propos ascétiques LXII
Par ptit moine le mardi 19 août 2008, 06:00 - sentences - Lien permanent
La
colère, d'ordinaire, entraîne plus de trouble et de désordre dans l'âme que les
autres passions. Pourtant, il y a des cas où elle se révèle d'une très grande
utilité. En effet, lorsque c'est contre les auteurs d'impiété ou de désordres
de toutes sortes que nous la tournons, tout en gardant notre calme intérieur,
pour les amener au salut ou leur inspirer de la honte, c'est un surplus de
douceur que nous donnons à notre âme, car nous tendons alors tout à fait au
même but que la justice et la bonté de Dieu ; bien plus, lorsque nous nous
irritons avec force contre le péché, nous virilisons souvent ce que notre âme
peut comporter d'efféminé.
Par ailleurs, si nous frémissons en esprit contre le démon de la corruption,
lorsque nous tombons dans un grand découragement, nous élevons alors notre
pensée au-dessus des fanfaronnades de la mort : c'est un fait indubitable. Pour
nous enseigner cela, Notre Seigneur a frémi par deux fois en son esprit en face
de l'Hadès et il s'est troublé (alors qu'Il réalise sans aucun trouble, par Sa
seule volonté, tout ce qui lui plaît), et ainsi Il a rendu l'âme de Lazare à
son corps, de sorte que, me semble-t-il, c'est plutôt comme une arme que la
colère mesurée a été donnée à notre nature par Dieu qui nous a créés. Si Eve y
avait eu recours contre le serpent, elle ne serait pas tombée sous l'emprise du
plaisir passionné.
De là vient, selon moi, que celui qui, dans son zèle pour la piété, a recours à
une colère mesurée, pèsera plus lourd dans la balance des récompenses que celui
dont l'esprit, dans son inertie, n'est jamais saisi par la colère. En effet, ce
dernier paraît visiblement avoir, pour conduire les sentiments humains, un
cocher sans entraînement, tandis que le premier, toujours monté sur les chevaux
de la vertu, dans son ardeur au combat, est emporté en plein milieu de la
troupe des démons, exerçant, dans la crainte de Dieu, le quadrige de la
continence. C'est celui que l'Ecriture appelle « char d'Israël », au moment de
l'assomption du divin Elie, puisque c'est aux juifs, en premier, que Dieu
paraît avoir parlé d'une manière excellente des quatre vertus. C'est pourquoi
ce grand prophète, tout nourri de la sagesse divine, fut élevé dans les airs
sur un char de feu, se servant, à ce qu'il semble, de ses vertus comme d'un
attelage, lui le tempérant, au moment où l'Esprit l'enleva dans un souffle de
feu.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.





