propos ascétiques LXI
Par ptit moine le lundi 18 août 2008, 06:00 - sentences - Lien permanent
Chaque
fois que l'âme se trouble sous l'effet de la colère, ou s'obscurcit dans les
vapeurs de l'ivresse, ou se tourmente sous le poids d'un lourd désespoir,
l'esprit, même s'il s'y efforce, n'est plus en mesure de garder le souvenir du
Seigneur Jésus. En effet, comme il est totalement obscurci par la violence des
passions, il devient tout à fait étranger à son propre sens.
C'est pourquoi le désir ne trouve pas de lieu où imprimer son propre sceau,
afin que l'esprit garde, d'une mémoire sans défaillance, la forme de sa
méditation, puisque sous l'effet du déchaînement violent des passions, la
mémoire de la pensée s'est durcie. Mais s'il en reste à l'écart, même à
supposer que, pour un peu de temps, l'oubli dérobe l'objet de son désir,
l'esprit, faisant appel à son activité propre, ne sera pas long à ressaisir
avec ferveur cette proie si désirable et si salutaire. L'âme, alors, en effet,
possède la grâce elle-même qui accompagne sa méditation et qui s'écrie avec
elle : «Seigneur Jésus» ; tout comme une mère apprend à son enfant, en le
répétant avec lui, le mot de «père», jusqu'à ce qu'elle l'amène à l'habitude de
ce nom et que, même dans son sommeil, il remplace son balbutiement enfantin par
ce nom pour appeler clairement son père. C'est pourquoi l'Apôtre dit : De
même aussi l'Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas
prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède souverainement pour nous
par des gémissements ineffables (Rom 8, 26). Car, puisque nous sommes
encore des petits enfants par rapport à la perfection de la vertu de prière,
nous avons absolument besoin du secours de l'Esprit Saint pour que nos pensées
soient touchées et adoucies par sa suavité indicible et qu'ainsi, de toute la
disposition de notre être, nous soyons entraînés au souvenir et à l'amour de
Dieu, notre Père. Ainsi, c'est en lui, comme le dit encore le divin Paul, que
lorsqu'il nous prend dans son rythme pour donner sans cesse à Dieu le nom de
père, nous nous écrions «Abba, Père» (Gal 4,6).
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.





