propos ascétiques LVI
Par ptit moine le mercredi 13 août 2008, 06:00 - sentences - Lien permanent
Que
la vue, le goût et les autres sens dissipent la mémoire du cœur, quand nous en
faisons un usage excessif, Ève, la première, nous le révèle. En effet, tant que
celle-ci n'a pas pris plaisir à porter son regard vers l'arbre défendu, elle a
gardé avec soin le souvenir du commandement divin. C'est pourquoi, se trouvant
comme protégée par les ailes de l'amour de Dieu, elle n'avait pas conscience de
sa nudité.
Mais dès qu'elle eut regardé le bois avec plaisir et que, entraînée par un
vif désir, elle y eut porté la main et qu'elle eut goûté à son fruit avec une
délectation intense, aussitôt, elle se laissa séduire par le plaisir de
l'étreinte physique, étant dans sa nudité comme liée à la passion. Dès lors,
elle tourna tout son désir vers la jouissance des biens présents, après avoir,
par l'attrait du fruit, mêlé Adam à sa propre chute. Il s'ensuit que désormais
l'esprit humain éprouve de la difficulté à garder le souvenir de Dieu ou de ses
commandements. A nous donc de tenir toujours notre regard tourné vers la
profondeur de notre cœur, en gardant toujours étroitement le souvenir de Dieu,
et de traverser en aveugles cette vie pleine de séductions trompeuses. Car, il
revient à la philosophie vraiment spirituelle de toujours couper les ailes à
l'amour qui nous attire vers les biens visibles. C'est aussi ce qu'enseigne
Job, cet homme riche de l'expérience de tant d'épreuves, lorsqu'il dit : Si
mon cœur est allé à la suite de mes yeux (Job 31, 7). Une telle
protestation est la marque d'une continence extrême.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.


