saint Jonas de Mandchourie
Par ptit moine le samedi 20 octobre 2007, 08:00 - fêtes - Lien permanent
L'existence terrestre de l'évêque Jonas de Mandchourie fut
de courte durée.
Né en 1888, il n'avait que huit ans lorsqu'il devint orphelin.
Le diacre de son village le recueillit charitablement et veilla à son
instruction. Il fit d'excellentes études au séminaire, puis à l'académie
théologique de Kazan. À la fin de ses études, il devint moine sous le nom de
Jonas et membre de la fraternité du célèbre monastère d'Optino.
Ayant été un étudiant brillant, on lui proposa d'enseigner le Nouveau Testament
à l'académie, ce qu'il accepta sur le conseil de son père spirituel
d'Optino.
Au moment de la révolution, en 1918, devenu prêtre, il fut chassé de Kazan,
arrêté à Perm et battu sauvagement par les bolcheviques. Emprisonné, il
partagea comme beaucoup d'autres le sort des confesseurs de la foi dans la
Russie de ces années-là, mais il fut providentiellement libéré par l'Armée
Blanche, regroupée au-delà de l'Oural.
Avec cette armée, il fit une retraite périlleuse à travers les montagnes du
Turkestan et le désert de Gobi. Dieu préserva sa vie, ainsi qu'il le relatait
lui-même, pour la réserver à Son service.
À Pékin, il fut reçu par la Mission ecclésiastique orthodoxe et consacré évêque
de Mandchourie.
Durant les trois dernières années de sa vie, il illustra au plus haut point
l'un des commandements du Christ, celui d'être miséricordieux, ayant été
préparé à cela par les difficultés de sa propre existence : il nourrissait les
affamés, accueillait les étrangers, visitait les malades...
À toute autre personne, il aurait fallu des décennies pour accomplir ce qu'il
fit.
Au moment de son arrivée en Mandchourie, à l'automne de 1922, la ville
frontière de Mandchoulia, proche de l'Union soviétique, regorgeait de réfugiés
russes, épuisés et affamés.
La transformation de la situation, tant spirituelle que physique, que l'évêque
Jonas réalisa durant les trois courtes années qu'il lui restait à vivre, révéla
l'extraordinaire stature de cet homme d'action, de prière et de cet apôtre de
la charité.
Ainsi que l'écrit dans ses Mémoires A. Boudieyev, qui fut l'un de ses
proches : « Ce qui impressionnait le plus, c'était le vaste horizon de ses
intérêts, son intelligence remarquable et son amour infini pour les gens, de
quelque origine nationale ou sociale qu'ils soient.
L'évêque Jonas officiait admirablement ; chaque parole de ses homélies
pénétrait dans le cœur de ses auditeurs avec puissance. Chaque sermon était
différent et on ne voulait pas en manquer un mot. »
En peu de temps, le bâtiment de l'église fut restauré et élargi ; un orphelinat
fut construit, ainsi qu'une école secondaire et un séminaire de théologie. Les
meilleurs professeurs parmi les réfugiés furent invités à enseigner. Une vaste
bibliothèque fut ouverte, approvisionnée par les livres collectés dans toute la
province. Une cantine fut organisée, de même qu'un hôpital, dont les soins
étaient gratuits.
Pour collecter les fonds nécessaires à ses nombreux projets, l'évêque Jonas se
rendait souvent à Harbin, où se trouvait une importante colonie russe.
L'archimandrite Polycarpe écrivit à son sujet : « Lorsque l'évêque Jonas fut
nommé en Mandchourie, les Russes qui y vivaient n'étaient guère pieux. L'église
restait souvent vide jusqu'à la moitié de la liturgie. Mais les choses
changèrent vite. L'évêque était un orateur remarquable. Il parlait avec tant de
puissance que même ceux dont la conscience était assoupie se réveillaient.
Parfois, il faisait des reproches sévères et il était redoutable de se trouver
en face de lui. »
Pour les besoins de son école et de son orphelinat, l'évêque Jonas téléphonait
souvent au consul soviétique, lui demandant une aide matérielle. Le consul
était réticent mais l'évêque savait plaider sa cause : « Pour qui est-ce que je
demande ? pour vos enfants ; la pauvreté est votre enfant ! Je vous demande de
m'envoyer tout ce dont j'ai besoin avant huit heures, demain. » Et il
raccrochait... Le consul confiait à ses proches : « S'il y avait parmi nous
cinq personnes seulement qui lui ressemblent, nous pourrions transformer le
monde ! »
Selon les souvenirs d'I. Borossov : « Par nature, il était étranger à tout
esprit mercantile. Bien que n'étant en aucune façon un homme d'affaires, il
était capable de rendre florissante toute entreprise défaillante, dans le seul
but de nourrir ses orphelins.
Ayant grandi sans la présence affectueuse de ses parents, l'évêque Jonas
attachait une attention toute particulière aux besoins des enfants pauvres ou
abandonnés : l'ambition de Monseigneur Jonas pour son orphelinat atteignait des
proportions inimaginables. Seule la force de la foi et de la compassion pouvait
l'aider à surmonter tous les obstacles. Sous sa direction, l'orphelinat se
développa rapidement. »
Sa mort fut inattendue, causée par une infection du sang. Après s'être confessé
et avoir communié, il rédigea son ultime homélie : « Je commence par les
paroles de l'Apôtre : aimez-vous les uns les autres. Et je termine par ces
mêmes mots. C'est le commandement que je vous lègue. N'oubliez pas les enfants.
Ne m'oubliez pas dans vos prières. Et ainsi jusqu'à l'éternité lorsque nous
nous tiendrons tous devant le redoutable tribunal de Dieu. »
Le 7 octobre 1925, l'évêque Jonas rendit son âme à Dieu. Il n'avait que trente
sept ans.
Tout le peuple de Mandchourie, orthodoxes et non-orthodoxes, pleura sa
mort.
Le jour même de ses funérailles fut marqué par un événement miraculeux. Un
enfant de dix ans qui souffrait d'une douleur aux genoux vit l'évêque en songe,
qui lui disait qu'il lui donnait ses genoux et l'enfant fut guéri.
Depuis plus de soixante ans, les fidèles vénèrent l'évêque Jonas comme un
pasteur dont la vie fut agréable à Dieu et qui, ainsi, reçut la grâce
d'intercéder en faveur de ceux qui le prient.
L'évêque Jonas fut canonisé par l'Église russe hors frontières le 19 octobre
1996.
Source : Orthodox Life n° 5/96, Jordanville, USA
Trad. Geneviève Meillassoux pour : NOUVELLES DU MONDE ORTHODOXE (n°
26/27)




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