le miracle de Pierre et Fevronia
Par ptit moine le samedi 29 mars 2008, 11:00 - vies des saints - Lien permanent
Le Récit de la vie de Pierre et
Févronia de Mourom (en
français) est un classique de la littérature russe du XVe s.
Pour nous faire pardonner la japoniaiserie (ou plutôt la chioioiserie)
ci-dessous, un lecteur nous incite à dire quelques mots sur ces saints russes
du XIIIe s., à l'occasion de la décision
prise il y a trois jours par les membres du comité pour la politique sociale du
Conseil de la Fédération de Russie d'instaurer le 8 juillet une fête des Saints
Pierre et Fébronie, patrons de la famille et de l'amour conjugal chez les
chrétiens orthodoxes russes, en remplacement de la fête "vulgaire" et
"consumériste" de la Saint-Valentin.
La «Saint-Valentin» occidentale est critiquée par l'Église orthodoxe mais elle
l'est aussi par l'Église catholique en Russie : le secrétaire de la Conférence
des évêques catholiques de Russie a indiqué
que dans les églises catholiques de Russie, le 14 février, il convenait de
célébrer les saints Cyrille et Méthode, la fête de saint Valentin étant «
facultative » (on ne trouve d'ailleurs pas de lien entre la vie de saint
Valentin et la célébration de l'amoureusité).
En réalité, la fête du saint prince Pierre de Mourom et de son épouse sainte
Févronia existe depuis bien longtemps, puisqu'ils ont été canonisés en
1547.
Je propose dans la suite du billet un bref récit de leur vie. Certains diront
que c'est un thème bien peu monastique. Mais si Pierre et Févronia sont bien
les protecteurs des couples, David et Evfrosinia sauront nous convaincre des
vertus du monachisme.
Icône en grand format des deux saints à la fin du billet.
Il fut atteint d'une lèpre que personne ne pouvait guérir. Mais un jour, il eut une vision : une jeune paysanne du nom de Févronia pourrait le guérir. Févronia était une jeune fille pleine de sagesse et de beauté, connaissant l'art de guérir par les plantes ; même les animaux sauvages lui obéissaient. Le prince promit de l'épouser si elle le guérissait.
Févronia le guérit en effet, mais le prince ne tint pas promesse. Le prince tomba alors de nouveau malade : Févronia le guérit une seconde fois et l'épousa.
Après la mort de son frère, le prince devait prendre le trône, mais les nobles s'y opposèrent et lui dirent : « Tu dois te séparer de ta femme ou quitter Mourom, car ta femme, par sa condition, est la honte de la noblesse. » Le prince choisit de quitter Mourom et de vivre dans la pauvreté avec son épouse.
Mais le trône restant vacant, les luttes intestines se multiplièrent allant jusqu'aux assassinats. Les nobles décidèrent donc de faire appel au prince Pierre : celui-ci revint avec son épouse Févronia qui sut se faire aimer.
Ayant atteint un grand âge, Pierre décida de devenir moine — avec le nom de David — et Févronia moniale — avec celui de Evfrosinia. Ils prièrent pour quitter ce monde le même jour et demandèrent à être enterrés dans le même tombeau séparés par une fine cloison. Ils décédèrent en effet le même jour — le 25 juin (8 juillet selon le calendrier civil) 1228.
Mais on ne les enterra pas dans le même tombeau, car ils étaient moines, mais dans des monastères différents. À la surprise générale, leurs reliques se retrouvèrent réunies le lendemain. Ils furent donc enterrés dans l'église de la Nativité de la Vierge à Mourom. Leurs reliques furent ensuite transférées dans le couvent de la Sainte-Trinité de Mourom où l'on peut aujourd'hui les vénérer.
Les moniales du couvent de la Sainte-Trinité recensent depuis les années 1990 les miracles effectués par les prières des saints Pierre et Févronia : les parents stériles ont la joie de donner naissance à un âge avancé, les couples en instance de divorce se réconcilient.
(sources : 1, 2)

MOUROM : couvent de la Sainte-Trinité où reposent les reliques des saints Pierre et Févronia (à gauche) et monastère de l'Annonciation (à droite)

Saint Pierre (à gauche) et sainte Févronia (à droite) : deux icônes issues de la belle collection de /john_petrov/ et réunies. On voit que les saints sont représentés en moines.



Commentaires
Merci P'tit moine pour cette belle histoire et pour cette rencontre avec ce couple de saints patrons des amoureux Un autre modèle que Joseph & Marie chez les Cathos ou Joachim et Anne ou le solitaire St Valentin...
Magnifique !
Merci.
...c'est vrai ça, Joseph et Marie ce n'est pas assez bien...il faut aller chercher deux saints obscurs tout au fond d'un syllaxaire...Au fait, pourquoi la paroi de séparation entre les deux époux était-elle "mince", ça a une signification "théologique"...(je suis mort de rire...)
@Christophoros
La fine bordure entre les deux icônes s'explique facilement, à mon avis : c'est qu'elles font partie d'une iconostase (voyez un peu les bords, elles ne sont pas percées mais enchâssées avec des cales en métal) elles se trouvaient sans doutes aux extrémités de cette longue file d'intercesseurs autour du Christ en Majesté, aux extrémités lui à gauche et elle à droite, mais au même rang par rapport au Christ.
@tous
Je ne sais pas si ce couple de saints réussira à détrôner Valentin, cet illustre inconnu... faudrait que les marchands de chocolats et de cartes de vœux appuient l'Église, et tout dépend aussi de la réceptivité des jeunes amoureux au modèle de stabilité familiale... ceux qui resteront amants garderont leur Valentin. Cela dit, je comprends bien que votre église ne souhaite pas être mêlée à une célébration commerciale et aux fondements moraux plus que douteux. (votre calendrier vous permet déjà d'échapper au Père Noël et à Halowe'en)
Cependant, est-ce au sénat russe de décider de l'établissement d'une célébration chrétienne? A moins qu'il y ait aussi derrière quelques arrières-pensées natalistes, une solution simpliste pour remonter du gouffre démographique où est enfoncée la Russie. C'est toujours moins cher que de financer des hôpitaux.
Je viens de réaliser que Christophoros parlait de la paroi entre les deux cercueils. Je dirais : parce que les tombeaux servent aussi de signe aux vivants (les morts ne peuvent pas vraiment lire leur épitaphe depuis l'intérieur, par exemple) ils doivent donc observer les conventions sociales que l'on exige des vivants. A mon avis, il s'agit donc de chasteté conjugale.
Ces modalités particulières d'enterrement rapportées aux "siècles des siècles" c'est un peu dérisoire, non ???
XXX
Illustration in La jeune fille suppliciée sur une étagère par Akira Yoshimura
(traduit du japonais par Rose-Marie Makino Fayolle) Actes Sud
(...) " A la surface de l'urne on avait tracé à la peinture marron Mieko Mizuse, disparue le 27 septembre.
- C'est ennuyeux, parce que le colombarium est surchargé.
L'homme du laboratoire, le pinceau toujours à la main, avait l'air embêté.
Dans la soirée, l'employé confia mon urne à un nouvel arrivant qui venait d'être embauché, et sortit par la porte de service, une grosse clé à la main.
Serrée dans les bras du jeune homme, mon urne avançait sur un chemin traversant une pelouse inondée par les splendides rayons du couchant. Au bout de la pelouse, on apercevait un petit bois assez touffu d'arbres à feuillage persistant. Il était plongé dans les couleurs du soir et l'obscurité commençait à envahir les buissons.
Une tour ronde pointait au-dessus de la cime des arbres, illuminée dans le couchant. Par contraste avec le pénombre du bois, elle paraissait briller de tous ses feux.
Ayant traversé le bois, nous arrivâmes au pied de la tour. C'était un bâtiment rond en pierres. Les herbes folles qui poussaient tout autour étaient elles aussi flamboyantes dans le couchant.
L'employé s'approcha de la porte à gros boulons qui se découpait au pied de la tour.
- C'est là que l'on dépose les cendres anonymes ou que personne ne vient récupérer, expliqua-t-il au jeune homme tout en introduisant la grosse clef dans la serrure. Celle-ci se déclencha dans un bruit assourdissant et le lourd battant métallique s'ouvrit.
Le jeune homme entra craintivement derrière l'employé. L'intérieur apparaissait terriblement vaste. Et les murs étaient ronds.
Le jeune homme, immobile en plein milieu de la tour, leva les yeux pour examiner l'intérieur. Sur les murs légèrement courbés avaient été aménagé un nombre considérable d'étagères en couches multiples qui se superposaient de plus en plus haut presque jusqu'au plafond circulaire. Sur ces étagères avaient été déposées en bon ordre une multitude d'urnes blanches, serrées les unes contre les autres sans le moindre espace, et celles qui se trouvaient près du plafond étaient si loin qu'elles paraissaient aussi petites que des oeufs.
- Tu vois cette espèce de puits qui se trouve là-bas ? dit l'employé au centre de la salle.
Un trou carré, entouré d'une bordure en béton, était creusé dans le sol.
- Une fois par an, on trie les urnes par ordre d'ancienneté et l'on jette les plus vieilles dans ce trou. De toute façon, il ne reste plus qu'un tout petit peu de poussière au fond, alors...expliqua l'employé d'un ton peu convaincu, avant d'aller chercher une échelle qu'il appuya contre une nouvelle étagère non loin de la porte d'entrée.
Il prit l'urne des mains du jeune homme, la posa adroitement en équilibre sur sa paume, gravit les échelons, la déposa sur une étagère de manière à ce que mon nom soit visible.
Sur cette étagère, il y a avait déjà trois autres urnes. A la surface de celle, toute neuve, qui se trouvait près de moi était écrit : anonyme, femme, disparue le 30 août.
Les hommes repartirent après avoir rangé l'échelle. La clef tourna avec fracas dans la serrure. Comme s'il s'agissait d'une église.
Le bruit retentit à l'intérieur de la tour et une multitude de résonances qui se répondaient et je me demandais quand cela allait s'arrêter. Bientôt, les derniers échos s'affaiblirent peu à peu, remplacés par un calme profond qui tomba comme une nappe de brouillard.
A l'intérieur de la chapelle, il faisait froid. Ca et là flottait une profonde obscurité annonçant le soir.
Au milieu de cette obscurité, des flèches lumineuses transperçaient l'espace. Vers le sommet, non loin du plafond, des puits de lumière avaient été aménagés, ouvertures carrées par lesquelles, à l'ouest, les rayons du couchant illuminaient la chapelle comme des projecteurs.
Certaines urnes atteintes par la lumière ressortaient, éblouissantes.
Après que, les dernières résonances s'étant dissipées dans la chapelle, le silence eut repris ses droits, les faisceaux lumineux s'élevèrent progressivement, balayant les urnes de plus en plus vite, et bientôt, s'étant rassemblés en un dernier cercle lumineux qui se découpa au plafond. Ils finirent par disparaître.
Des ténèbres profondes envahirent la chapelle. Du côté des puits de lumière restait encore une discrète lueur qui ne tarda pas à être remplacée par la nuit d'un noir minéral.
Mon urne était silencieuse et ne bougeait pas.
Par les ouvertures, on vit s'allumer quelques étoiles.
Un calme profond régnait dans la chapelle. On ne voyait que les rangées d'urnes blanches, se succédant comme des ceintures pâles.
Mes cendres étaient plongées dans le silence. Etait-ce la tranquillité de la mort ? Je sentais que j'avais enfin réussi à trouver le repos.
Soudain, j'eus l'impression de percevoir un léger bruit. Je restai immobile, aux aguets.
Etait-ce une illusion ?
Le calme revint dans la chapelle.
Il y eut encore un bruit. C'en était bien un. Un insecte, sans doute, qui rampait sur le sol. Je tendis l'oreille.
Il était faible, mais je l'entendis.
Je tendis l'oreille vers la direction d'où venait le bruit.
Je ne m'étais pas trompée: c'était une sorte de petit chuintement. Il était très net et provenait des vieilles étagères.
Je tendis l'oreille.
Le chuintement se répétait à intervalles réguliers, de plus en plus vite.
Je compris enfin ce qui se passait. Ce bruit venait manifestement des urnes les plus anciennes...Les vieux os, à l'intérieur, ne pouvaient rester intacts et se décomposaient...
Le bruit intervenait un peu partout dans la chapelle. Il y en avait maintenant une succession ininterrompue. Parfois, la désagrégation d'un os entraînant une rupture de l'équilibre à l'intérieur d'une urne, il arrivait qu'on entende soudain une ultime plainte lorsqu'il était réduit en poudre.
Le calme ne régnait pas à l'intérieur de la chapelle. C'était un monde bruyant. Un espace composé uniquement de bruits d'os qui se désagrégeaient.
Mes cendres se blottirent au sein de ces résonances effrayantes."