extrait du billet précédent
Par ptit moine le jeudi 4 septembre 2008, 12:42 - vie monastique - Lien permanent
Extrait du chapitre « choix du monastère » des conseils« Qui douterait que, avec tout son confort d'aujourd'hui, le monastère puisse agir de façon plus pratique ?
Si chaque moine dispose de sa mère auprès de lui pour s'en occuper, ce sera pratique, bien entendu.
Et si l'on met un magnétophone dans l'église pour qu'il reproduise les sons (prières), ce sera, bien sûr, un repos, et le repos sera encore plus parfait si l'on transforme les stalles en lits.
Sans aucun doute, pour l'ascète, il serait pratique d'avoir un petit appareil pour compter les grains du chapelet et une poupée-ascète qui effectue les prosternations et la prière sur le chapelet ; il pourrait alors s'acheter un bon matelas pour s'allonger et accorder un repos à sa chair meurtrie.
Évidemment, tout cela apporterait une détente à la chair, mais cela viderait l'âme et la rendrait malheureuse, ne lui laissant que des émotionsfémininessuscitées par la mollesse et de l'agitation.»
« Aux jeunes qui veulent devenir moines » de Père Païssios l'Athonite



Commentaires
"...ne lui laissant que des émotions féminines"
AAAAARRRRGGGGHHHHHH !
Allons, allons, Marie ! Un effort de compréhension s'il vous plaît : la traduction n'est pas terrible, certes, mais cela ne vaut pas la peine de s'étrangler pour autant. En grec, les adjectifs masculin-féminin ne désignent pas seulement le sexe, ils qualifient le courage et la mollesse indépendamment du sexe. C'est comme cela et on n'y peut rien. On dira d'un homme qu'il est une femmelette pour dire qu'il est mou, et d'une femme qu'elle est virile pour dire qu'elle est courageuse, et même mâle pour dire qu'elle est plus que courageuse. C'est ainsi que Pallade dit de sainte Mélanie l'ancienne non seulement qu'elle était anthrôpos tou theou (homme de Dieu) mais aussi anèr tou theou (le mâle de Dieu).
Je suppose que l'on pourrait traduire le passage qui vous donne tant de boutons : ne lui laissant que des émotions suscitées par la mollesse et de l'agitation.
Le moindre...
Hiér. Nicolas
Ce que vous dites, mon bon père, est certes vrai, mais c'est bien là tout le péril de la traduction. Difficile d'échapper au poids de siècles de relégation de la femme (pourtant "semblable de l'homme") à une place subalterne.
Faut-il, en traduisant, garder les mots ? Et si oui, lesquels ? Faut-il retranscrire l'idée, au risque de transformer la pensée de l'auteur...
Ceci dit, je ne sais pas pourquoi, ce billet m'en évoque un autre, très récent, du genre "Magnifique bocal cherche Poissons rouges"...
Cher Albocicade,
"Difficile d'échapper au poids des siècles de relégation de la femme... à une place subalterne." Difficile surtout d'échapper aux généralisations du féminisme militant. Voulez-vous, s'il vous plaît, vous reporter aux IV-V ème siècle et considérer l'influence que pouvaient avoir certaines impératrices et les grandes dames romaines (qui comptaient quelques saintes) dont la liste serait trop longue à reproduire ici.
Mais pourquoi s'arrêter à ces deux siècles ? Poursuivez l'enquête et vous constaterez que chaque époque a eu ses femmes remarquables influant sur la vie du monde ou de leur région, ou ses simples particulières régnant sur leur ménage, comme il a eu des hommes maintenus dans l'obscurité, le déni de leur identité et quelquefois l'esclavage. Cette querelle me paraît, pardonnez-moi, assez vaine et ne me semble justifiée, jusqu'à un certain point, que pour le XIX ème siècle européen, lorsque la morale du savoir-vivre et son hypocrisie se sont substituées, dans un monde qui se réclamait du christianisme, aux exigences de l'Evangile.
Vous évoquez aussi le cas de conscience du traducteur. Il me semble que ce dernier doit être aussi fidèle qu'il le peut à la pensée de l'auteur. Pour cela, il ne lui suffit pas d'utiliser de bons dictionnaires, il lui faut aussi connaître l'Histoire, la géographie, la théologie dans tous ses aspects, la patristique et quelques autres choses encore. La traduction est un art de l'interprétation. Il faut au traducteur beaucoup d'intuition et de modestie dans l'exercice de son métier pour servir son lecteur. C'est pourquoi il évitera tout ce qui pourrait l'égarer en utilisant des mots trop chargés de passion en raison de l'actualité et qui pourraient piquer inutilement sa sensibilité, le faisant ainsi passer à côté de la richesse du texte proposé. L'art de la traduction consiste à lire, interpréter, rendre compréhensible la pensée d'un auteur, sans que jamais le traducteur et ses préoccupations propres apparaissent. Il me semble que, pour cette raison, c'est un art typiquement monastique. Je ne sais si vous vous êtes essayé à cet exercice (au fait, pourquoi vous cacher derrière un pseudonyme ?), si vous l'avez fait vous savez combien ce travail est crucifiant et peu gratifiant. Quel traducteur a jamais rendu sa copie à l'éditeur en étant satisfait de son travail ?
Quant à la dernière remarque sur le bocal et les poissons rouges, cela allait sans dire.
Bien à vous
Le moindre...
Hiér. Nicolas.
....mouais...bof...Meiner Meinung nach...c'est un moraliste français la Bruyère qui a raison quand il écrit "les femmes sont extrêmes, elles sont meilleures ou pires que les hommes" (les "Caractères" - "des femmes")...la vérité oblige à dire qu'elles sont souvent meilleures, mais il existe la possibilité qu'elles soient pires...c'est pourquoi l'Eglise est bien inspirée de leur interdire les fonctions sacerdotales...
Mon bon père,
vous écrivez "Difficile surtout d'échapper aux généralisations du féminisme militant" ; j'aurais pour ma part écrit "Difficile aussi d'échapper aux généralisations du féminisme militant", car l'un et l'autre me semblent des écueils dommageables, chacun à son titre.
Pour ce qui est de traduire, j'ai effectivement eu le privilège de participer à un travail de traduction (qui ne sera cependant probablement pas publié) et j'ai ainsi pu "apprécier" un peu la difficulté de cet art parfois subtil.
Quant à mon pseudonyme, outre qu'il est un témoignage de reconnaissance envers un serviteur de Dieu à qui je dois beaucoup, c'est pour moi une sorte de vêtement : je ne sors pas nu dans la rue, est-ce pour autant que je me "cache derrière" mes vêtements ?
Que de commentaires, suscités par un seul mot ! Ce qualificatif concernant les émotions est certainement malencontreux, et bien enraciné dans la mentalité orientale... Sans doute peut-on en sourire - comme on sourit de temps en temps devant des adjectifs de ce genre que nous rencontrons dans les Ménées. Les moniales se voient affublées de "barbes" spirituelles en fonction de leurs exploits ascétiques... Il est déjà bien que nous n'ayons pas inventé de moulins à prières pour réciter à notre place les textes liturgiques (peut-être n'était-ce pas l'envie qui manquait?) et l'idée de la poupée mécanique qui ferait à notre place les métanies me fait sourire au moins autant que l'adjectif à l'origine de tant de réactions, dont certaines sont motivées de façon tout-à-fait intéressante.
Je crains, cher Albocicade, que les pseudonymes soient moins des vêtements que des masques. L'Orthodoxie a le culte des visages. Cet usage mondain et ambigu du pseudonyme devrait, non pas être exclu, mais être impensable entre nous qui, sur terre, devons apprendre à accepter de paraître ce que nous sommes à cause de la charité et qui, le Jour venu, devrons supporter le dévoilement devant le redoutable tribunal du Christ ... au vu de toute l'Eglise.
J'ai bien peur, cher Albocicade, de m'être fort éloigné du thème de ces articles. Que tous me pardonnent, je vais m'arrêter là, promis !
Le moindre...
Hiér. Nicolas.
Finalement, même les moines ont un pseudonyme, plus connu que le nom réel. Il figure d'ailleurs sous cette appellation sur nos cartes d'identité : Jean MARTIN, pseudonyme — Père Justin, par exemple.
Le vrai prénom ne donnerait pas plus d'informations, sans doute, surtout s'il est inventé.
Et puis, moi, je suis bien le Moinillon, n'est-ce pas ?
Cher moinillon,
Puisque vous relancez la question :
1) Le nom monastique n'est pas un pseudonyme, c'est un vrai nom puisque, vous le savez mieux que moi, la profession monastique (considérée comme nouveau baptême) crée un être nouveau.
2) "Moinillon", certes, est un pseudonyme mais je ne vois pas plus que pour "Albocicade" la raison pour laquelle vous l'utilisez. Je suppose (je suis sûr) que ce blog n'est pas tenu en cachette de vos supérieurs et que vous ne refusez pas la responsabilité des opinions que vous émettez. A moins, évidemment, qu'à l'instar de Moïse qui portait un voile sur la figure pour ne pas éblouir ses contemporains, vous soyez contraint d'utiliser un pseudonyme pour voiler la fulgurante radiation de vos vertus. (Prenez ceci, cher moinillon, avec la distance qui convient !)
3) Le nom, le nom véritable, a une utilité : il permet aux interlocuteurs de savoir à qui ils s'adressent pour, éventuellement, parler une même langue, se mieux comprendre en étant informé du parcours de l'interlocuteur, de ses publications éventuelles etc. bref, tout ce qui permet de mieux le connaître car, sans connaissance, il n'y a pas d'amour.
Le moindre ...
Hiér. Nicolas.
P.S. On trouvera ma binette mes coordonnées et mes publications sur le site de l'archevêché de la rue Daru, rubrique "Annuaire" (par ici).
Eh bien, les propos de Père Païssios sont bien une prophétie.
On peut en effet se procurer un CD du couvent Sainte-Elisabeth de Minsk (Biélorussie) où une moniale répète la Prière de Jésus pendant 17 mn 22, puis un moine (ou plutôt un laïc) — pendant 22 mn 52.
On peut aussi télécharger gratuitement ce disque, qui comprend quelques courts chants.