sur la tonsure
Par ptit moine le mardi 21 août 2007, 11:00 - Lien permanent
Anniversaire de mes
vœux monastiques.
Et aussi
celui de ceux de l'abbé et de notre hiérodiacre.
Pourtant ce jour, comme date anniversaire, n'a pas pour moi l'importance qu'il
devrait peut-être avoir. Pour moi, la rupture, le début de ma vie monastique a
commencé le jour de mon entrée au monastère, le jour de la Naissance de saint
Jean
Baptiste. Entrer au monastère, c'était déjà renoncer au monde une fois pour
toute.
À propos du cérémonial, je viens de lire un article intéressant sur
l'historique de la tonsure monacale depuis les premiers siècles du
christianisme (in Московские епархиальные Ведомости, N 5-6 2007, p.
163). voir la suite
On y rappelle les deux premières traditions égyptiennes : saint Antoine (251-356) et la vie érémitique ; saint Pachôme (295-345) et la vie cénobitique.
Le
cérémonial de la tonsure, comme on le connaît aujourd'hui, n'existait pas à
proprement parler chez Pachöme, mais le candidat était attentivement interrogé
et s'il était jugé capable, on lui donnait les vêtements et il était incorporé
à la fraternité. Les premiers textes liturgiques datent du début du Ve siècle :
dans l'euchologe de saint Marc, par exemple, avec la distinction entre
petit schème et grand schème. Le contenu du
premier était essentiellement axé sur le repentir et le pardon des péchés du
postulant, celui du second sur la vie parfaite du moine. Sous saint Antoine,
les vêtements monastiques étaient déjà distincts des vêtements civils (37e
Règle de st Antoine).
Le pseudo-Denis l'Aréopagite (V-VIe s.) donne le premier des détails plus
précis : le cérémonial est célébré par un prêtre, dans l'église, devant
l'autel, en présence d'autres frères, avant la liturgie pendant laquelle le
postulant communiera.
Dans l'Église ancienne, on pratiquait la tonsure de plusieurs postulants en
même temps, généralement le mardi de la semaine de Pâques.
Pendant huit jours, les offices célébrés dans l'église du monastère étaient
accompagnés de lectures particulières. Le moine nouvellement tonsuré conservait
tout ce temps sa capuche (куколь). Le 8e jour, un rituel particulier était
célébré pour la pose de la capuche. (euchologe de saint Marc — Vat.
Barber).
On
suppose que la distinction entre les deux schèmes date de l'époque du
patriarche Nicéphore (806-815). Saint Théodore Studite (VIII-IXes s.), quant à
lui, était fortement opposé à la présence liturgique du petit schème, ne
reconnaissait que le grand schème et considérait ce dernier comme un sacrement,
comme un nouveau baptême. Malgré cela, ce grand nom du monachisme n'eut pas
d'influence sur les autres communautés monastiques dans ce domaine.
La tonsure était traditionnellement effectuée par l'abbé du monastère — qui
n'était pas nécessairement prêtre. Il faut préciser qu'un prêtre non moine ne
pouvait célébrer cet office.
Le texte du grand schème qui est utilisé aujourd'hui dans les Eglises grecque
et russe est fixé depuis 1602. C'est une version abrégée de la version studite
datant du XIe s. Les versions du petit schème étaient en revanche très variées.
Aujourd'hui, le texte du petit schème utilisé dans les Eglises grecque et russe
est assez proche de celui du grand schème.
Il existe un troisième type
de tonsure (ce serait plutôt le premier niveau) :
rasophore, où le postulant ne
prononce pas de vœux. D'abord il n'y eut pas de rituel particulier. Le rituel
n'apparaît qu'au XIIe siècle : bien que les vœux ne soient pas prononcés, le
postulant est tonsuré (en croix au nom du Père du Fils et du Saint Esprit) et
reçoit solennellement le vêtement monastique. Dans un euchologe du XIV-XVe
siècle, l'abbé déchirait l'habit civil du moine et lui revêtait l'habit
monastique.
L'archevêque Averkij faisait la distinction
entre les novices rasophores et les moines rasophores : les
premiers gardaient leur nom le jour de la tonsure alors que les seconds ne
changeaient pas de nom.
Dans la pratique d'aujourd'hui, l'Église grecque ne connaît que le
rasophore et le grand schème (stavrophore). Les évêques
peuvent être simplement rasophores.
Dans l'Église russe, le grand schème est extrêmement valorisé et donc
très rare.




Commentaires
Faut quand même un peu "se méfier" quand on donne le nom de "Jean-Baptiste" à son fils...J e me demande s'il n'y a pas dans ce prénom quelque chose de caché qui incite à la "rébellion" contre le père... Jean-Baptiste qui a refusé de suivre les traces de son père Zacharie prêtre dans le Temple...C 'est peut-être pour cela que Jean-Baptiste Poclain dit Molière était en bisbille avec son tapissier de père... et que, plus modestement, le "mien" est en bisbille avec la "puissance paternelle" pas qu'un peu...
Très intéressant, votre article, moinillon.
Une question, cependant, y a-t-il dans les églises orientales une tradition que l'on a longtemps pratiqué en Occident, c'est-à-dire: entretenir la tonsure ?
Übrigens, peut-être est-ce une faute de frappe, mais l'homme que l'on appelle Denys, malgré sa connaissance des Sphères Angéliques, est plutot aRéopagite (cf. Actes 17.34) qu'aEropagite...
Qui sait ? "l'insoumis" y viendra peut-être un jour... Sur mes (chaudes) recommandations, il a visité aujourd'hui la cathédrale russe de Nice...
Je lui demanderai à son retour ce qu'il en pense...
Le Grand Silence... oui, en fouinant dans les archives de votre blog, j'ai vu que vous en avez parlé à sa sortie, mais à ma grande honte je l'ai raté. Je me demande s'il est trouvable en DVD.
Une petite question cinéma pour un moine russe, avez-vous vu "Остров" de Pavel Lungin, sorti en 2006 ?
(tiens, c'est vrai que le personnage principal se voit proposer le schème à la fin du film...)
Vraiment, je pense qu'il vous plairait.
Oh, vous oubliez l'André Roublev de Tarkovsky !
Tous ces thèmes du monachisme qu'il aborde avec tant de génie:
La pauvreté, l'humilité et la vie en communauté (avec le personnage de Cyrille qui ne sait pas les vivre, et les adieux d'André à Denis le Noir)
Le silence (avec la pénitence d'André)
Le retrait du siècle (le siège de Novgorod et de sa cathédrale, la discussion d'André avec Théophane le Grec)
La charité (lors de cette "fête" païenne et la discussion sur la peinture du "Jugement Dernier")
Et je dois certainement en oublier, мирской que je suis...
J'ai eu les réactions de "l'insoumis" (par téléphone) :
— Elle est petite la cathédrale... faudrait dire "église"... (ça doit être un truc catho le goût des grandes églises...)
— Les icônes, il y a du métal dessus pour que les gens puissent leur faire des bisous...
(cathédrale russe de Nice)
A la vérité, je suis un peu "déçu" des réponses de "l'insoumis"...
mais peut-être s'agit-il d'un futur Don Justo Gallego (voir par exemple sur flickr.com), cet amour des grandes églises...