propos ascétiques XCV
Par ptit moine le dimanche 21 septembre 2008, 06:00 - sentences - Lien permanent
C'est une chose difficile à acquérir que l'humilité ; car plus elle est grande,
plus il faut combattre pour y parvenir. Pour ceux qui ont part à la science
sainte, elle s'obtient par deux moyens. Car lorsque le combattant de la piété
se trouve au milieu de son expérience spirituelle, par suite d'une infirmité
physique, ou de l'hostilité que certains témoignent inopportunément à l'égard
de ceux qui recherchent la justice, ou de mauvaises pensées, il est amené à
avoir sur lui-même un jugement plus humble.
Mais lorsque l'esprit est illuminé en toute perception et plénitude par la
grâce sainte, alors l'âme possède une humilité en quelque sorte naturelle.
Nourrie et fortifiée par la bonté divine, elle ne peut plus se laisser soulever
par l'enflure de l'amour de la gloire, même si elle accomplit sans aucune
défaillance les commandements de Dieu ; mais bien plutôt, elle se juge
inférieure à tous, par l'effet de sa communion avec l'équité divine. La
première humilité s'accompagne le plus souvent de chagrin et de découragement,
la seconde de joie mêlée à une retenue pleine de sagesse. C'est pourquoi la
première appartient, comme je l'ai dit, à ceux qui se trouvent au milieu du
combat, et la seconde est accordée à ceux qui approchent de la perfection. Par
suite, la première est compromise par les succès de cette vie, tandis que
l'autre, même si on lui offre tous les royaumes de la terre, ne se laisse pas
éblouir et ne sent pas du tout les traits redoutables du péché ; car devenue
tout entière spirituelle, elle ignore complètement les gloires matérielles. Il
faut que, de toute manière, le combattant passe par la première pour arriver à
la seconde : si la grâce, par cette première humilité, n'assouplit pas
auparavant notre libre arbitre par des souffrances éducatives, pour le mettre à
l'épreuve et non pour le contraindre, elle ne nous accordera pas la perfection
de la seconde.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.


