Mais dès qu'elle commence à dominer ses passions, le mépris pour les réalités présentes aussi bien que son amour pour Dieu l'amènent à ne plus supporter même en songe de voir le droit bafoué, mais elle s'emporte contre les auteurs du mal et elle est troublée jusqu'à ce qu'elle voie les contempteurs de la justice reconnaître, dans un esprit de piété, toute sa dignité. Ainsi donc, à l'égard des injustes, elle éprouve de la haine, et à l'égard des justes un amour de prédilection. En effet, le regard de l'âme n'est plus susceptible de se laisser égarer, lorsque son voile, je veux dire le corps, voit la trame de son tissage rendue très ténue par la continence. Cependant, plutôt que de haïr les injustes, il vaut mieux déplorer leur endurcissement. Car, même si ces derniers sont dignes de haine, toutefois la raison interdit à l'âme contemplative de se laisser troubler par la haine, puisque dans une âme où se trouve de la haine, la science ne saurait agir.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos ascétiques. Cent chapitres.