libertin ou pas certain ?
Par ptit moine le jeudi 16 août 2007, 10:00 - réflexions - Lien permanent
Vraiment, nous vivons loin des réalités du monde contemporain
!
On m'envoie cette capture d'écran : ce sont les données à compléter lorsqu'on
s'inscrit à mySpace — une plate-forme web (blog, etc.) à la mode dans
le monde entier (avec plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs, jeunes
pour la plupart).
Loin des réalités, mais il serait peu raisonnable d'ignorer ce qui est proposé
aux jeunes aujourd'hui. Désespérant.
En annexe, Outfoxed, un film sur la chaîne FOX news, dirigée
par Rupert Murdoch, le propriétaire de mySpace
(depuis quelques années). On y apprend beaucoup de choses sur les media et la
"démocratie".



Commentaires
Cher monsieur gayman,
c'est avec beaucoup de prudence que je vais tenter d'apporter quelques éléments de réponse à votre question.
De prudence non parce que j'aborderais de manière non-consensuelle un aspect de l'éthique "moderne" — ce qui m'indiffère — , mais parce que je sais à quel point cette question peut être vécue douloureusement, et ne souhaite en aucun cas vous blesser.
Vous vous dites "gai" et "chrétien". Vous ne verrez donc pas d'objection, je pense, à ce que je procède à l'étude rapide de la notion d'homosexualité dans les écrits fondateurs du christianisme, à savoir l'Ancien et le Nouveau Testament.
// Vous n'ignorez pas que le texte de la Genèse (1.26) indique que l'humain fut créé masculin et féminin, et le texte précise immédiatement "Il les créa", indiquant une différenciation entre l'un et l'autre.
Partant de cette différenciation (qui est d'ailleurs une évidence dans la perpétuation de l'espèce, ainsi qu'il est précisé juste après "multipliez-vous…" — verset 28), l'ensemble de l'Ancien Testament pose en norme l'hétérosexualité, avec en corollaire une condamnation dépourvue d'ambiguïté de l'homosexualité (voire des personnes ayant des pratiques de cet ordre) comme d'autres pratiques "déviantes" de sexualité (adultère, inceste, bestialité…) cf. Lévitique 20.10-20.
J'emploie à dessein le terme de "déviance", car il renvoie à une notion de la Bible qui est souvent mal interprétée, celle de "péché".
On comprend d'ordinaire le "péché" comme une "faute", à laquelle est associée une "culpabilité". Pourtant, le terme hébreu "rHaTaH", que l'on traduit par péché est un terme de balistique. Pour faire court, lorsqu'un archer (ou un frondeur) voyait sa flèche (ou sa pierre) manquer la cible, il disait que la flèche (ou la pierre) avait péché, c'est-à-dire que n'ayant pas conservé la bonne orientation, elle s'était dévoyée, et avait en conséquence manqué le but assigné. Il n'y a pas, on le voit, de notion "morale", dans cette origine, mais bien une notion d'objectif non atteint.
La question fondamentale est donc : "quel est le but de l'humain, quel objectif lui est assigné ?" . //
Venons-en au Nouveau Testament, qui éclairera cette question. En effet, si l'Ancien Testament indique clairement que l'attente de Dieu est de permettre à sa création de vivre en harmonie avec Lui (Mon fils, donne-moi ton cœur, Prov 23.26), c'est dans le Nouveau Testament que cette harmonie prend sens.
Je ne vais pas développer cela ici, qui nous éloignerait de votre question, mais deux points doivent retenir notre attention : lorsque Jésus intervient dans la question de l'éthique sexuelle, il ne banalise en aucun cas les situations réprouvées par la Thora de Moïse (que ce soit dans le cas de la Femme adultère ou de la Samaritaine), mais les place dans le contexte de la miséricorde et de l'avancée vers le Royaume de Dieu. Il dépasse néanmoins le cadre classique, sur la question de sexualité, lorsqu'il évoque la possibilité pour certains de "se faire eunuque en vue du Royaume". De ce dernier propos, il ressort que, contrairement à un leitmotiv sociétal actuel, il ne semble pas judicieux de considérer que l'épanouissement réel de la personne passe obligatoirement par la sexualité, ou par l'exercice d'un droit au plaisir.
D'autre part, l'apôtre Paul, qui évolue dans un contexte social différent, ne s'éloigne pas non plus de cette approche. En effet, si Jésus a vécu dans une société dominée par l'hétérosexualité, Paul parcourt le monde gréco-romain qui, sur ce point est très semblable à la société occidentale actuelle : en effet, même s'il n'est pas alors question de couples homosexuels, la pratique de relations homosexuelles y est un fait admis. Or, Paul qui ne se prive pas de prendre ses distances avec la Loi de Moïse pour adapter son message à ses auditeurs (se faire "grec avec les grecs") est d'une absolue intransigeance sur ce point, plaçant la pratique homosexuelle au même plan que le commerce d'esclave (Rom // 6.10) prenant ainsi le contre-pied avec la société environnante, au risque de s'aliéner une partie non négligeable des personnes à qui il s'adresse.
Son but n'est cependant pas de plaire au plus grand nombre, mais d'accompagner ses auditeurs sur le chemin du Royaume de Dieu.
Tous, nous vivons des tensions, des pulsions que nous ne choisissons pas et qui peuvent nous envahir. La question fondamentale est la suivante : dois-je lutter contre ces tensions ou les assouvir ? Tout est ensuite question de repère : une personne ayant une compulsion à manger et qui prétendrait assumer sa boulimie se verrait remise en cause par les médecins, puisqu'une telle pratique met sa santé en jeu. Une personne ayant des pulsions de meurtre et prétendant les assumer jusqu'au bout se verrait remise en cause par la justice… Cependant, ces remises en causes ne sont, à proprement parler, que secondaires. En effet, le but de la vie chrétienne, c'est-à-dire de l'humain, c'est l'acquisition du saint Esprit, c'est la vie en Dieu. Et innombrables sont les manières et occasions de s'écarter de la voie montante, pour chacun de nous. Que la médecine, la justice ou la morale sociétale réprouve ou condamne ce que l'Evangile réprouve ou condamne n'ajoute rien, ni n'enlève rien à la valeur de l'Evangile. De même, si la médecine, la justice ou la morale sociétale approuve ou considère comme indifférent ce que l'Evangile réprouve comme impropre à mener au salut, cela n'ajoute rien, ni n'enlève rien à la valeur de l'Evangile. La société s'occupe de ce qu'elle pense être ses intérêts immédiats, l'Eglise à une vision plus large, plus profonde : un objectif à atteindre.
Et pour atteindre cet objectif, il est des confusions des plus néfastes (même si économiquement, c'est rentable…) //
Ainsi, sur la capture d'écran mise par Ptit moine (mais il n'en n'est pas l'auteur), la confusion est absolue : "marié" arrive bon dernier, mais "libertin" est en premier, "hétéro" ne se trouve qu'en troisième, ce qui est présenté en premier étant le prétendu-normatif "bi". Le cheminement avec le Christ est un chemin d'unification (et non de confusion). Un chemin parfois long, comme on le trouve dans le livre des Rois, lorsque le Général Naaman, devenu vrai croyant s'inquiète de ce que sa position risque de l'amener à se prosterner devant l'idole de son pays, alors que son cœur le réprouve. S'ouvrant de ses inquiétudes au prophète Elie, il s'entend répondre : "Va vers la paix".
Je ne peux que vous souhaiter (à vous, mais en fait à chacun de nous) d'aller "vers la paix", c'est le chemin avec le Christ.
Je ne sais ce qu'il faut admirer le plus chez Albocidade de la Charité ou de l'érudition. N'ayant ni l'un, ni l'autre (normal chez un hétérodoxe) et ayant de plus de "mauvais sentiments", je poserai cette question prosaique et profane à Gayman : je connais l'uniforme de Batman et de Spiderman, mais celui de Gayman il est comment ? J'ai bien une petite idée... mais (un petit reste de...) la Charité m'empêche de le dire...
En effet, c'est une bien triste époque que celle du plaisir obligatoire et de l'injonction au bonheur...
Mais l'homme n'est pas une girouette qui va dans le sens où le mènent ses envies et ses plaisirs : fonder une famille, pratiquer un métier, ça implique de s'engager et de se confronter à des modèles qui paraissent étrangers au premier abord.
Regarde dans ton entourage, "Gayman", combien de vieux couples qui ne "se désirent plus sexuellement" sont encore heureux ensemble? Combien de pères de famille qui n'ont jamais songé à tout plaquer pour une quelquonque "aventure"?
@Nepel: Et à quand une case "théophile"?
@Albocicade: Amen!
@Christo: ...
Pardon, j'ai du mal choisir mon surnom. Je m'appelle Olivier. Christophoros: Mon uniforme est porté par un des acteurs de cette petite video
Vous comprendrez peut être mieux?
Merci beaucoup Albicocade pour votre réponse. C'est bien comme cela que je vois les choses. Mais il empêche 1° que comme dans la video, il est dur de s'accepter, 2° qu'il est très dur de ne pas se laisser tenté, 3) qu'il est encore plus dur de dire aux autres: je suis bien comme cela mais j'ai décidé de ne pas pécher.
Peut être que Ptit Moine pourrait dire ce qu'il en pense. Parce que pour les moines, il est normel de lutter contre la chair. Mais dans le monde du dehors, c'est autre chose.
Merci à tous.
Merci, Olivier, pour ta confiance et merci de nous visiter.
Je pense qu'Albocicade a remarquablement traité ta question : avec charité et érudition, comme le souligne Christophoros.
Albocicade explique fort bien qu'il n'y a qu'un modèle pour nous chrétiens : celui d'Adam et Ève. Dieu aurait pu, par exemple, créer un être hermaphrodite (à l'image des escargots) où les genres sont confondus, mais Il ne l'a pas fait.
Le fait que certains aient des pulsions «naturelles» différentes de la norme ne signifie pas qu'elles soient naturelles. Elles ne le sont pas, car elles éloignent de Dieu. Les assouvir signifie pécher, comme tu le dis toi-même.
Tu demandes comment lutter (le fait même que tu ais cette préoccupation est déjà en soi plutôt louable) ?
Il faut rappeler qu'il n'y a que deux modes de vie pour les chrétiens : la vie familiale ou la vie monastique.
Il me semble que pencher pour la vie familiale n'est pas un bon choix dans ce cas : combien de mariages se terminent par un divorce...
Il reste donc la vie monastique. Mais la vie monastique exige aussi un renoncement à ses pulsions — qu'elles soient traditionnelles ou non. Car s'engager à la chasteté devant Dieu est un vœu autrement plus important que celui fait lors du mariage. C'est pourquoi, il n'est pas très raisonnable à mon avis d'entrer trop jeune au monastère lorsqu'on est l'objet de passions aiguës.
Cela dit, le monachisme protège fortement par son côté hermétique et, surtout, par le fait qu'on a sans cesse conscience de la présence de Dieu dans tout ce qui nous entoure, grâce à la prière et grâce aux jeûnes. Il faut avoir goûté de cette vie pour comprendre vraiment à quel point tout est différent.
En lisant la Correspondance de saints Barsanuphe et Jean de Gaza, j'avais été frappé par la réponse donnée par Barsanuphe à Dorothée (N° 255 et s.). Il dit au sujet de la luxure dont on parle : « Frère, te portant envie, le diable a déclenché la guerre contre toi. » (Pour ne pas surcharger ce commentaire, je mets le texte entier en ligne sur une autre page.)
Le moine sait que cette passion, comme d'autres, est déclenchée par le Malin. Aujourd'hui, malheureusement, on fait du diable une abstraction, alors que l'ange déchu peut réellement agir concrètement sur l'être humain — depuis que ce dernier (Adam) lui a cédé. D'ailleurs, même dans certaines traductions en français du Notre Père, on trouve le mot mal au lieu du Malin (délivre nous du Malin). Quand on prend conscience que cette pulsion est déclenchée par le Malin, il est beaucoup plus facile, avec l'aide de Dieu, de la combattre.
Pour approfondir cela, je te renvoie au texte de saint Barsanuphe cité plus haut.
Pour le point 1° de ton dernier commentaire, « il est dur de s'accepter », n'oublie pas que Dieu connaît nos faiblesses, car il ne se passe rien en ce monde sans Sa volonté ou sans Son accord (cf. saint Job). Ce n'est pas un hasard si nous sommes confrontés à des passions. Comme à la guerre — on est vainqueur et glorifié, ou on est perdant et déshonoré.
On a parlé du 2° point un peu plus haut.
Quant au point 3° : « il est encore plus dur de dire aux autres : je suis bien comme cela mais j'ai décidé de ne pas pécher », il me semble qu'il n'y a aucune nécessité à dévoiler sa vie intérieure ou encore ses péchés : un bon père confesseur (il est vrai que tu ne sembles pas en avoir) est la seule personne utile.
Aujourd'hui, on a l'impression que les mouvements gay incitent leurs adhérents à se dévoiler et à montrer une «fierté gaie»... Pour nous, il n'y a qu'une chose à dévoiler et à montrer avec fierté : c'est notre christianisme. Lorsque les bourreaux des premiers siècles chrétiens demandaient aux martyrs quel était leur nom, ils répondaient invariablement : « chrétien ».
Je te souhaite la protection du Seigneur, par les prières de ton saint !
J'incite vraiment les pères moines expérimentés qui nous lisent à apporter leur contribution et à corriger ou approfondir mes propos !PS. La vidéo que tu proposes est sans doute un peu naïve, mais je la mets en direct sur ton commentaire.
Merci infiniment, Ptit Moine.
Si c'était possible j'aimerais pouvoir correspondre avec vous de temps en temps.
Voila une autre video sur la jeunesse si ça vous intéresse .
Suite des commentaires à cette page.
Je voudrais vous proposer encore cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=dLAe...
Demain, dès l'aube...
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor HUGO
superbe
http://www.lingerie-emotion.com