un ermite à la Pierre-qui-vire
Par ptit moine le samedi 19 juillet 2008, 14:00 - spiritualité - Lien permanent
Né en 1924, Adalbert de Vogüé est devenu moine de la Pierre-qui-Vire en 1944. Docteur en théologie (Paris, 1959), il a donné un enseignement sur les Pères de l'Église et les anciens moines dans son monastère et au Collège Saint-Anselme de Rome. Depuis 1974, il habite un ermitage à proximité de son monastère et se consacre à une « somme » sur l'histoire de la vie monastique telle qu'elle apparaît dans les écrits des anciens moines : pour une autre époque et une autre aire géographique, cette vaste entreprise sans équivalent s'apparente à l'« Histoire littéraire du sentiment religieux en France » d'Henri Brémond (1924). Après douze tomes sur le monachisme latin dont les derniers paraîtront bientôt aux Éditions du Cerf, Adalbert de Vogüé travaille actuellement à la série sur le monachisme grec. Interviewé par Marcel Brisebois pour RENCONTRES à la télévision de Radio-Canada.






Commentaires
Bizarre de trouver cette interview sur le blog d'un moinillon orthodoxe.
ça c'est l'"oecuménisme" que j'aime ! Les bénédictins, qui ont accueilli ma véritable conversion, ont toujours mon respect malgré leurs éditions spécialisées dans le "magistère" romain...J'avais écouté il y a quelques années à la radio une série d'émissions très intéressantes sur le jeûne par le Père Adalbert que je dois toujours avoir dans quelque carton... Si je parviens à convertir ces enregistrements en mp3 je vais les mettre en ligne.
J'ai la même réaction que Jean, car je préfèrerais de l'oecuménisme... à l'intérieur de l'Église...
On ne voit jamais d'entrevue ni d'articles sur les Bénédictins Orthodoxes, seuls gardiens authentiques de la tradition bénédictine. Pourquoi aller chercher ailleurs, frelaté et falsifié, ce qu'on a en interne et authentique, mais qui souffre de tant de mépris et de mise au rencart, ça, je ne l'ai toujours pas compris.
Enfin, si ça plaît à certains lecteurs, tant mieux pour eux et tant pis pour les Bénédictins qui vivent fidèles au Christ, c-à-d au sein de l'Église. Ils ne sont ni les premiers ni les derniers laissés-pour-compte en la matière, hélas.
Je pense avoir été suffisamment clair sur mon blog (et ailleurs) quant à ma position sur la défense de l'Orthodoxie et sur mon rejet de l'œcuménisme. J'emploie d'ailleurs le mot avec des guillemets.
Mais s'il arrive à Jean-Michel de me lire au moins dans ce commentaire, j'aurais une question pour lui :
N'y a-t-il jamais eu de liturgie de St Jean Chrysostome en version "grégorien" ? Aucun compositeur n'a-t-il jamais fait quelque essai de "conversion" dans ce domaine ?
Puis-je ajouter mon commentaire ?
Le P. Adalbert est certainement un érudit dans la grande tradition des bénédictins Mauristes, sauf peut-être qu'il ne pratique pas le travail manuel aussi intensément qu'eux. Il a écrit un nombre considérable d'ouvrages qui sont plus de références que de lecture courante. Ainsi se vérifie l'aphorisme du "Moine de l'Eglise d'Orient", ancien bénédictin lui-même, qui déclarait : "Un érudit, c'est un homme qui lit des livres que personne n'a jamais lu pour écrire des livres que personne ne lira jamais !"L'érémitisme de P. Adalbert a peu de rapport avec celui des saints pères du désert. Si mes souvenirs sont bons, il passe la journée dans une cellule à part, hors clôture, vient chercher son unique repas à la cuisine, visite la bibliothèque du monastère (c'est là que je l'ai rencontré !). Je ne sais s'il participe à la messe conventuelle. Ses obligations d'enseignant à Rome le font séjourner fréquemment et durablement dans la capitale italienne.
On le voit, le P. Adalbert est un bénédictin atypique, et il dit lui-même que ses confrères ont la charité de ne pas contribuer à lui faire avoir une trop haute opinion de lui-même.
Ses travaux sur la littérature chrétienne, les traditions et les règles monastiques sont fondamentaux et personne de sérieux ne pourrait omettre de s'y référer.
Je ne suis pas très sûr qu'il prenne au sérieux son "être érémitique." Il se sait avant tout un intellectuel qui a trouvé dans le retrait (relatif) de sa communauté une situation plus favorable à la poursuite de ses études et de ses publications.
Il faut donc prendre avec une certaine distance le titre : "Un ermite à la Pierre qui Vire" qui ne convient ni à la réalité canonique de son statut, ni aux conditions matérielles de son existence.
Des bénédictins orthodoxes ?
P'tit moine a raison. Il n'y a pas "officiellement" d'ordres monastiques dans l'Orthodoxie cependant ...
Les conditions concrètes où se trouvent les monastères orthodoxes font que les moines mènent des existences étrangement semblables à celles non seulement des moines catholiques mais aussi des religieux de la même confession. Faites un tour à la Laure des Grottes de Kiev et vous verrez que la vie des moines est si apostolique qu'ils sont tout à fait comparables aux chanoines réguliers, que certains d'entre eux vivent comme des frères des écoles chrétiennes. Chez les moniales, celles qui s'occupent de soins infirmiers, de visite de prison, d'orphelinats etc... n'ont rien à envier aux Sœurs de charité. On trouve naturellement aussi des moines orthodoxes strictement contemplatifs dans des monastères perdus où ils travaillent comme des trappistes, mais il en est d'autres qui hantent les chancelleries diocésaines ou patriarchales où ils peaufinent leur avenir ecclésiastique et n'ont rien à envier aux abbés prometteurs des dicastères romains.
Ainsi donc P'tit moine a raison de rappeler la théorie, mais le principe de réalité reprend bien vite le dessus.
Le moindre...
Hier. Nicolas
Cher frère Moinillon, allons allons !
Certes je suis terrible, mais pas à ce point. Enfin... j'espère
Auriez-vous oublié que c'est au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières qu'est rené le monachisme bénédictin, dans les années 1960, et qu'il est encore et toujours en activité, même minime. Vladyka Hilarion vous le confirmera !
Je me permets de vous suggérer (je suis taquin ce matin) la lecture des articles les concernant sur Saint-Materne - les homélies de Dom James (Deschenes) sont excellentes, d'une très grande Orthodoxie et vous allez sourire : il est paléo-calendariste.
Pour Maxime - la Liturgie dite de saint Jean Chrysostome, que notre saint père n'a pas lui-même connue puisque sa composition actuelle est du XIIe siècle, appartient au bagage spirituel de l'Orient Chrétien. Elle a sa propre richesse, sa propre beauté, elle fait partie de cet héritage que les nations l'utilisant déposeront aux pieds du Seigneur (Apoc. 21,26).
Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, qu'on soit spécialiste ou néophyte, peu importe, mais il est nécessaire de reconnaître que la poésie d'une langue ne s'adapte pas forcément à la musicalité d'une autre culture et en tout cas jamais entièrement. Certes, les Cosaques qui ont utilisé des siècles durant le Grégorien l'ont fait dans une version hellénisée puis slavonisée, mais c'est une exception et très atypique et très peu "racines."
J'aime le vieux znamenyie (excusez la graphie) mais je me vois très mal l'utiliser sur un chant latin (Orthodoxe).
Et pourquoi faudrait-il transformer, occidentaliser une liturgie orientale, quand l'Occident a produit par ses plus grands saints de vénérables et belles Liturgies, qui ont nourrit spirituellement autant de saints que l'Orient?
Je me répète - bis repetita placet - mais en quoi honore-t-on saint Grégoire le Grand, saint Étienne de Liège ou Saint Maelruain de Tallaght quand on méprise et rejette la richesse liturgique et théologique qu'ils ont produite sous l'inspiration du Saint Esprit ? En quoi les honore-t-on quand on persiste à les présenter comme des sous-orientaux sur des icônes, alors que les saintes Icônes n'ont été sauvées en Orient QUE grâce à l'Occident Orthodoxe - chez nous au moins, on ne brûlait pas les iconographes sur ordre de l'empereur et des patriarches et des évêques...
L'Orient Chrétien n'a jamais été très équilibré, en l'absence de l'Occident Chrétien - quand ce dernier était Orthodoxe, bien sûr. Même saint Basile le Grand le savait
http://stmaterne.blogspot.com/2008/...
On n'a pas besoin de perdre des siècles de palabres pour adapter la Divine Liturgie au chant paléo-grégorien (l'actuel est une version pour castrat, si éloignée de l'original). Que la Divine Liturgie byzantine soit en langue vernaculaire est la moindre des logiques si on veut continuer à prétendre, sans faire s'effondrer de rire, qu'elle est là pour enseigner et nourrir spirituellement. Mais on n'a pas besoin de la "latiniser".
Ce qu'on doit faire, c'est poursuivre l'effort entrepris de restauration des saintes Liturgies de l'Occident Orthodoxe, ça oui. Et de manière sérieuse, pas avec du romantisme et des "petites opinions", tout doit être fait avec soin, précaution, sérieux. Et ça DOIT être fait, au nom de l'héritage. Je ne vois pas au nom de quoi les hiérarques byzantins (ou qui que ce soit d'autre) pourraient m'obliger à être oriental, moi qui suis né ici par la volonté de Dieu - et c'était bien ce que disait saint Jean Maximovitch, qu'on ne devait jamais accepter qu'on nous orientalise pour être acceptés comme Orthodoxes.
Mon héritage c'est, avant tout, ce que les saints d'ici ont composé, sous l'inspiration de Dieu. C'est ça qui doit être restauré. Vladyka Hilarion en était convaincu quand il n'était pas porte-valoches de Moscou - c'est bien ce qu'y sont les évêques, dans ce césaro-papisme en version slave, il n'y fera pas exception ou il devra partir.
J'ai parié publiquement qu'il changerait, avec des "responsables techniques" de cette restauration au sein de l'EORHF... Depuis plusieurs mois, il n'y a plus le moindre mouvement de sa part pour continuer à soutenir ce qu'il a même été jusqu'à célébrer :
http://stmaterne.blogspot.com/2008/...
pour une fois, j'enragerais de gagner un pari..
Bonne et sainte journée
Tiens, le texte de ce jour est bien approprié au sujet :
evlogeite, pater,
vous dites
"Il me semble qu'opposer christianisme oriental et christianisme occidental (orthodoxe) n'est pas très raisonnable. "
ce n'est pas une question d'opposition mais de nécessaire complémentarité, qu'on peut observer "du dehors" quand on n'est pas repris "dans le système" tout en étant dans l'Église bien sûr
http://stmaterne.blogspot.com/2006/...
et pourtant, ils sont aussi dissenblables que possible, car les cultures utilisées pour exprimer les mêmes notions sont totalement dissenblables. Et c'est très bien ainsi. Seul l'orgueil pourrait faire croire qu'une culture (ou qu'un homme seul) aurait été capable d'exprimer à elle seule "le tout" de Dieu - j'ai rencontré bien souvent cela dans des causeries, je m'en éloigne illico. Si Dieu l'avait voulu, alors Il n'aurait pas aussi bien parlé par l'Orient que par l'Occident.
C'est quand l'Occident a laché la main de Dieu, pour se fabriquer sa propre image de Dieu, sa propre religion, que Dieu a accepté l'abandon par l'Occident, et laissé l'Occident aller à son libre choix. D'ailleurs l'Orient a bien connu ça, à plusieurs reprises (la Russie est un exemple sanglant et fort, mais loin d'être le seul).
"Si les traditions et les rites de l'Occident chrétien sont assimilés aux traditions catholiques romaines, il devient artificiel d'imposer de les restaurer"
Qui les assimile ainsi?
Le vatican veut que ça se passe ainsi, mais c'est le vatican, donc des non-Chrétiens, leur avis n'a aucune importance, c'est l'avis du monde.
Dans l'Église, qui veut ça? Les partisans de l'ethno-phylétisme qui sont en même temps alliés au vatican. Oui, Barty & Alexis II ont le même point de vue à cet égard: toute renaissance de la Foi en Occident signifierait la guerre avec leur ami commun. Nul ne peut le nier pour les Grecs, puisque Barty n'arrête pas de le dire et de le prouver. Pour les Russes, c'est pareil : jusqu'à Innokenti qui a écrit dans son opuscule diocésain de février 2008, cité un peu partout, que l'Occident était "de tradition catho' et territoire catho'". Eux, ils sont contre ces traditions et rites de l'Occident Chrétien, totalement contre. Car les soutenir voudrait dire ne plus être dans le système mondain.
Vladyka Hilarion ne suivait pas le mouvement, jusqu'à l'an dernier au moins. Et il l'expliquait fort bien
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"Vous précisez que le monachisme bénédictin dans notre Église est en activité mais minime : j'y vois le fait que ce n'est plus une tradition vivante aujourd'hui. "
C'est plus compliqué que ça. Nous devons prendre l'histoire en entier. On verra qu'il y a objectivement une lutte dans l'Église contre tout ce qui est Orthodoxe d'Occident, contre tout ce qui refuse de se laisser "orientaliser"
Le p. Andrew (EORHF à Felixstowe) a un bel exposé d'un moine athonite parlant de cette détestation de l'Orient vis à vis de l'Occident (et de "l'estrangement" de l'Occident par rapport à l'Orient, mais là il faudrait un fameux bémol, le moine n'ayant pas connaissance du renouveau patristique du 9ème s). Et cette détestation, c'était depuis bien avant la naissance du catholicisme-romain et les schismes subséquents.
Se rend-t'on compte qu'en Orient, quasiment personne n'était capable de lire le latin? On se gausse des Occidentaux qui peinaient avec le grec - un grec évoluant de plus bien plus souvent que le latin, donc lequel étudier?? - mais on passe sous silence l'ignorance absolue des orientaux. Saint Maxime le Confesseur ou saint Athanase le Grand étaient des exceptions, comme saint Syméon le Stylite ou saint Basile le Grand. En Occident, il faudra attendre la première déchéance des moines Celtes pour voir disparaître l'érudition.
Il y a toujours eu lutte contre .. le seul endroit où on ne tuait pas les iconographes, où on ne vénérait pas Nestorius, etc...
Et pourtant, jusqu'en 1287 au moins, le Mont Athos avait un monastère bénédictin - Amalfion - dont le père abbé signait en 2ème dans les documents de l'Agion Oron. C'est la politique qui a tout cassé, pas l'Athos. Signe que le jour où l'Athos sera libéré de l'emprise de l'hérétique d'Istanboul, et ses sbires virés de la tête des monastères où lui les a nommés (à l'encontre des règles monastiques locales), ça pourra renaître là aussi.
"Et puis, finalement, le plus important n'est pas le «support» ou la forme qui n'a qu'une dimension culturelle, mais la sainteté de la prière."
et il y en a, des formes, que Dieu a suscitées ici..
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et quand on veut bien s'apercevoir qu'elle est là, l'unité de Foi est l'essentiel :
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Et il reste le fait que les Saint-Synodes de Russie, d'Antioche, de Roumanie, etc, ont autorisé cette renaissance au début du 20ème siècle. Et on ne peut pas faire comme si ça n'avait jamais eu lieu, car à l'époque, ils n'étaient pas "en captivité" et ont pris ces décisions poussés par de grands saints - nottament saint Tikhon de Moscou.
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tout à fait d'accord donc.. tant que ce principe n'est pas utilisé comme prétexte pour lutter contre la dimension culturelle occidentale Orthodoxe, comme depuis plusieurs siècles.
Je n'accepte pas plus ça que je n'accepte la prétendue sainteté d'un monstre inquisiteur comme Joseph de Volokolamsk, qui persécuta et brûla tant de gens au nom de sa vision papiste de l'Église et de la Foi. N'oublions pas que lui se retrouva prétendu saint dans le calendrier à peine son âme sulfureuse partie de son corps, alors que saint Nil Sorsky dû attendre 4 siècles et une poussée populaire pour que ça soit reconnu.. du bout des lèvres hiérarchiques, qui ont toujours préféré les encenseurs aux prophètes..
Si on accompagne dans nos prières cette renaissance dont Vladyka Hilarion s'était fait garant, elle pourra porter du fruit et voir une véritable floraison, et se dérouler de manière sérieuse, sans nostalgie ni romantisme.
Si on continue à l'ignorer, voire à la combattre, on prolongera une des clés de la catastrophe que fut la naissance du catholicisme-romain en Occident.
On a un et un seul choix possible. Vers 1870, un Allemand et un Français ont été trouver le Saint-Synode en Russie:
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Ils n'ont pas dû poser un Nagant sur la tempe des hiérarques pour leur faire comprendre la justice et la nécessité que représentait cette restauration de l'Orthodoxie en Occident "selon la culture et les formes de l'Occident Orthodoxe"
Pourquoi remet-on en cause, hic et nunc, sans la moindre justification autre que le phylétisme, ce que ces divers Synodes ont considéré comme non seulement légitime, mais aussi vital? Voilà pour moi la vraie question.
Que le fait qu'un monsieur à la Pierre-qui-vire se déguise en moine et se fasse passer pour moine et traduiss des ouvrages (et pourquoi pas, le fasse bien et honnêtement, ce qui changerait par rapport à son milieu) et vive gentiment "en paix de ce monde" avec son entourage, c'est bien mais ça reste pour moi sans grande importance.
Mais .. ça reste mon opinion, je vous l'accorde bien volontiers.
In fine, le fait est que l'EORHF a des Bénédictins, et qu'il n'est donc pas normal qu'on les laisse de côté, qu'on fasse comme si le bénédictisme catho' était le vrai.
Ca, c'est pas une opinion, mais .. un fait
sainte semaine
demain, seconde couche au voilier, je sens déjà le plancher aux vaches se dérober sous mes pieds, saint Brendan le Navigateur et saint Jean le néo-martyr grec & navigateur sont déjà appelés à bord.
Jean-Michel