces charismes, le plus grand est, selon l'abbé Antoine, celui du discernement. Or, ce n'est pas par le raisonnement qu'ils procédaient mais par l'illumination du discernement qu'ils résolvaient ces "dilemmes intellectualistes."
C'est justement le cas pour l'abbé Moïse. S'il outrepassa l'ordre donné par les Pères de Scété, c'est moins par un raisonnement que par son discernement spirituel.
Cher moinillon, permettez-moi d'ajouter autre chose. On pourrait comprendre votre expérience avec l'ermite d'une autre manière. Voici : L'ermite n'ouvre pas sa porte, on est obligé de rebrousser chemin. C'est éprouvant, et en même temps, irritant dans cet aride désert. Si donc l'ermite n'ouvre pas sa porte, on pourrait alors penser que Dieu ne lui a pas inspiré d'offrir l'hospitalité, afin peut-être de mettre à l'épreuve notre patience et surtout notre longanimité pour nous procurer un gain spirituel. Mais une telle façon de "voir" les choses implique un mode de réflexion plus spirituel que logique.
Merci, p. Antoine. Je suis vraiment très heureux que l'on puisse se « rencontrer » ici : je pense que chacun en tirera profit. A commencer par moi ! Chacun des commentaires précédents donne des éléments précieux sur la vie spirituelle de chacun.
Encore merci !
Merci en russe se dit : SPASIBO (спасибо), autrement dit SPASI BOZHE ou SPASI GOSPODI, comme disent les moines — que Dieu vous sauve !
Je ne suis qu'un laic de base...mais je confesse que l'opposition entre logique et spiritualité me semble tout à fait "surfaite". Deux exemples pour alimenter la réflexion.
Le premier celui de l'existence même d'êtres humains qui conjuguent parfaitement les deux : tel le français Blaise Pascal qui fut à la fois (c'est le cas de le dire) un grand scientifique et un immense spirituel... Le second, je le tire de ma visite il y a des années du Dôme de Florence en Italie. On m'avait alors expliqué la fresque du Jugement Dernier où apparaissaient les trois vertus théologales et le fait que la Charité était plus grande que la Foi et l'Espérance. En effet, m'avait-on dit, lorsque le Christ reviendra la Foi et l'Espérance n'auront plus aucune utilité, seule demeurera la Charité. N'est-ce pas là, le comble de la logique ???