abracadabra ?
Par ptit moine le mardi 1 janvier 2008, 09:00 - fêtes - Lien permanent

Recette de notre cruchon traditionnel du Nouvel an (à 22 h : 24 h — heure de Moscou) :
vin rouge chauffé, rhum POTT (54 % obligatoirement) que l'on verse sur un cône de sucre. On fait flamber le sucre qui fond et se mélange au vin dans la marmite.
Migraine garantie !





Commentaires
C'est la première fois que je vois un de ces cônes de sucre, dont me parlait Mama et qu'ils cassaient avec une hachette...
Une question pratique : comment éviter de trouver un poil de barbe dans la marmite ?
On peut peut être "rattraper" le coup en lui chantant une petite chanson à boire schleue genre "ein Heller und ein Batzen"....peut-être qu'au son des "heidi, heido", sa tête chenue dodelidera doucement... et cela même si ledit allemand est habillé en pope Russe ( Alexis II est bien à l'état civil un von quelque chose...descendant des teutoniques...tout se tient finalement...)
Si je ne m'abuse, les Schleus (ou Chleuhs) sont des berbères du Maroc occidental. Je ne vois pas bien le rapport avec des chansons germaniques... A moins que ce ne soit l'utilisation passéiste (nostalgique ?) des noms d'oiseaux destinés à l'ennemi-occupant allemand d'il y a une cinquantaine d'années... Mais là encore, j'ai du mal à suivre.
Mais oui cher Albocidade, les Français ont des tas de noms sympas pour désigner le teuton, il y a encore le boche (ou l'alleboche), le frisé, le fridolin, le doriphore...(petit insecte sympathique qui bouffe les patates...)...Ce qui m'amuse c'est que même les SS français de la division Charlemagne qualifiaient les allemands de Schleus...(moi aussi nonobstant le fait que je sois un fan de la Kultur germanique...ah les contradictions sans fin de l'esprit humain !)
Vous imaginez cela dans la banlieue parisienne, dans la banlieue lyonnaise ou dans la banlieue marseillaise ?
Je me suis même arrêté pour prendre la photo.
Tout à fait petit moine, sauf que... le nazisme n'est pas né en France...
Tout ça c'est à cause du "rotor" comme l'a si bien expliqué August von Kageneck dans un de mes bouquins préférés Lieutenant de Panzer (en poche chez Tempus...).
Le "rotor", un texte qui vaut la peine de se relever la nuit pour le lire : in Lieutenant de Panzer.
(...) Dans les années cinquante, un ancien officier de la Luftwaffe faisait fortune dans les foires des villes allemandes, à cette époque encore à moitié détruites. Il avait inventé un engin bizarre et l'avait construit avec l'aide d'un de ses anciens mécaniciens.
Cet engin c'était le "rotor".
Il s'agissait d'un énorme cylindre qui tournait autour d'un axe vertical. Quand le cylindre avait atteint une certaine vitesse, le plancher s'abaissait. Alors, ceux des spectateurs qui avaient eu le courage de pénétrer à l'intérieur du "rotor" se trouvaient brusquement plaqués le long des parois de cette immense "casserole". Le sol se dérobait sous leurs pieds.
Hurlant de terreur ou de plaisir, ils restaient collés, tels des mouches ou des vers, contre les parois de l'engin. Ils offraient le spectacle grotesque d'êtres humains livrés à des forces terrifiantes, de pantins figés dans des positions ridicules. Ils étaient partagés entre le ravissement, la peur et la satisfaction. Au fur et à mesure que la vitesse de la rotation décroissait, la force centrifuge les lâchait. Ils glissaient alors inévitablement vers le bas, et tombaient en tas sur le sol qui remontait vers eux. Ils retrouvaient péniblement l'équilibre sur leurs jambes titubantes, et sortaient par une petite porte, sous les regards admiratifs des badauds.
Partout où le "rotor" faisait son apparition, à la fête d'octobre de Munich, au "dôme" de Hambourg, à la kermesse géante de Francfort ou dans les ruines de Mayence, il était littéralement pris d'assaut par un public avide de sensations. Ceux qui risquaient un "voyage" étaient de tous les âges et de tous les horizons.
J'ai contemplé souvent ce spectacle. Je me suis livré moi-même, une fois, à cette étrange expérience : il m'apparut alors, tout à coup, que l'attraction qu'exerçait le "rotor" sur les foules allemandes de ces années post-catastrophiques venait du fait qu'il avait valeur de symbole: ce peuple avait été livré, pendant douze ans, à une sorte de rotor géant qui l'avait implacablement projeté dans toutes les directions, sens dessus dessous. Le "rotor", c'était le Reich "millénaire" qui n'avait duré que douze ans, c'était un voyage fantastique, grotesque, enivrant, terriblement éprouvant. On avait perdu la terre ferme et on s'était confié à une force inconnue qui plaquait au mur et qui interdisait le mouvement et la résistance. Ce peuple s'était laissé aller. Le grand carrousel l'avait grisé. Il avait hurlé de plaisir d'abord, d'étonnement ensuite, de peur enfin. Il avait réalisé trop tard que, dès qu'on s'était soumis à la force centrifuge, toute volonté disparaissait.
La petite porte de sortie de 1945, nous venions seulement de la franchir. Nous étions dégrisés, étourdis; nous avions retrouvé un sol dont nous n'avions plus l'habitude et dont nous nous méfions.
Ils semblait mal porter des jambes dont nous avions perdu l'usage.
Et le public ? A la différence du vrai public des foires, ce n'étaient pas des regards admiratifs qui accueillaient les sortants. Loin de là ! C'étaient des regards qu'on préférait ne pas rencontrer, devant lesquels on baissait les yeux. On se recroquevillait sur soi-même. On courbait le dos sous un déluge de reproches, d'accusations, de condamnations.
On voulut d'abord comprendre comment tout cela avait été possible; il fallut ensuite expliquer, dans l'espoir de se faire pardonner, ou, du moins, oublier.
Impossible entreprise ! En trente ans de vie en France, comme correspondant de journaux allemands, je me suis bien rendu compte qu'il était impossible de se faire oublier d'un pays qui avait eu le loisir de contempler ce peuple brusquement devenu "fou" et qui avait lui-même subi les conséquences de cette folie contagieuse et dévastatrice. Dans d'interminables controverse avec des amis français, au cours de longs échanges avec ma femme, née à Nantes et mariée, en premières noces, avec un officier français tué en Algérie, dans des "tables rondes" sur la résistance en Allemagne, devant les caméras de la télévision française, je me suis efforcé d'expliquer le phénomène du national-socialisme en Allemagne.
J'ai essayé de retracer sa genèse dans un pays frustré d'une victoire, chez un peuple meurtri par une défaite inexplicable, humilié par un traité qualifié de "Diktat" dans toutes les écoles et tous les foyers dès 1919. Un peuple traumatisé par une crise financière et économique qui avait détruit les fondements matériels de toute une classe. Un peuple obsédé par la crainte du communisme, qui avait bien failli prendre le pouvoir au moment de l'effondrement et qui continuait sans doute à le guigner. Un peuple soucieux aussi, comme les autres, de prestige, de dignité nationale, d'un certain degré de puissance nécessaire pour jouer un rôle dans le concert des nations. Un peuple, enfin, qui a toujours eu, et continue d'avoir, COMME TARE PRINCIPALE, comme "mal héréditaire", un SENS TROP AIGU DE LA DISCIPLINE, de l'obéissance sans murmure, du conformisme facile. Bref, un ensemble de maux qui ont tout naturellement facilité l'entreprise folle qui devait le conduire à sa perte...(...)
ptit moine
Christophoros, j'ai pas tout compris, j'ai sûrement raté un épisode : être à l'état civil un "von quelque chose", c'est très très mal ? une sorte de tare héréditaire, quoi qu'on fasse de son existence ?
euh non...ce qui me fascine dans le cas d'Alexis II c'est que ce dignitaire qui, à première vue est l'archétype même de l'évêque orthodoxe russe est en fait le descendants de prussiens à l'extrême limite du "monde germanique" dans sa confrontation millénaire avec le "monde slave"...ce n'est pas banal...Ceci étant, par ailleurs, je le confesse je suis un vrai hérétique en ce sens que je ne crois pas en la liberté humaine, le fameux "libre arbitre" un de ces mensonges qu'on apprend à l'école en occident, il y a me semble-t-il quelque part une espèce de "prédestination", mais il faudrait inventer un terme particulier pour le désigner me semble-t-il...
Tiens ! Pour une fois, je suis d'accord avec Christophoros. Pas sur tout (n'éxagérons pas), mais sur l'analyse qu'il présente (enfin, c'est celle de A. v. Kageneck) de l'histoire du sombre épisode nazi en Allemagne. L'image du "Rotor" est effectivement assez juste.
Donc (mais juste pour ce coup là) : Merci Christophoros !
Merci bien ! Remarquez, il n'y même pas besoin du "rotor"...en Allemagne, une simple caisse peut s'avérer diabolique ( voir sur U Tube "Verstehen Sie Spass - Kistentrick)...heureusement on n'a pas eu droit à une querelle d'Allemands ( à dire la vérité les autres blagues de Verstehen Sie Spass sont nettement moins subtiles...)
Le plus admirable dans le récit d'August von Kageneck, à mon avis, est la vision objective qu'il a de son propre peuple :
« Un peuple, enfin, qui a toujours eu, et continue d'avoir, comme tare principale, comme "mal héréditaire", un sens trop aigu de la discipline, de l'obéissance sans murmure, du conformisme facile. Bref, un ensemble de maux qui ont tout naturellement facilité l'entreprise folle qui devait le conduire à sa perte... »
Ah ! si chaque peuple avait la capacité et l'humilité de voir si clairement ses propres défauts !
Ah ! si chacun avait la capacité et l'humilité de voir ses propres défauts !
Ceci étant, comme beaucoup de choses, une vérité est juste jusqu'à un certain point...l'Allemagne c'est aussi la patrie de deux "révoltés" majeurs de l'histoire de l'humanité : Martin Luther dans l'ordre religieux et Karl Marx...(si peu juif comme la majorité des juifs allemands...)