orthodoxes en France
Par ptit moine le jeudi 29 novembre 2007, 11:00 - vlog - Lien permanent
J'emprunte à père Jivko un beau
film documentaire intitulé : « Orthodoxes de France, un passé riche d’avenir
».
Parmi les dissensions entre les juridictions orthodoxes, auxquelles il est fait allusion, sont peut-être oubliées les différences d'approche théologique.
Car je me souviens avoir lu une traduction-adaptation en français du canon de saint André de Crête, faite par Olivier Clément (qui est interviewé ici), traduction remarquable par sa poésie. Mais l'auteur, dans l'introduction de cet ouvrage (que je ne peux pas retrouver, malheureusement), laisse entendre que la vie de sainte Marie l'Égyptienne tient plutôt de l'anecdote. J'avais été profondément choqué : sainte Marie joue un rôle si important dans les écrits des Pères !
Je pense que c'est plus ce type d'approches qui sépare les orthodoxes que les problèmes éthniques ou les problèmes de propriété.
Quelle différence entre les illustres théologiens orthodoxes français : entre la pensée si influencée par l'Occident d'O. Clément d'une part et celle de Jean-claude Larchet ou celle de Jean-Louis Palierne (décédé il y a trois semaines) influencée par la spiritualité de l'Orient orthodoxe, d'autre part (voir ce petit article synthétique de JL Palierne)!
En complément (également emprunté à orthodoxie.com) : l'allocution du préfet de Paris lisant les messages de Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, et celui du Président Sarkozy — adressés aux participants de la journée de célébration du 40e anniversaire de la fondation du Comité inter-épiscopal orthodoxe en France. C'est tout de même étonnant.
Merci père Jivko !
Parmi les dissensions entre les juridictions orthodoxes, auxquelles il est fait allusion, sont peut-être oubliées les différences d'approche théologique.
Car je me souviens avoir lu une traduction-adaptation en français du canon de saint André de Crête, faite par Olivier Clément (qui est interviewé ici), traduction remarquable par sa poésie. Mais l'auteur, dans l'introduction de cet ouvrage (que je ne peux pas retrouver, malheureusement), laisse entendre que la vie de sainte Marie l'Égyptienne tient plutôt de l'anecdote. J'avais été profondément choqué : sainte Marie joue un rôle si important dans les écrits des Pères !
Je pense que c'est plus ce type d'approches qui sépare les orthodoxes que les problèmes éthniques ou les problèmes de propriété.
Quelle différence entre les illustres théologiens orthodoxes français : entre la pensée si influencée par l'Occident d'O. Clément d'une part et celle de Jean-claude Larchet ou celle de Jean-Louis Palierne (décédé il y a trois semaines) influencée par la spiritualité de l'Orient orthodoxe, d'autre part (voir ce petit article synthétique de JL Palierne)!
En complément (également emprunté à orthodoxie.com) : l'allocution du préfet de Paris lisant les messages de Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, et celui du Président Sarkozy — adressés aux participants de la journée de célébration du 40e anniversaire de la fondation du Comité inter-épiscopal orthodoxe en France. C'est tout de même étonnant.
Merci père Jivko !



Commentaires
Un lecteur fidèle, qui aime bien O. Clément, nous envoie le texte de cet auteur que je ne retrouvais pas. Merci à lui !
Notes sur le premier canon (P 117)
12. Au canôn de saint André de Crète se juxtapose un canôn consacré à sainte Marie l'Egyptienne. Depuis le 11e siècle, celle-ci est fêtée le cinquième dimanche du grand Carême (où l'on faisait d'abord mémoire de la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare).
Le canôn de saint André, ainsi enrichi, est chanté intégralement le jeudi précédent, à l'office de complies.
Auparavant, on récite la vie de sainte Marie l'Egyptienne écrite par saint Sophrone, qui fut patriarche de Jérusalem de 634 à 638 (texte dans Migne, PG 87, 3697-3726). Il s'agit d'une amplification didactique, et partiellement légendaire, de l'histoire de Marie de Palestine, que nous connaissons par la vie de sainte Théoctiste de Lesbos, par deux récits de Paul de Momemvasie et par un "récit utile à l'âme" anonyme (cf. F. Delmer, Remarques sur la vie de sainte Marie l'Egyptienne, dans les Echos d'Orient, IV, Paris 1900-1901, pp. 35-42 et Encore sainte Marie l'Egyptienne. ibid V, 1901-1902, pp. 15-17, et H. Delehaye, (Un groupe de "récits utiles à l'âme", dans Mélanges d'hagiographie grecque et latine, Bruxelles 1966, pp. 384-393}
Marie de Palestine chantait à l'église de la Résurrection - l'Anastasis - à Jérusalem. Mais sa beauté fascinait et troublait les fidèles. Elle décida de se réfugier au désert où elle passa dix-huit ans dans la pénitence et la prière. Elle fut découverte par deux moines de Souca, qui admirèrent ses vertus et qui, après sa mort, l'ensevelirent dans la grotte où elle s'abritait.
Sophrone a dramatisé le destin de Marie en la représentant, avant sa conversion, comme asservie à une débauche quasi-pathologique. Elle serait venue d'Egypte en Palestine en se prostituant aux matelots du navire sur lequel elle faisait la traversée. Elle voulait entrer à l'Anastasis pour séduire, mais se sentit mystérieusement repoussée. Alors son coeur se retourna et elle gagna le désert où c'est quarante ans qu'elle aurait passés dans une pénitence radicale (quarante est le nombre symbolique du jeûne, années de l'Exode, jours passés par le Christ au désert, comme l'Egypte est le symbole biblique de la terre du péché). L'ascèse la transforma, elle reçut une corporéité spirituelle victorieuse de la pesanteur. Découverte par un saint moine et prêtre, Zossime, elle reçut de lui, pour la première et dernière fois, et comme du feu, la communion et s'endormit, consumée, dans le Seigneur
La stylisation opérée par Sophrone accentue à l'extrême le contraste entre l'avant et l'après de la métanoïa : avant, c'est Marie entraînée contre sa volonté à la débauche, littéralement possédée ; après, c'est l'icône de la vie angélique, bios angélikos. Ainsi est mise en lumière la violence passionnelle - où justement s'abolit et se transmue la passion - du "retournement" qui met en cause tout l'être de l'homme. Transfiguration ontologique, possibilité toujours ouverte aux débauchés et aux criminels, à cause peut-être de l'extrême tension de leur vie, contre toutes les modérations de la morale humaniste. D'où l'extrême popularité de la figure de sainte Marie l'Egyptienne dans l'Orient chrétien, mais aussi dans l'Occident médiéval (cf. Emile Mâle, L'Art religieux de la fin du moyen âge en France. Paris. 1969 (6e éd.), pp. 114-115).
Souligné par moi — Ptit moine
Ai-je bien entendu à plusieurs reprises parler d'un "synode pan-orthodoxe"? Ca me paraît extrêmement utopique, et les divers intervenants ne pensent pas vivre assez longtemps pour le voir, ça s'entend. Tout comme, après la visite d'Alexis à Strasbourg et à Paris courait le bruit parmi les orthodoxes francophones qu'il était venu parler d'une autocéphalie de l'Église orthodoxe de France ! Il émane de ces entretiens beaucoup d'espoirs, mais aussi beaucoup de déceptions passées...
J'ajoute ce commentaire que j'ai reçu à titre personnel, mais je trouverai dommage de ne pas en faire profiter les lecteurs.
Je pense que, pour Olivier Clément, l'accentuation portait sur d'autres mots :
Auparavant, on récite la vie de sainte Marie l'Egyptienne écrite par saint Sophrone, qui fut patriarche de Jérusalem de 634 à 638 (texte dans Migne, PG 87, 3697-3726). Il s'agit d'une amplification didactique, et partiellement légendaire, de l'histoire de Marie de Palestine, que nous connaissons par la vie de sainte Théoctiste de Lesbos, par deux récits de Paul de Momemvasie et par un récit utile à l'âme anonyme (cf. F. Delmer, Remarques sur la vie de sainte Marie l'Egyptienne, dans les Echos d'Orient, IV, Paris 1900-1901, pp. 35-42 et Encore sainte Marie l'Egyptienne. ibid V, 1901-1902, pp. 15-17, et H. Delehaye, (Un groupe de "récits utiles à l'âme", dans Mélanges d'hagiographie grecque et latine, Bruxelles 1966, pp. 384-393}
En effet, la problématique des hagiographies, c'est — dans un premier temps — de déterminer (lorsqu'il existe plusieurs récits) le texte source, ou du moins celui qui se rapproche le plus d'une "biographie" (au sens moderne du mot).
A vrai dire, je ne connais pas l'historique de l'évolution des "Vie" de Ste Marie l'Egyptienne, mais dans un article de la Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Abgar), je fais (succinctement) le point sur l'évolution de la Légende d'Abgar et du Mandylion, histoire, dont la base "événementielle" (ou "authentiquement historique") est des plus ténue, à supposer qu'il y en ait une. Ce que l'on peut, par contre, déterminer, ce sont les "strates" successives (et parfois indépendantes) qui "améliorent" un récit.
J'ai en tête la réflexion d'un jeune égyptien que E. Amélineau avait payé pour copier des Actes de martyrs coptes. Le "copiste" expliquait qu'il mettait le texte "en meilleurs style" : non content de copier, il "améliorait" le texte...
Il faut donc supposer que, en ce qui concerne la vie de Ste Marie d'Egypte, nous possédons une forme "développée" (ou "longue", c'est-à-dire la forme "définitive", celle que nous a laissé St sophrone de Jérusalem), qui dépend de formes plus anciennes (plus courtes) que cite O. Clément.
La question se pose alors des "sources complémentaires" qu'a pu utiliser l'auteur d'une forme plus longue, pour les parties ajoutées (par exemple, la partie "Egyptienne" de la vie de Ste Marie, et son voyage vers Jérusalem...)
L'auteur se base-t-il sur des documents écrits autres ? sur des traditions orales identifiables ? sur des rumeurs ? Ou le fait-il pour "améliorer" le récit, pour le rendre plus "passionnant", plus "parlant"... ?
D'autre part, les points de divergence doivent aussi être étudiés. Ainsi, la "Vie" de Ste Marie de Palestine parle de 18 ans au désert, alors que la Vie de Ste Marie l'Egyptienne parle de 40 ans...
On peut, aussi, légitimement se poser la question de l'identification de ces deux "Marie", mais les points de jonction entre les deux vies sont suffisamment probants pour décider de la dépendance de la forme longue par rapport à la forme courte... ou d'une source commune aux deux.
Il est vrai que, au niveau de la foi, il peut être troublant de penser qu'une vie de saint peut n'être, dans sa forme actuelle, qu'une amplification n'ayant qu'un rapport assez lointain avec les événements (le cas le plus étonnant étant probablement la vie des saints Barlaam et Josaphat attribuée à St Jean Damascène, qui est un décalque christianisé de la vie du... Bouddha !)
Pour ce qui est de la vie de Ste Marie d'Egypte (dans sa forme traditionnelle, due donc à St Sophrone), je ne me prononcerais pas.
Olivier Clément (sans doute après avoir étudié les documents qui nous sont accessibles) a tranché en faveur d'une amplification par St Sophrone de la "Vie" de Ste Marie de Palestine. Ceci explique la mise au conditionnel des éléments qui sont "en plus" ou "en contradiction".
Bien heureusement, notre foi repose sur le Christ ressuscité...