propos ascétiques LXVI
Par ptit moine le samedi 23 août 2008, 06:00 - sentences - Lien permanent
C'est en fonction des biens que nous avons que le Seigneur nous demandera
compte de notre compassion et non en fonction de ceux que nous n'avons pas. Si
donc ce que je peux donner sur un long espace de temps, je le distribue
bonnement, par crainte de Dieu, en peu de temps, en quoi pourrais-je encore
encourir des reproches, moi qui n'ai plus rien ? Mais quelqu'un dira : « D'où
viendront désormais les secours pour les pauvres, habitués à recevoir de nous,
jour après jour, des dons modestes ?»
Qu'un tel homme apprenne à ne pas, sous le couvert de sa propre cupidité, à
s'en prendre à Dieu : elle ne fera pas défaut à Dieu, la puissance de gouverner
sa création qu'il exerce dès l'origine. En effet, avant que tel ou tel ne soit
poussé à faire l'aumône, les pauvres ne manquaient ni de nourriture ni de
vêtements. Il est donc bien, sitôt initié à la science, dans un généreux esprit
de service, de rejeter loin de nous l'orgueil inconsidéré des richesses et de
prendre en haine nos propres désirs, ce qu'on entend par « haïr son âme ».
Ainsi, privés de la joie de distribuer nos biens, nous serons amenés à ne plus
avoir aucune estime de nous-mêmes, puisque nous ne pratiquons plus de bonnes
œuvres. Car tant que nous restons largement pourvus de biens, nous trouvons une
grande joie, si du moins le bien agit en nous, à les distribuer, en nous
réjouissant d'obéir au commandement divin ; mais une fois que nous les avons
entièrement dépensés, un chagrin sans limite et un sentiment d'humiliation se
glissent en nous à l'idée que nous n'accomplissons plus rien des exigences de
la justice. De là vient que l'âme rentre en elle-même avec une grande humilité,
de telle manière que les mérites qu'elle ne peut plus acquérir chaque jour par
l'aumône, il lui est possible de les gagner par l'effort de sa prière, par sa
patience et par son humilité. Le pauvre et l'indigent loueront Ton nom,
Seigneur (Ps 73.21). En effet, le charisme de la théologie, Dieu le
réserve à celui qui s'y est préparé par ses efforts, en renonçant à tous ses
biens pour la gloire de l'Evangile de Dieu, afin d'annoncer, dans la pauvreté
aimée de Dieu, la richesse du Royaume de Dieu. Ces paroles : O Dieu, Tu as
préparé une demeure pour le pauvre en Ta bonté, et plus loin : Le
Seigneur donnera aux messagers de la bonne nouvelle Sa parole avec grande
puissance (Ps 67, 11-12), le montrent clairement.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.





