Avec cette armée, il fit une retraite périlleuse à travers les montagnes du Turkestan et le désert de Gobi. Dieu préserva sa vie, ainsi qu'il le relatait lui-même, pour la réserver à Son service.
À Pékin, il fut reçu par la Mission ecclésiastique orthodoxe et consacré évêque de Mandchourie.
Durant les trois dernières années de sa vie, il illustra au plus haut point l'un des commandements du Christ, celui d'être miséricordieux, ayant été préparé à cela par les difficultés de sa propre existence : il nourrissait les affamés, accueillait les étrangers, visitait les malades...
À toute autre personne, il aurait fallu des décennies pour accomplir ce qu'il fit.
Au moment de son arrivée en Mandchourie, à l'automne de 1922, la ville frontière de Mandchoulia, proche de l'Union soviétique, regorgeait de réfugiés russes, épuisés et affamés.
La transformation de la situation, tant spirituelle que physique, que l'évêque Jonas réalisa durant les trois courtes années qu'il lui restait à vivre, révéla l'extraordinaire stature de cet homme d'action, de prière et de cet apôtre de la charité.
Ainsi que l'écrit dans ses Mémoires A. Boudieyev, qui fut l'un de ses proches : « Ce qui impressionnait le plus, c'était le vaste horizon de ses intérêts, son intelligence remarquable et son amour infini pour les gens, de quelque origine nationale ou sociale qu'ils soient.
L'évêque Jonas officiait admirablement ; chaque parole de ses homélies pénétrait dans le cœur de ses auditeurs avec puissance. Chaque sermon était différent et on ne voulait pas en manquer un mot. »
En peu de temps, le bâtiment de l'église fut restauré et élargi ; un orphelinat fut construit, ainsi qu'une école secondaire et un séminaire de théologie. Les meilleurs professeurs parmi les réfugiés furent invités à enseigner. Une vaste bibliothèque fut ouverte, approvisionnée par les livres collectés dans toute la province. Une cantine fut organisée, de même qu'un hôpital, dont les soins étaient gratuits.
Pour collecter les fonds nécessaires à ses nombreux projets, l'évêque Jonas se rendait souvent à Harbin, où se trouvait une importante colonie russe. L'archimandrite Polycarpe écrivit à son sujet : « Lorsque l'évêque Jonas fut nommé en Mandchourie, les Russes qui y vivaient n'étaient guère pieux. L'église restait souvent vide jusqu'à la moitié de la liturgie. Mais les choses changèrent vite. L'évêque était un orateur remarquable. Il parlait avec tant de puissance que même ceux dont la conscience était assoupie se réveillaient. Parfois, il faisait des reproches sévères et il était redoutable de se trouver en face de lui. »
Pour les besoins de son école et de son orphelinat, l'évêque Jonas téléphonait souvent au consul soviétique, lui demandant une aide matérielle. Le consul était réticent mais l'évêque savait plaider sa cause : « Pour qui est-ce que je demande ? pour vos enfants ; la pauvreté est votre enfant ! Je vous demande de m'envoyer tout ce dont j'ai besoin avant huit heures, demain. » Et il raccrochait... Le consul confiait à ses proches : « S'il y avait parmi nous cinq personnes seulement qui lui ressemblent, nous pourrions transformer le monde ! »
Selon les souvenirs d'I. Borossov : « Par nature, il était étranger à tout esprit mercantile. Bien que n'étant en aucune façon un homme d'affaires, il était capable de rendre florissante toute entreprise défaillante, dans le seul but de nourrir ses orphelins.
Ayant grandi sans la présence affectueuse de ses parents, l'évêque Jonas attachait une attention toute particulière aux besoins des enfants pauvres ou abandonnés : l'ambition de Monseigneur Jonas pour son orphelinat atteignait des proportions inimaginables. Seule la force de la foi et de la compassion pouvait l'aider à surmonter tous les obstacles. Sous sa direction, l'orphelinat se développa rapidement. »
Sa mort fut inattendue, causée par une infection du sang. Après s'être confessé et avoir communié, il rédigea son ultime homélie : « Je commence par les paroles de l'Apôtre : aimez-vous les uns les autres. Et je termine par ces mêmes mots. C'est le commandement que je vous lègue. N'oubliez pas les enfants. Ne m'oubliez pas dans vos prières. Et ainsi jusqu'à l'éternité lorsque nous nous tiendrons tous devant le redoutable tribunal de Dieu. »
Le 7 octobre 1925, l'évêque Jonas rendit son âme à Dieu. Il n'avait que trente sept ans.
Tout le peuple de Mandchourie, orthodoxes et non-orthodoxes, pleura sa mort.
Le jour même de ses funérailles fut marqué par un événement miraculeux. Un enfant de dix ans qui souffrait d'une douleur aux genoux vit l'évêque en songe, qui lui disait qu'il lui donnait ses genoux et l'enfant fut guéri.
Depuis plus de soixante ans, les fidèles vénèrent l'évêque Jonas comme un pasteur dont la vie fut agréable à Dieu et qui, ainsi, reçut la grâce d'intercéder en faveur de ceux qui le prient.

L'évêque Jonas fut canonisé par l'Église russe hors frontières le 19 octobre 1996.

Source : Orthodox Life n° 5/96, Jordanville, USA
Trad. Geneviève Meillassoux pour : NOUVELLES DU MONDE ORTHODOXE (n° 26/27)