Est-ce qu’ils savent ceux de chez nous ?
Le train qui vient péniblement, haletant, grondant dans le silence cotonneux,
Te prend à ta famille, à tes petits encore endormis, te dévore et t’engloutit dans ses métalliques entrailles pour, plus loin, te cracher sans ménagement au lieu anonyme de ton labeur journalier.
Un petit dispensaire de campagne en un minuscule hameau écroulé de neige, perdu, ignoré, un hameau de petites gens qui auraient la malchance ou la rustique maladresse d’être...
assez souffrants pour exiger que tu leurs donnes gratuitement ce qui pourtant t’a coûté tant de peine, de conscience et d’acharnement à connaître, à posséder ;
une science de bien sinon de bonté que tu sais leurs dispenser comme un baume rare et précieux recueilli dans l’intelligence de ton cœur
suintant parfumé de réconfort de tes prodigues, expérimentées et délicates mains d’enfants.
Sait-elle notre douce France...
Combien tu l’as aimée, imaginée et espérée ?
Quand dans le temps qui aurait dû être heureux et détaché de tes études universitaires,
forcée par le caprice d’une dictature ubuesque, il te fallait aussi aller piétiner la boue happante, lourde et sombre des vignes trop mûres arrosées, presque noyées de précoces pluies automnales.
A la peine, du matin au soir.
Les doigts habituellement exercés à n’user que de plumes d’écritures, habilités aux soins délicats de ton art, plus familiers à l’intimité de taches d’encre studieuse,
maltraités maintenant à la taille active de grappes vermeilles, éclatées et gluantes, s’imprimant pour longtemps de l’épais et sirupeux jus violet des grains éclaboussés.
Jusqu’à la nuit, les reins cassés du salut courbé et obligé de la vendange,
Les mains abîmées et meurtries de coupures ignorées, les membres engourdis de gestes mécaniques et mornes ;

Tu songeais, un peu, dans l’illusoire béatitude d’un estomac trompé par un soupe aussi claire que brûlante, tu songeais... à la France.
Au pays de Rabelais et de Montaigne, à notre sol comme humus de liberté, limon fertile d’engendrements nouveaux, mère de Rousseau, Voltaire et Diderot ;
Tu applaudissais à la révolution française, tu murmurais en ton cœur fatigué le printemps de la déclaration des droits de l’homme,
tu récitais Prévert et réanimais la musique de Debussy... que pleure encore ton violon précieux dans l’étincelle de vie qui perdure en dépit du coin triste d’abandon où tu n’as plus trouvé le temps, pas même le désir de le faire vibrer...
depuis que tes étreintes passionnées mais jamais achevées pourtant ont pour toujours blessé les muscles sensibles de ton cou gracile et tendre,
escamotant si brutalement un destin en symphonique expression.

Oui, tu rêves encore à la France...
Au « tout possible », tu y rêves tant, que le jour où elle parait si bien se proposer, se donner,
tu l’acceptes et la prends en l’embrassant de tout ton cœur, de tout ton esprit ;
Et comment crois-tu, sinon puisque tu le désires tellement que l’aurore d’une aube nouvelle se lève à l’Ouest ?!
Quand, de toute éternité, le soleil naissait en Orient !
Mais, c’est ainsi aussi, tout le don de ta confiante innocence...
Parce qu’elle sait, maintenant, la France,
Elle a senti tes pas menus et empressés la parcourir presque en dansant jusqu’à la scène médiévale et prestigieuse de son institut médical.
A Montpellier, elle entend ta voix douce et roulante lui parler à travers les multiples maux de ses enfants dans la réconfortante tendresse de tes propos avisés et chauds d’humanité attentionnée.
Elle se veut t’instruire un peu plus et tout autant... mieux t’utiliser.

Et toi tu sais maintenant !
Tu sais que ses lois de liberté ne sont pas plus pour toi qu’elles ne l’auraient été pour d’autres nés de son sol sinon de son sang ;
Que son air de fête n’est pas celui qui te fera danser ;
Que ses biens d’abondances en son argent restent si parcimonieux presque une humiliante aumône ;
Ses discours, ses flatteries, ses concours mêmes restent d’hypocrites mélopées bavées par des bouches de sépulcres blanchis rusés, trompeurs et rapaces sur la tombe d’outre-terre des naïfs vivants comme toi pareils ;
Et bien que tu aies mangé, joué, appris avec ses enfants, bien qu’avec eux et comme eux l’on t’aurait examinée, leurs diplômes ne seront jamais vraiment les tiens, leur vie demeurera la leur sans nul partage de gratifiante réalité.

Car voici, la France tant admirée en son manteau républicain,
n’est que l’aspect d’une vieille reine ridée et creusée, évidée de toute substance vertueuse quand elle ne s’active...
qu’à allaiter du bout de ses mamelles flasques de petits et misérables roitelets arrogants et méprisants, gourmands ulcérés de vanité et d’oubli, exhalant leur parfum de mensonge et de mort avides de vie jeunes innocentes et fraîche dont ils veulent se repaître jusqu’à l’infecte indigestion de leur égo jamais pour autant rassasié.
Tu continues à demeurer pour eux le prétexte de l’étrangère en évidente et condescendante acceptation pour ton habitude de servitude et de crainte, quand, esclave d’un système, d’un principe, d’une idéologie dépassé ils te maintiennent encore ces hommes,
esclave, de leur suffisance, de leurs intérêts et privilèges, de leur éternelle concupiscence de pouvoir, de gloire et d’argent.
Car vois-tu, tu n’es pas née au pays des rois et des princes, qui dans des reflets miroités de culture, dans l’illégalité de ses devoirs, t’use toi et tes semblables,
vous abuse professionnellement, parfois physiquement par l’indécente trahison de ses promesses,
de ses contrats, la finesse maligne de ses alinéas de ses règles, par la perpétuelle et pharisienne défiguration de vos visages d’innocence.
Et dans la tombe de Malraux interpellant Jean Moulin sonnent encore ces paroles :
« La France n’est vraiment grande que lorsque.... »
Mais les mots qui suivent ont déjà été rongés par des vers d’indifférence... et par la dissimulation de fonctionnaires aussi imbus d’eux-mêmes dans la terre durcie de leur cœur sibérien que dans l’extrême calcification de leur cerveau assoupi.
Des lois qui ne s’expriment pour les simples qu’en termes de devoirs et se taisent quand il se serait agit de droit ;
Dans l’hypotonique forme de doyens généraux ou locaux, de mandarins « enguirlandés » de titres aussi ronflants qu’honorifiques souvent usurpés,
le céans déposé sur des trônes aussi percés qu’immérités de ce qu’ils n’auraient été acquis que par les pressions alléchées de sourds complots de « basse-cour ».
Voir dans la grimace de leurs sourires paternalistes et bienveillants, étincelants pourtant de cynisme tel des vitrines de prostitution de quelque « bas-Pays ».
Aussi, quand tu aurais reconnu quelques purs, des êtres rares de bonté et de responsabilité,
En leur discrète abnégation d’enseignement, dans l’aide gratuite de leurs gestes accompagnés et expérimentés, compréhensifs, indulgents et encourageants, tu sauras alors,
que ceux-là mêmes n’ont cependant pas le pouvoir visible des trompeurs, ils n’ont pas pour eux-mêmes souvent la récompense de leurs propres mérites, pas plus ceux pour qui, pour toi remplissent ces feuilles blanches...
Quand même ainsi, et grâce à eux ne crois pas cependant que le froid de ton pays t’ait rattrapé...

Car même si chez nous, chez toi maintenant, il semble que c’est d’abord au cœur que l’hiver frappe,
La mort blanche n’atteint jamais le soleil d’espérance qui réchauffe jusqu’au coin...
l’âme chagrinée d’un violon délaissé... il gémit encore la plainte respirée d’une vie éternellement imprimée dans le bois vernis de l’arbre déraciné,
dépouillé, débité et façonné joyeusement préservant ainsi l’hymne de la terre,
inventant parce que si heureusement instrumenté le chant nouveau du monde déjà glorifié par l ‘alliance du Créateur, de l’homme et de la nature en la magique symphonie de la compénétration vraie, gratuite et vitalisante des idiomes, des vertus de chacun
et :
- Grecque par Marseille et Agde,
- Hongroise par Saint Martin,
- Syrienne par Saint Aphrodise de Béziers,
- Roumaine par Saint Cassien,
- Polonaise par Marie Curie,
- Espagnole par Arnaud de Villeneuve,

La France et moi te remercions d’être là !

D. qui T’aime