Mais lorsque l'esprit est illuminé en toute perception et plénitude par la grâce sainte, alors l'âme possède une humilité en quelque sorte naturelle. Nourrie et fortifiée par la bonté divine, elle ne peut plus se laisser soulever par l'enflure de l'amour de la gloire, même si elle accomplit sans aucune défaillance les commandements de Dieu ; mais bien plutôt, elle se juge inférieure à tous, par l'effet de sa communion avec l'équité divine. La première humilité s'accompagne le plus souvent de chagrin et de découragement, la seconde de joie mêlée à une retenue pleine de sagesse. C'est pourquoi la première appartient, comme je l'ai dit, à ceux qui se trouvent au milieu du combat, et la seconde est accordée à ceux qui approchent de la perfection. Par suite, la première est compromise par les succès de cette vie, tandis que l'autre, même si on lui offre tous les royaumes de la terre, ne se laisse pas éblouir et ne sent pas du tout les traits redoutables du péché ; car devenue tout entière spirituelle, elle ignore complètement les gloires matérielles. Il faut que, de toute manière, le combattant passe par la première pour arriver à la seconde : si la grâce, par cette première humilité, n'assouplit pas auparavant notre libre arbitre par des souffrances éducatives, pour le mettre à l'épreuve et non pour le contraindre, elle ne nous accordera pas la perfection de la seconde.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos ascétiques. Cent chapitres.