Par ailleurs, si nous frémissons en esprit contre le démon de la corruption, lorsque nous tombons dans un grand découragement, nous élevons alors notre pensée au-dessus des fanfaronnades de la mort : c'est un fait indubitable. Pour nous enseigner cela, Notre Seigneur a frémi par deux fois en son esprit en face de l'Hadès et il s'est troublé (alors qu'Il réalise sans aucun trouble, par Sa seule volonté, tout ce qui lui plaît), et ainsi Il a rendu l'âme de Lazare à son corps, de sorte que, me semble-t-il, c'est plutôt comme une arme que la colère mesurée a été donnée à notre nature par Dieu qui nous a créés. Si Eve y avait eu recours contre le serpent, elle ne serait pas tombée sous l'emprise du plaisir passionné.
De là vient, selon moi, que celui qui, dans son zèle pour la piété, a recours à une colère mesurée, pèsera plus lourd dans la balance des récompenses que celui dont l'esprit, dans son inertie, n'est jamais saisi par la colère. En effet, ce dernier paraît visiblement avoir, pour conduire les sentiments humains, un cocher sans entraînement, tandis que le premier, toujours monté sur les chevaux de la vertu, dans son ardeur au combat, est emporté en plein milieu de la troupe des démons, exerçant, dans la crainte de Dieu, le quadrige de la continence. C'est celui que l'Ecriture appelle « char d'Israël », au moment de l'assomption du divin Elie, puisque c'est aux juifs, en premier, que Dieu paraît avoir parlé d'une manière excellente des quatre vertus. C'est pourquoi ce grand prophète, tout nourri de la sagesse divine, fut élevé dans les airs sur un char de feu, se servant, à ce qu'il semble, de ses vertus comme d'un attelage, lui le tempérant, au moment où l'Esprit l'enleva dans un souffle de feu.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos ascétiques. Cent chapitres.