propos ascétiques LXXI
Par ptit moine le jeudi 28 août 2008, 06:00 - sentences - Lien permanent
La parole de la science nous apprend que nombreuses sont les passions qui, dans
les débuts, viennent troubler l'âme contemplative, mais surtout la colère et la
haine. Cela vient non pas tant des démons qui fomentent ces passions, que du
progrès même de l'âme. En effet, tant que l'âme accorde sa conduite à la
sagesse du monde, elle a beau voir le droit foulé aux pieds par certains, elle
demeure sans émotion ni trouble, car elle est trop préoccupée par ses propres
désirs pour considérer le droit de Dieu.
Mais dès qu'elle commence à dominer ses passions, le mépris pour les
réalités présentes aussi bien que son amour pour Dieu l'amènent à ne plus
supporter même en songe de voir le droit bafoué, mais elle s'emporte contre les
auteurs du mal et elle est troublée jusqu'à ce qu'elle voie les contempteurs de
la justice reconnaître, dans un esprit de piété, toute sa dignité. Ainsi donc,
à l'égard des injustes, elle éprouve de la haine, et à l'égard des justes un
amour de prédilection. En effet, le regard de l'âme n'est plus susceptible de
se laisser égarer, lorsque son voile, je veux dire le corps, voit la trame de
son tissage rendue très ténue par la continence. Cependant, plutôt que de haïr
les injustes, il vaut mieux déplorer leur endurcissement. Car, même si ces
derniers sont dignes de haine, toutefois la raison interdit à l'âme
contemplative de se laisser troubler par la haine, puisque dans une âme où se
trouve de la haine, la science ne saurait agir.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.





