C'est pourquoi le désir ne trouve pas de lieu où imprimer son propre sceau, afin que l'esprit garde, d'une mémoire sans défaillance, la forme de sa méditation, puisque sous l'effet du déchaînement violent des passions, la mémoire de la pensée s'est durcie. Mais s'il en reste à l'écart, même à supposer que, pour un peu de temps, l'oubli dérobe l'objet de son désir, l'esprit, faisant appel à son activité propre, ne sera pas long à ressaisir avec ferveur cette proie si désirable et si salutaire. L'âme, alors, en effet, possède la grâce elle-même qui accompagne sa méditation et qui s'écrie avec elle : «Seigneur Jésus» ; tout comme une mère apprend à son enfant, en le répétant avec lui, le mot de «père», jusqu'à ce qu'elle l'amène à l'habitude de ce nom et que, même dans son sommeil, il remplace son balbutiement enfantin par ce nom pour appeler clairement son père. C'est pourquoi l'Apôtre dit : De même aussi l'Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède souverainement pour nous par des gémissements ineffables (Rom 8, 26). Car, puisque nous sommes encore des petits enfants par rapport à la perfection de la vertu de prière, nous avons absolument besoin du secours de l'Esprit Saint pour que nos pensées soient touchées et adoucies par sa suavité indicible et qu'ainsi, de toute la disposition de notre être, nous soyons entraînés au souvenir et à l'amour de Dieu, notre Père. Ainsi, c'est en lui, comme le dit encore le divin Paul, que lorsqu'il nous prend dans son rythme pour donner sans cesse à Dieu le nom de père, nous nous écrions «Abba, Père» (Gal 4,6).
Saint Diadoque de Photicé : Les propos ascétiques. Cent chapitres.