LES DECISIONS IMPORTANTES DU CONCILE

Les Pères de Nicée condamnent l'iconoclasme et affirment que l'image n'est pas le modèle, mais qu'elle renvoie au modèle. Ainsi, tout comme les apôtres qui ont pu voir le Christ dans son humanité transfigurée, l'icône permet de discerner, à travers le personnage ou la scène qui sont représentés, la trace de l'invisible.
De plus, quand les chrétiens peignent le Christ sous forme humaine, ils figurent un seul Emmanuel, le Verbe fait chair, ils ne divisent pas pour autant son unité. Au contraire, celui qui représente le Christ en forme humaine, confesse que le Verbe s'est réellement incarné et pas seulement en apparence.
Les Pères de Nicée demandent donc la restauration des images du Christ, de la Vierge et des saints qui aident la prière et permettent de communiquer avec le divin.

Le concile distingue également le culte d'adoration, ou de lâtrie, réservé à Dieu seul, et le culte de vénération, ou d'honneur, admis pour les images, c'est-à-dire pour les représentations des saints. Entendu ainsi, le culte des images n'est pas de l'idolâtrie.
Nicée II lance aussi des anathèmes contre le «frénétique concile» de Hiéreia (754), contre les patriarches Anastase, Constantin et Nicétas et contre ceux qui persistent dans l'hérésie iconoclaste.

L'IMPACT DU CONCILE

En Orient, le triomphe des images et de leurs partisans n'avait pas supprimé pour autant le courant adverse. Les opposants au concile de Nicée se regroupèrent autour de Constantin VI qui avait atteint sa majorité, mais se trouvait toujours sous la tutelle de sa mère Irène. Constantin s'émancipa quand Irène dut se retirer au mois d'octobre 790 après avoir déjoué une conspiration dirigée contre elle au printemps de la même année.
Constantin VI fut cependant très vite déconsidéré, du fait des sanglants échecs que les Bulgares lui infligèrent, ce qui ruina les espoirs des iconoclastes. Rappelée, Irène bénéficia du discrédit de son fils. La victoire des images semblait assurée, d'autant plus que malgré le coup d'état dont Irène fut victime en octobre 802, son instigateur, le ministre des Finances, qui devint Nicéphore 1er (802-811) après avoir renversé Irène, resta fidèle aux images. Cette fidélité aux images ne fut pas remise en cause par Michel 1er Rangabé (811-813), qui succéda à Nicéphore 1er, après que celui-ci avait été écrasé par les Bulgares. D'un point de vue doctrinale tout apparaissait donc clair.
Et pourtant, cette situation ne devait pas durer. En effet, Michel 1er Rangabé fut renversé, suite à un échec que lui aussi subit face aux Bulgares. Le nouvel empereur, Léon V l'Arménien (813-820), convaincu que les revers de l'Empire étaient une punition du ciel, se mit à reprendre une politique iconoclaste. Il renouvela les actes de cruauté et de vandalisme du règne de Constantin V. Les images furent brûlées sur les places publiques, des évêques furent maltraités, les moines furent persécutés davantage et leurs communautés dispersées, les biens des iconophiles furent confisqués...
De 814 à 843, les troubles ne devaient cesser que par intermittence au gré des coup d'état et des alternances des empereurs (cf. Léon V, iconoclaste, renversé et exécuté ; Michel Amorion, iconoclaste modéré ; Théophile (829-842), fils de Michel Amorion, iconoclaste).

Ce n'est qu'à la mort de Théophile que l'iconoclasme prit définitivement fin. A sa mort, l'empereur Théophile laissait cinq filles et un fils, Michel (le futur Michel III), qui n'avait que six ans. L'impératrice Théodora, iconophile reconnue, fut donc chargée de la régence. La restauration des images s'imposait à ses yeux comme au jugement du conseil de régence.
Le rétablissement solennel des images fut célébré, le 11 mars 843, par une imposante procession et une cérémonie solennelle à Sainte-Sophie. Ces cérémonies marquaient par là même la restauration de la paix religieuse.
A la fin du IXe siècle, l'art figuratif redevint normal. Les mosaïques qui nous sont parvenues couvrent toute la période qui va de la fin du règne des iconoclastes jusqu'à la conquête de Constantinople par les croisés en 1204. Les artistes s'inspirèrent des oeuvres qui avaient échappé aux briseurs d'icônes et qui avaient été authentifiées par l'enseignement de l'Eglise. Désormais, l'art byzantin des images, porté par une popularité croissante, fut conçu selon des principes théologiques stricts ; il entra dans une phase d'épanouissement que devait durer trois siècles.
Aujourd'hui encore, le style de ces icônes fait autorité et constitue un véritable art sacré.