direction spirituelle
Par ptit moine le mardi 15 juillet 2008, 18:33 - spiritualité - Lien permanent
« Autant que nous le sachions, il n'y a plus de startsy aujourd'hui,
c'est-à-dire d'anciens réellement théophores (dans l'esprit des Anciens
d'Optino) qui pourraient guider non pas par leur propre sagesse et
compréhension des Pères saints, mais par l'illumination du Saint Esprit. Ce
type de direction n'est pas donné à notre époque et, franchement, dans notre
faiblesse, notre corruption et nos péchés, nous ne le méritons pas.
A notre époque est donné un genre plus modeste de vie spirituelle, que l'évêque
Ignace Briantchaninov dans son excellent livre L'arène appelle la vie
par conseil, c'est-à-dire une vie selon les commandements divins tels que nous
les apprenons dans les Saintes Ecritures et les Pères saints, avec l'aide de
ceux qui sont anciens et plus expérimentés. Un starets peut donner des ordres ;
mais un conseiller donne son avis, qu'il faut tester par l'expérience. »
Extrait d'une Lettre sur la direction spirituelle du père Séraphim
(Rose)
empruntée au dernier
numéro de La Voie orthodoxe (N° 48) édité par p. Quentin de
Castelbajac



Commentaires
Très cher moinillon,
Il faut, vous serez d'accord, tempérer l'opinion du P. Séraphim Rose. Bien entendu, je ne saurais parler de la Russie. Mais en Grèce (et pas seulement dans ce pays), notre siècle passé a vu fleurir un nombre impressionnant de grands Anciens qui ont su guider tant d'âmes, qui étaient mûs et inspirés uniquement par Le Consolateur.Vos avez vous-même, si je ne me trompe, cité sur votre site le P. Porphirios doté d'extraordinaires charismes de cardiognosie et de prophétie ... le P. Païssios en est un autre...
je peux continuer, mais c'est inutile. Vous compléterez la liste, j'en suis sûr.
Il est vrai que plusieurs géronda ont fleuri récemment en Grèce en général et au mont Athos en particulier. Le dernier étant le P. Païssios qui recevait tous ceux qui venaient le visiter mais n'hésitait pas (m'a-t-on rapporté) à adresser certains de ses hôtes à l'un de ses amis, directeur d'un département de psychiatrie à Thessalonique. Ce ministère se fondait sur la croix assumée.
Après son repos en Dieu, le P. Païssios a vu, du ciel, ceux qui se proclamaient ses disciples se déchirer, chacun revendiquant l'héritage spirituel pour poursuivre sa pratique et publier (moyennant fortes rétributions) des ouvrages écrits en grande hâte. Triste spectacle qui nous rappelle la loi historique qui veut qu'aux entrepreneurs succèdent les commentateurs, auxquels succèdent encore les répétiteurs.
Ces derniers y trouvent encore leur compte : leur psittacisme de perroquets colorés trouve des admirateurs chez les esprits faibles et peu informés. C'est ainsi que naissent les gourous dont l'Orthodoxie occidentale présente un bon nombre d'exemples, pseudo-pères spirituels qui attirent par leur onction tous les frustrés en quête de confort affectif et les maintiennent dans la soumission par le jeu de la récompense ou de la punition. Les gourous disposent alors d'une clique dévouée de disciples qui bat le tambour de leur réputation et propage leurs thèses novatrices (nécessairement prophétiques). Et c'est ainsi que l'on arrive à faire quelque chose avec rien au préjudice de l'Orthodoxie. Les gourous se reconnaissent non seulement à l'existence de leur cour qui prend l'allure d'une famille au sens mafieux du terme, mais aussi au fait que, étant dans une logique d'appropriation et de concurrence, ils se haïssent les uns les autres.
Le P. Séraphim, à la suite des pères dont la pensée a été bien synthétisée par I. Briantchaninoff et par Théophane le Reclus, nous rappelle la distinction nécessaire entre la paternité par Commandement et celle par Conseil. C'est à cette dernière, me semble-t-il, que nous devons aspirer et que nous devons pratiquer avec discernement, prudence... et résolution.
Dans cet apophtegme, Abba Isidore donne la clé de ce que P. Séraphim appelait la "oneness of souls" (omonoïa), terrain propice au discernement : “Il faut que les disciples aiment comme des pères ceux qui sont vraiment leurs maîtres et qu’ils les craignent comme gens ayant autorité, sans que l’amour ne relâche la crainte, et sans que la crainte n’obscurcisse l’amour.”
Je signale enfin qu'au monastère catholique de Bose (Italie) aura lieu (18-21 septembre) une rencontre inter-orthodoxe (grecque-russe) sur le thème de la paternité spirituelle. Ceux qui seraient intéressés trouveront tous les renseignements nécessaires sur le site de ce monastère.
Le moindre ...
Hier. Nicolas.
P.S. : Veuillez excuser mes derniers courriels : je ne suis pas en vacances, je ne dispose ni de café à terrasse ni de cartes postales, je prends plus de plaisir à taper sur mon clavier ... et je n'ai pas à payer le timbre. Ceci étant, je ne suis pas dépendant ...
En réponse au commentaire assez dur de p. Nicolas, je lui dirai que la tentation du "gourrouisme" (passez moi ce néologisme) dans l'Orthodoxie existe bel et bien. C'est, par exemple, une tendance de certains Pères spirituels en Russie contre laquelle le Patriarche, il n'y a pas longtemps, a mis en garde les fidèles. Mais pas seulement en Russie. Je me rappelle avoir lu, il y a plusieurs années, une semblable critique faite par un prêtre grec dans un journal ecclésiastique. Ce phénomène est donc réel dans l'Église.
Quant à dire que les disciples (lesquels ?) du Bienheureux Paissios s'entredéchirent, etc., je ne pense pas que ce soit vrai, et j'ai de bonnes raisons pour le croire. Un P. Euthymios, par exemple, qui s'efforce de vivre selon l'esprit du P. Paissios est un vrai ascète ; un autre, hélas, maintenant décédé, a laissé une réputation de grande vertu et a écrit - sans aucune intention de profit - un très beau livre sur le Géronda. Certes, il y a eu, il y a et il y en aura toujours des gens qui profitent de la sainteté des uns, de l'intérêt que nous leur portons, pour grossir leur poches en écrivant des livres sur eux, et nous, nous, eh bien, les achetons volontiers. Mais n'oublions pas cette vérité : nous vivons dans un monde où règne encore le Prince des ténèbres et personne n'est à l'abri de cet Ange du Mal. Mais aussi épaisses soient ces ténèbres, elles 'arriveront jamais à étouffer LA LUMIÈRE du Bien.Cher Antoine,
Vous êtes donc bien d'accord avec moi pour dire que la tentation pour les confesseurs de dépasser les bornes de leur ministère et se promouvoir eux-mêmes et leurs idées au moyen d'une pseudo paternité spirituelle est bien présente en Russie et en Grèce. J'ai seulement ajouté dans mon billet que ce phénomène n'est pas absent de nos contrées et que c'est une des difficultés ordinaires que rencontrent ceux qui entrent dans l'orthodoxie à l'âge adulte et veulent y progresser. (Pour les détails, voyez ce qu'a écrit J. L. Palierne dans son livre : Mais où donc se cache l'Eglise orthodoxe ?)
Ce qui rend mon expression un peu dure, je le concède, c'est que par ces manœuvres les gourous portent atteinte aux plus pauvres et aux plus démunis, qu'ils mutilent leur liberté au lieu de la promouvoir, qu'ils obscurcissent le jugement de leur conscience en substituant leurs lubies aux préceptes de l'Eglise. Encore une fois ce sont les pauvres qui trinquent !
Vous dites aussi qu'il n'est pas vrai qu'il y ait eu concurrence entre les disciples du P. Païssios mais vous administrez aussitôt la preuve du contraire en écrivant : " Certes, il y a eu, il y a et il y en aura toujours des gens qui profitent de la sainteté des uns, de l'intérêt que nous leur portons, pour grossir leur poches en écrivant des livres sur eux, et nous, nous, eh bien, les achetons volontiers." Il se trouve que durant de longues années j'ai séjourné dans un monastère du mont Athos deux mois par ans, et notamment au moment de la mort de P. Païssios. J'étais donc informé au jour le jour de la situation de concurrence des disciples les plus éminents du saint père pour prendre sa suite. D'autres querelles assez sordides se sont produites ensuite dont il n'est ni nécessaire ni utile de parler ici.
La conclusion de tout ceci, à laquelle je pense vous donnerez votre accord, est que le fidèle orthodoxe, avant d'aller chercher un père spirituel renommé, ferait mieux de tester les quelques confesseurs obscurs qui se trouvent près de lui, de demander à Dieu d'augmenter en lui-même l'esprit de foi et d'obéissance pour que croisse en son confesseur l'esprit de discernement, et de voir avec le temps si la relation spirituelle ainsi créée s'approfondit.
Le moindre ...
Hier. Nicolas