Haavoittunut enkeli, Michel, Gabriel, Raphael
Par ptit moine le samedi 24 novembre 2007, 14:00 - arts - Lien permanent
Les anges blessés
Est-ce qu’ils savent ceux de chez nous ?
Ici, où coulent légers des jours chantants et heureux, insouciants d’être de
tant de biens rassasiés ;
Est-ce qu’ils savent qu’il y a peu, chez toi, en ton pays de l’Est antique si
longtemps secret et si faussement rénové...
Que parfois, un matin blême et glacé te trouvait, frêle silhouette
fantomatique, dans l’hiver immobilisé par le givre fixé,
Agrippée aux aiguilles du temps engourdi, sur l’hypothétique et désert quai
d’une gare sans nom, sans l’évidence d’un bâtiment...
ou d’une architecture autre que celle des grands arbres fantasmagoriques,
empesés du blanc manteau hivernal et hérissés des pointes translucides et
acérées du gel cristallin de la nuit ;
Pas même un abri, une hutte pour te cacher du vent.
Ce vent terrible dont furieuses les bourrasques balayent rageusement le sol
étouffé de neige poudreuse et scintillante,
Qui, en hurlant, soulèvent des milliers de flocons durcis pour te fouetter, te
griffer le visage rosi et, sans répit, attaquer ton corps gracile et vulnérable
comme des loups d’obscurité et de désespérance plantant impitoyables, leurs
crocs de marbre jusqu’à tes os de tendresse, jusqu’à ton âme angoissée de
solitude matinale et glacée.
Savent-ils ceux d’ici, que ces misérables et fréquent matins te connaissent
:
Souvent harassée de pénibles soirées d’ouvrages, de veilles laborieuses pour en
ironique détente que de t’occuper encore à confectionner d’humbles biens,
qu’au marché noir, noir comme le pain du pauvre, noir comme la honte, noir
comme le sempiternel mensonge officiel, noir comme la misère partagée,
suffiront à peine à te donner le dérisoire ajustement d’un salaire de
tristesse.
Savent-ils que tes nuits n’ont pas même le luxe de s’orner de rêves, pas même
de cauchemar évanescent de ce que tu ne les aurais parcourues que pour
seulement étudier encore et encore,
jusqu’à l’abandon contraint de lassitude extrême te laissant enfin gisante en
la cruelle précarité d’une ou deux heures volées, sinon oubliées... de ta
nocturne vigilance.
Est-ce qu’ils savent ceux de chez nous ?
Le train qui vient péniblement, haletant, grondant dans le silence
cotonneux,
Te prend à ta famille, à tes petits encore endormis, te dévore et t’engloutit
dans ses métalliques entrailles pour, plus loin, te cracher sans ménagement au
lieu anonyme de ton labeur journalier.
Un petit dispensaire de campagne en un minuscule hameau écroulé de neige,
perdu, ignoré, un hameau de petites gens qui auraient la malchance ou la
rustique maladresse d’être...
assez souffrants pour exiger que tu leurs donnes gratuitement ce qui pourtant
t’a coûté tant de peine, de conscience et d’acharnement à connaître, à posséder
;
une science de bien sinon de bonté que tu sais leurs dispenser comme un baume
rare et précieux recueilli dans l’intelligence de ton cœur
suintant parfumé de réconfort de tes prodigues, expérimentées et délicates
mains d’enfants.
Sait-elle notre douce France...
Combien tu l’as aimée, imaginée et espérée ?
Quand dans le temps qui aurait dû être heureux et détaché de tes études
universitaires,
forcée par le caprice d’une dictature ubuesque, il te fallait aussi aller
piétiner la boue happante, lourde et sombre des vignes trop mûres arrosées,
presque noyées de précoces pluies automnales.
A la peine, du matin au soir.
Les doigts habituellement exercés à n’user que de plumes d’écritures, habilités
aux soins délicats de ton art, plus familiers à l’intimité de taches d’encre
studieuse,
maltraités maintenant à la taille active de grappes vermeilles, éclatées et
gluantes, s’imprimant pour longtemps de l’épais et sirupeux jus violet des
grains éclaboussés.
Jusqu’à la nuit, les reins cassés du salut courbé et obligé de la
vendange,
Les mains abîmées et meurtries de coupures ignorées, les membres engourdis de
gestes mécaniques et mornes ;
Tu songeais, un peu, dans l’illusoire béatitude d’un estomac trompé par un
soupe aussi claire que brûlante, tu songeais... à la France.
Au pays de Rabelais et de Montaigne, à notre sol comme humus de liberté, limon
fertile d’engendrements nouveaux, mère de Rousseau, Voltaire et Diderot ;
Tu applaudissais à la révolution française, tu murmurais en ton cœur fatigué le
printemps de la déclaration des droits de l’homme,
tu récitais Prévert et réanimais la musique de Debussy... que pleure encore ton
violon précieux dans l’étincelle de vie qui perdure en dépit du coin triste
d’abandon où tu n’as plus trouvé le temps, pas même le désir de le faire
vibrer...
depuis que tes étreintes passionnées mais jamais achevées pourtant ont pour
toujours blessé les muscles sensibles de ton cou gracile et tendre,
escamotant si brutalement un destin en symphonique expression.
Oui, tu rêves encore à la France...
Au « tout possible », tu y rêves tant, que le jour où elle parait si bien se
proposer, se donner,
tu l’acceptes et la prends en l’embrassant de tout ton cœur, de tout ton esprit
;
Et comment crois-tu, sinon puisque tu le désires tellement que l’aurore d’une
aube nouvelle se lève à l’Ouest ?!
Quand, de toute éternité, le soleil naissait en Orient !
Mais, c’est ainsi aussi, tout le don de ta confiante innocence...
Parce qu’elle sait, maintenant, la France,
Elle a senti tes pas menus et empressés la parcourir presque en dansant jusqu’à
la scène médiévale et prestigieuse de son institut médical.
A Montpellier, elle entend ta voix douce et roulante lui parler à travers les
multiples maux de ses enfants dans la réconfortante tendresse de tes propos
avisés et chauds d’humanité attentionnée.
Elle se veut t’instruire un peu plus et tout autant... mieux t’utiliser.
Et toi tu sais maintenant !
Tu sais que ses lois de liberté ne sont pas plus pour toi qu’elles ne
l’auraient été pour d’autres nés de son sol sinon de son sang ;
Que son air de fête n’est pas celui qui te fera danser ;
Que ses biens d’abondances en son argent restent si parcimonieux presque une
humiliante aumône ;
Ses discours, ses flatteries, ses concours mêmes restent d’hypocrites mélopées
bavées par des bouches de sépulcres blanchis rusés, trompeurs et rapaces sur la
tombe d’outre-terre des naïfs vivants comme toi pareils ;
Et bien que tu aies mangé, joué, appris avec ses enfants, bien qu’avec eux et
comme eux l’on t’aurait examinée, leurs diplômes ne seront jamais vraiment les
tiens, leur vie demeurera la leur sans nul partage de gratifiante
réalité.
Car voici, la France tant admirée en son manteau républicain,
n’est que l’aspect d’une vieille reine ridée et creusée, évidée de toute
substance vertueuse quand elle ne s’active...
qu’à allaiter du bout de ses mamelles flasques de petits et misérables
roitelets arrogants et méprisants, gourmands ulcérés de vanité et d’oubli,
exhalant leur parfum de mensonge et de mort avides de vie jeunes innocentes et
fraîche dont ils veulent se repaître jusqu’à l’infecte indigestion de leur égo
jamais pour autant rassasié.
Tu continues à demeurer pour eux le prétexte de l’étrangère en évidente et
condescendante acceptation pour ton habitude de servitude et de crainte, quand,
esclave d’un système, d’un principe, d’une idéologie dépassé ils te
maintiennent encore ces hommes,
esclave, de leur suffisance, de leurs intérêts et privilèges, de leur éternelle
concupiscence de pouvoir, de gloire et d’argent.
Car vois-tu, tu n’es pas née au pays des rois et des princes, qui dans des
reflets miroités de culture, dans l’illégalité de ses devoirs, t’use toi et tes
semblables,
vous abuse professionnellement, parfois physiquement par l’indécente trahison
de ses promesses,
de ses contrats, la finesse maligne de ses alinéas de ses règles, par la
perpétuelle et pharisienne défiguration de vos visages d’innocence.
Et dans la tombe de Malraux interpellant Jean Moulin sonnent encore ces paroles
:
« La France n’est vraiment grande que lorsque.... »
Mais les mots qui suivent ont déjà été rongés par des vers d’indifférence... et
par la dissimulation de fonctionnaires aussi imbus d’eux-mêmes dans la terre
durcie de leur cœur sibérien que dans l’extrême calcification de leur cerveau
assoupi.
Des lois qui ne s’expriment pour les simples qu’en termes de devoirs et se
taisent quand il se serait agit de droit ;
Dans l’hypotonique forme de doyens généraux ou locaux, de mandarins «
enguirlandés » de titres aussi ronflants qu’honorifiques souvent usurpés,
le céans déposé sur des trônes aussi percés qu’immérités de ce qu’ils
n’auraient été acquis que par les pressions alléchées de sourds complots de «
basse-cour ».
Voir dans la grimace de leurs sourires paternalistes et bienveillants,
étincelants pourtant de cynisme tel des vitrines de prostitution de quelque «
bas-Pays ».
Aussi, quand tu aurais reconnu quelques purs, des êtres rares de bonté et de
responsabilité,
En leur discrète abnégation d’enseignement, dans l’aide gratuite de leurs
gestes accompagnés et expérimentés, compréhensifs, indulgents et encourageants,
tu sauras alors,
que ceux-là mêmes n’ont cependant pas le pouvoir visible des trompeurs, ils
n’ont pas pour eux-mêmes souvent la récompense de leurs propres mérites, pas
plus ceux pour qui, pour toi remplissent ces feuilles blanches...
Quand même ainsi, et grâce à eux ne crois pas cependant que le froid de ton
pays t’ait rattrapé...
Car même si chez nous, chez toi maintenant, il semble que c’est d’abord au cœur
que l’hiver frappe,
La mort blanche n’atteint jamais le soleil d’espérance qui réchauffe jusqu’au
coin...
l’âme chagrinée d’un violon délaissé... il gémit encore la plainte respirée
d’une vie éternellement imprimée dans le bois vernis de l’arbre déraciné,
dépouillé, débité et façonné joyeusement préservant ainsi l’hymne de la
terre,
inventant parce que si heureusement instrumenté le chant nouveau du monde déjà
glorifié par l ‘alliance du Créateur, de l’homme et de la nature en la magique
symphonie de la compénétration vraie, gratuite et vitalisante des idiomes, des
vertus de chacun
et :
- Grecque par Marseille et Agde,
- Hongroise par Saint Martin,
- Syrienne par Saint Aphrodise de Béziers,
- Roumaine par Saint Cassien,
- Polonaise par Marie Curie,
- Espagnole par Arnaud de Villeneuve,
La France et moi te remercions d’être là !
D. qui T’aime




