Discours du patriarche russe Alexis II devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe
Par ptit moine le mercredi 3 octobre 2007, 10:59 - documents - Lien permanent
Cela fait du bien à entendre...
Lire le discours prononcé par le patriarche Alexis hier à Strasbourg :
suite.
Source : Conseil de l'Europe
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée parlementaire.
Je vous remercie pour l’invitation à m’adresser à un aussi éminent auditoire
qui m’a été transmise en votre nom par Monsieur Van der Linden, président de
l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. C’est avec un grand plaisir
que je profite aujourd’hui de la possibilité d’exposer aux parlementaires du
Conseil de l’Europe notre vision sur le passé, le présent et l’avenir du
continent européen, notre maison commune.
Ces derniers temps, le Conseil de l’Europe a entrepris de nouvelles démarches
sans précédent pour mettre en oeuvre une collaboration avec les communautés
religieuses. Nous voyons en cela la réponse si longtemps attendue à l’appel au
dialogue maintes fois lancé par les leaders religieux.
L’un des thèmes importants d’un tel dialogue pourrait être le thème de l’homme
car c’est autour des problèmes de l’anthropologie que surgissent aujourd’hui
les discussions les plus violentes et même parfois des conflits liés aux
différences des points de vue sur ce sujet entre les traditions religieuses et
l’humanisme laïc.
Le continent européen a été soumis à l’influence de nombreuses cultures qui y
sont présentes jusqu’à nos jours. Mais c’est justement dans le cadre du système
chrétien des valeurs que s’est formée la représentation de la haute dignité de
l’homme et des conditions de sa réalisation. Le christianisme a appris à tous
les peuples européens que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de
Dieu. Mais en même temps le christianisme a toujours souligné que l’homme ne
deviendra l’ami de Dieu (Jn. 15, 15) et n’atteindra la liberté (Jn. 8, 32) que
s’il suit la voie d’une vie morale.
Ce message non seulement élève l’homme à une grande hauteur dans l’échelle des
valeurs mais il dit également quelles sont les conditions pour se maintenir à
cette hauteur. L’homme se laisse facilement aller à des actes répréhensibles et
ainsi il s’écarte de sa dignité s’il ne se soucie pas en permanence de
perfectionner ses propres pensées et ses sentiments. Et ce sont justement les
normes morales qui orientent cette tâche, qui servent de référence pour définir
ce qui est admissible et inadmissible dans la vie de l’homme. Les idées
chrétiennes de dignité, de liberté et de morale dans leur corrélation créent un
code unique de conscience européenne qui possède un potentiel créateur
inépuisable pour la vie privée et la vie publique.
Tout investigateur honnête de l’histoire de l’Europe témoignera que grâce à la
relation chrétienne par rapport à l’homme l’esclavage a été condamné et aboli,
s’est formée la procédure d’un jugement objectif, ont été atteints de hauts
niveaux de vie sociale et politique, s’est déterminée une éthique raffinée des
relations entre les gens, se sont développées la science et la culture. Plus
encore, la conception même des droits de l’homme, cette idée d’extrême
importance de l’Europe est née non sans l’influence de l’enseignement chrétien
sur la dignité de l’homme, sa liberté et sa vie morale. Dès leur genèse, les
droits de l’homme se sont développés sur le terrain de la morale chrétienne et
en quelque sorte formaient avec elle un tandem.
Cependant, aujourd’hui il y a dans la civilisation européenne une fracture
funeste dans le lien entre les droits de l’homme et la morale. Cela s’observe
dans l’apparition d’une nouvelle génération de droits en contradiction avec la
morale, de même que dans la justification d’actes amoraux à l’aide des droits
de l’homme. En liaison avec cela j’aimerais que nous nous rappelions tous que
dans la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés
fondamentales est inclus un appel à la morale dont doit tenir compte l’activité
de défense des droits de l’homme. Je suis convaincu que les créateurs de cette
convention ont inclus la moralité dans son texte non comme une vague notion
mais comme un élément bien déterminé de tout le système des droits de
l’homme.
Si nous ne faisons pas cas de la morale, en définitive nous ne faisons pas cas
de la liberté. La morale représente une liberté d’action. C’est une liberté
déjà réalisée à la suite d’un choix responsable qui se donne des limites pour
le bien et l’intérêt de l’individu lui-même ou de la société dans son ensemble.
La morale assure la viabilité et le développement de la société et son unité,
les atteindre est l’un des buts de la Convention européenne de défense des
droits de l’homme. Tandis que la destruction des normes morales et la promotion
d’un relativisme dans les moeurs peuvent miner la perception du monde de
l’homme européen et amener les peuples du continent à une ligne de démarcation
au-delà de laquelle il y a la perte par les peuples européens de leur identité
spirituelle et culturelle et par conséquent de leur place indépendante dans
l’histoire.
Je suis en même temps convaincu qu’aucun État ne doit se mêler de la vie privée
de l’homme. Etre moral ou amoral c’est en définitive la conséquence d’un libre
choix de l’individu. Cependant dans le domaine public, la société et l’Etat
doivent soutenir et encourager une moralité acceptable pour la majorité des
citoyens. Pour cela ils doivent diriger leurs efforts à l’aide des mass-médias,
du réseau des institutions sociales et publiques, du système éducatif, en
faveur de la promotion des idéaux de moralité liés à la tradition spirituelle
et culturelle des peuples européens.
Je suis convaincu que pour conserver l’identité culturelle européenne et
surtout lorsqu’elle est en contact avec d’autres normes culturelles et d’autres
civilisations, il est extrêmement important de conserver la dimension morale
qui donne une âme et ennoblit la vie des européens. Ou au moins ni faire la
promotion, ni favoriser en s’appuyant sur les institutions de l’Etat de tout ce
qui affaiblit ou détruit les fondements moraux de la société.
Le refus d’une évaluation morale des actes d’un homme, d’un pouvoir et d’un
peuple rend insolubles de nombreux problèmes sociaux. C’est ainsi qu’en Russie,
dans les autres pays de la CEI, comme dans certains pays d’Europe, et pas
seulement à l’Est mais également à l’Ouest s’élargit la fracture entre les
riches et les pauvres, se nivelle la notion d’équité sociale. Notre Eglise a
maintes fois initié la discussion sur la situation indigente de millions
d’honnêtes travailleurs qui côtoient le luxe inouï et le gaspillage de quelques
uns. Nous sommes heureux qu’aujourd’hui cette initiative est soutenue par de
nombreuses forces politiques et sociales. Nous voyons que dans le pays se
renforcent les conditions pour adopter des décisions adéquates dans les
domaines social et économique.
Au demeurant, le système de droit et le système social, même le plus
perfectionné, ne peut totalement limiter la soif d’enrichissement des uns au
préjudice des autres. La générosité n’apparaît pas là où les gens ne sentent
pas leur responsabilité pour leurs concitoyens. Elle est le résultat de
l’éducation y compris dans l’esprit de la morale chrétienne
traditionnelle.
Les principes moraux traditionnels c’est également la base pour l’intégration
d’une société multiculturelle et c’est le cas de l’Europe actuelle. C’est ce
qu’a bien démontré, en particulier, le sommet des chefs religieux qui s’est
tenu à Moscou en juillet de l’année dernière. Les participants à ce forum,
représentants du christianisme, de l’islam, du judaïsme, du bouddhisme, du
shintoïsme, de l’hindouisme venant de 49 pays, ont exprimé leur inquiétude au
sujet de la détérioration de l’état moral de l’humanité.
C’est justement sur la base de la morale traditionnelle, du respect des modèles
sociaux et des modes de vie de chacun, qu’ont coexisté en Russie différentes
traditions religieuses et elle n’a pas connu de guerres de religions. Et
maintenant notre Eglise continue à renforcer la paix interreligieuse ayant créé
un dialogue efficace et une collaboration avec les autres communautés
religieuses traditionnelles aussi bien en Russie que dans les autres pays de la
CEI.
Nous savons tous qu’aujourd’hui en Europe et dans le monde la menace de
l’extrémisme et du terrorisme est très importante, en particulier celui qui se
dissimule sous des slogans religieux. Et le terrain favorable pour cette force
destructrice c’est l’ignorance religieuse, l’indigence morale. C’est pour cela
que je suis convaincu que la génération montante doit avoir la possibilité du
libre choix d’étudier sa tradition religieuse de façon approfondie dans une
école accessible par tous. Des connaissances de base des autres traditions sont
également nécessaires car elles créent une base pour une vie pacifique en
commun.
Le progrès technique pose d’une façon nouvelle la question des droits de
l’homme. Et les croyants ont leur mot à dire quand cela concerne la bioéthique,
l’identification électronique et les autres orientations du développement des
techniques qui inquiètent de nombreuses personnes. L’homme doit rester un homme
et non une marchandise, un élément non contrôlable des réseaux électroniques,
un objet d’expérimentations, un organisme à moitié artificiel. C’est pour cela
que la science et la technique ne doivent pas non plus être détachées de
l’évaluation morale de leurs objectifs et de leurs conséquences.
L’Eglise Orthodoxe Russe se rend bien compte qu’en Europe et dans le monde il y
a d’autres conceptions religieuses du monde. Et nous sommes prêts au dialogue
avec leurs adhérents comme avec les représentants de la vision laïque sur la
vie. Mais en même temps nous sommes convaincus qu’aucune conception du monde, y
compris la conception laïque, ne peut insister pour avoir le monopole ni en
Europe, ni dans le monde. C’est pour cela que nous considérons comme
inadmissible le rejet de la religion hors de l’espace public.
Le temps est venu d’admettre que la motivation religieuse a le droit d’exister
y compris dans le domaine public. Et c’est justement pour éviter les
affrontements possibles des différentes conceptions du monde qu’un dialogue
interculturel sérieux est nécessaire avec une participation très active des
représentants des religions traditionnelles et du monde laïc. Je pense que
l’une des plateformes possibles pour un tel dialogue doit être le Conseil de
l’Europe qui a le potentiel et l’expérience d’organiser un dialogue des
conceptions sur les valeurs européennes."



Commentaires
Enfin... je me disais quand petit moine va-t-il mentionner ce discours... Il y a aussi une interview (un peu décevante) dans le Figaro du 1er octobre 2007... Tiens, je suis passé devant Notre-Dame ce soir, il y avait cérémonie et affluence.... Pour la venue d'Alexis II ???
On reconnaîtra à l'arrière plan le père Savva, qui a bien progressé dans la hiérarchie depuis notre rencontre au skit de Mourmelon, il y a deux ans jour pour jour.
Je suis bien triste, moi. Je l'ai loupé quand il est passé dans "ma" cathédrale, à Strasbourg. Il devait aussi le lendemain assister à un concert de musique liturgique orthodoxe, et j'ai vu le panneau "complet" s'afficher devant moi! C'est quand même fantastique: le premier Patriarche de Moscou à s'aventurer en terres catholiques!
Je vous signale aussi cette petite interview parue dans le magazine catholique "La Vie", et je vous encourage vivement à la diffuser aussi sur votre blogue, cher Moinillon :
Alexis II : Mon message à la France
Le lien est quelque peu chaotique. Pouvez-vous le poster à nouveau ?CORRIGÉ !
ptit moine
..."terres autrefois catholiques" eût été plus exact...
...quant au caractère catholique du journal La Vie permettez-moi de rigoler...à noter toutefois au crédit de cet organe de presse ( qui fait partie du groupe Le Monde si je ne me trompe) qu'il a au moins l'honnêteté de changer de nom, il s'appellait autrefois "la Vie catholique"...Mais la Vie ça fait plus "esprit des rencontres religieuses d'Assise" si vous voyez ce que je veux dire...
@Moinillon
Désolé, je n'arrive pas à mieux saisir ce lien, essayez d'aller sur http://www.lavie.presse.fr/ et de taper "patriarche Alexis" dans la case "recherche" en haut à droite de la page d'accueil. (CORRIGÉ PLUS HAUT, — ptit moine)
@Christo
"terres autrefois catholiques"... si vous voulez. Allez, chantez avec moi: "ohÔ-Ô Sain-te Marie, conçue sans pé-ché! Priez! PRIEZ! Priez pour la Fran-an-ceeeee..."
Quant à votre remarque sur le journal La Vie, vous avez raison, c'est un journal gauchiste. Ah ! Comme je regrette aussi que le journal La Croix ait aussi capitulé devant la racaille deutéro-vaticane et enlevé l'image de la crucifixion de Notre-Seigneur de sa "une", comme elle figurait au bon vieux temps de l'affaire Dreyfus !
Cependant, n'oubliez pas que les contempteurs du dialogue interreligieux sont aussi ceux de l'œcuménisme. En ce cas, que faites-vous sur le blogue d'un moine schismatique ?
Il faut relativiser : ils étaient quelques milliers hier soir à Notre-Dame, catholiques et orthodoxes, à prier ensemble et vénérer les reliques.
Voir ici http://www.interfax-religion.com/?a... (désolé, mais pas encore de compte rendu en français)
construction d'une nouvelle cathédrale russe à Paris
http://www.orthodoxpress.com/index....
(03 oct 2007 - PARIS : visite du patriarche de Moscou)
Communiqué conjoint du Patriarcat de Moscou et de l'Assemblée des Evêques orthodoxes de France: http://www.exarchat.org/spip.php?article788
et analyse par le conseil de l'archevêché de la rue Daru (publiée au Figaro): http://www.exarchat.org/spip.php?article787
youtube.com
Applaudissements du bout des doigts...pas sûr que le discours d'Alexis II corresponde aux prétendues "valeurs" de la CEE...la seule valeur de ce nouvel ensemble politique est, comme son modèle les USA, une valeur monétaire...comme les USA le seul lien effectif est la monnaie, l'euro ici, le dollar là-bas...
A Tertius : non...je préfère : "christus vincit, christus regnat, christus imperat !" ...en latin la langue de l'Eglise LATINE c'est mieux...
@moinillon:
merci, en fait je voulais dire "la canaille" et pas "la racaille"... J'ai voulu viser Maurras et je retombe sur Sarkozy... bof, quoi.
@Christo:
Jusqu'à preuve du contraire, l'église catholique n'est pas et n'a jamais été exclusivement latine, il y a eu d'autres rites avant la soi-disant "messe de toujours" élaborée au XVIème siècle et ils n'ont jamais été abandonnés. Je vous prie donc de fi... donner la paix aux catholiques de rites chaldéen, bysantin, ambrosien, copte ou même syro-malabar et j'en passe.
Et, de grâce, cessez de pleurer sur le latin d'église, profitez un peu du récent motu proprio publié par Benoit XVI.
Eh bien, ce discours ou en tout cas une partie de ce discours (voir vidéo proposée par Marie) n'a pas plu à tous les europarlementaires !
37 (sur 47, à ce qu'il paraît) ont signé une pétition "contre les attaques homophobes du patriarche orthodoxe russe Alexis II" : Patriarch Alexi II’s opposition to freedom of assembly for lesbian, gay, bisexual and transgender people ...
Ah oui, en effet, je viens de visionner ce discours et en effet, il n'a dû se faire applaudir que des Polonais et d'une partie de la droite.
Ce discours a dû rappeler, à l'hémicycle de Strasbourg, l'opposition des frères Kaczyński à une "gay-pride" à Varsovie et par la suite à la Charte Européenne des Droits Fondamentaux qui leur interdirait une telle politique de discrimination.
Le discours d'Alexis II est tout de même très rude, traitant l'homosexualité de "maladie de l'âme, au même titre que la cleptomanie : toutes deux sont des altérations de la personne humaine". Son raisonnement est hâtif et très mécanique et je ne le crois pas digne d'un pasteur, quand bien même il se proclamerait médecin de l'âme.
Pour avoir un jour croisé le chemin d'un tel cortège, et en avoir discuté avec des amis homosexuels, je sais que tous ne se reconnaissent pas dans la musique, les plumes dans le cul et autres gadgets exhibés dans ce jeu hyper-sexualisé que l'on appelle "marche de la fierté homosexuelle". Dès lors, pourquoi ne pas traiter une manifestation aussi obscène de "propagande pour le péché", comme le patriarche de Moscou ?
Ce serait oublier que la "гэй парад" n'est qu'un avatar du vieil esprit de Carnaval, éternel opposant païen et rigolard de sire Carême, comme le montrait déjà Jérome Bosch, relachement temporaire des pulsions animales de ceux qui doivent être de bons citoyens les 364 autres jours de l'année et condition essentielle, en tous temps, de l'ordre chrétien de la société.
Les gay-prides, bien encadrées, ne sont pas plus subversives que les carnavals de jadis, les participants s'y défoulent et reviennent dans le droit chemin. J'entends bien aussi qu'il est du devoir du clergé de fustiger en bonne et dûe forme les paradeurs, et de les rappeler au pardon de Dieu, mais les interdire est une attitude aussi inutile que dangereuse.