Père Siméon
Par ptit moine le mardi 4 mars 2008, 09:00 - documents - Lien permanent
Il se passe quelque chose à Libération.
Auraient-ils perdu la tête libérationnelle ? — L'article d'avant-hier,
que je leur pique effrontément, parle de l'hiéromoine Siméon. J'avais eu une
discussion très intéressante avec lui en novembre dernier à Moscou au monastère Srétenski où
je vivais pendant l'exposition : il m'avait invité dans sa cellule pour prendre
une tasse de thé.
Témoignage.
Besoin de foi
Père Siméon, moine orthodoxe
Envoyée spéciale à Moscou Hélène Despic-Popovic
Libération : samedi 1 mars 2008
Le bureau du père Siméon est aussi moderne que son look est archaïque.
Responsable des éditions du monastère de la Rencontre (Sretenski) à Moscou, il
respecte toutes les règles vestimentaires de sa charge : robe grise, manteau et
bonnet noirs sur des cheveux longs et un visage barbu. Le jeune moine de 34
ans, qui s’exprime dans un bon français, a abandonné il y a dix ans ses études
de littérature après avoir eu la révélation de sa vocation. Ordonné en
province, ce natif de la capitale reconnaît qu’il n’aurait «jamais imaginé
devenir moine à Moscou, une ville en apparence si peu propice au
recueillement».
Siège du KGB. Il vit aujourd’hui dans un lieu de mémoire. Ce
monastère du XIVe siècle jouxte la place Loubianka, siège de l’ancienne police
politique soviétique, le KGB. Ayant échappé à la destruction pendant l’époque
communiste, il avait été transformé en lieu de torture. Sa crypte, assure le
jeune moine, est «gorgée de sang». Une croix récente commémore ce
martyre. «Notre pays et notre Eglise ont eu une histoire tragique»,
rappelle le religieux. Comme la majorité de ses pairs, il refuse de se pencher
sur les pages moins glorieuses de l’histoire, notamment la collaboration du
clergé avec le KGB. Il l’excuse : «Peu de prêtres ont vraiment collaboré,
dénoncé des personnes. Ils ont simplement cherché le moyen de continuer à
servir la liturgie et aider les croyants.»
Dissident politique. Le père Siméon fait partie de cette vague
de jeunes entrés en religion après la chute du communisme. A Sretenski, ses
compagnons ont entre 30 et 35 ans. Baptisé à 16 ans, il ne vient pas d’une
famille communiste. Son père, dissident politique, est mort en prison en 1983.
«Comme nous, il rêvait d’une Russie démocratique. Je crois qu’elle l’est
aujourd’hui», dit-il, tout en concédant que des progrès sont encore à
faire. Sa famille l’a accompagné sur son chemin religieux. Son frère aîné
l’aide à tenir le site du monastère, Pravoslavie.ru, et sa mère chante dans un
des chœurs de l’église, celui qui est formé de laïcs. «La religion en
Russie n’est pas une mode, dit-il en réponse à ceux qui affirment que le
renouveau orthodoxe est plus culturel que spirituel. Elle imprègne la
culture et la littérature. Et elle répond à un besoin réel. On ne peut pas
imposer la foi.»
Le jeune moine aux manières policées se garde d’avoir des avis tranchés.
Resserrer les liens entre l’Eglise et l’Etat reste un idéal, pas une
obligation. Introduire à l’école des cours d’enseignement des «fondements de la
culture orthodoxe» à l’école, une revendication régulièrement avancée par le
clergé, doit se faire graduellement. «L’idée est belle mais nous n’avons
pas assez d’enseignants éduqués. Il ne faut pas se presser. Les pressions sont
contre-productives. Et dans tous les cas, cette matière devrait rester
facultative.» Le père Siméon s’efforce aussi de ne pas opposer Orient et
Occident. «S’il est choquant de voir combien l’Occident a renoncé à Dieu,
il a aussi de bons côtés. En France, les gens sont plus attentifs les uns aux
autres qu’en Russie. L’époque soviétique a dressé les gens les uns contre les
autres.»
Une telle modération surprend dans la bouche d’un homme qui a adopté comme père
spirituel l’archimandrite Tikhon, le supérieur du monastère Sretenski,
considéré comme le plus antioccidental des théologiens russes et le plus proche
du président Vladimir Poutine. Le Père Siméon refuse de commenter ces liens :
«L’âme d’un homme ordinaire vaut celle d’un président», dit-il.



Commentaires