archimandrite Isaac (Atallah) l’Athonite (1937–1998)
Par ptit moine le samedi 27 septembre 2008, 05:30 - Vies des saints - Lien permanent
À l'occasion du dixième anniversaire de la dormition dans le Seigneur de
l'archimandrite Isaac (Atallah) l’Athonite (1937–1998) — le fils spirituel du
Père Païssios l'Athonite —, nous proposons à partir d'aujourd'hui en guise de
sentences la traduction d'une sélection de textes publiés dans le
bulletin Le Bon Pasteur n° 16 (monastère du Saint-Archange-Michel
de Bakaata – Nahr Baskinta - Liban).
Aperçu du récit de sa vie
écrit en arabe par son frère Antoine
(traduction de la rédaction du BON
PASTEUR — bulletin de l’Association des Chrétiens Orthodoxes et De
leurs Amis/ACODA)
Le Père Isaac est né de Martha et Nemr Atallah le 12 avril 1937 sous le nom de
Farès, dans un village libanais du nom de Nabay dans le casa du Metn Nord
dépendant de l'archidiocèse orthodoxe du Mont Liban. Il grandit dans une
famille orthodoxe pieuse et apprit auprès de son père, qui était le chantre de
la paroisse, l'amour du Christ et la fidélité à la tradition de l'Église. Il
fut dès son jeune âge attiré par la solitude et la prière. Il arriva souvent
que ses parents perdent sa trace jusqu'à ce qu'ils finissent par le trouver
dans les prés entourant son village, non loin de sa maison natale, en train de
prier. Il trouvait déjà tout son bonheur dans la proximité de Dieu et de son
Église.
Un jour qu'il était encore assez jeune, il quitta la maison familiale pour
rejoindre le monastère du Saint-Prophète-Élie à Chouayya dans le casa du Metn
Nord, mais son père s'empressa d'aller le chercher. L'on dit alors - peut-être
pour le consoler - qu'il n'était pas dans la tradition des monastères
d'accepter comme moine, l'aîné de la famille, considéré en tant que tel comme
support et soutien. Farès s'inclina et rebroussa chemin.
Il suivit les études primaires à l'école de son village Nabay, puis il quitta
l'école pour s'engager en tant qu'apprenti menuisier. A la fin de son
apprentissage, il alla exercer son métier dans le souk des menuisiers
à Beyrouth et c'est là que tous les soirs, à la fin de sa journée de travail,
il suivit à Achrafieh, un quartier de Beyrouth, les cours de chants byzantins à
l'école de Mitri el Murr, Protopsalte de l'Eglise d'Antioche.
Durant l'été 1962, à l'âge de 25 ans, il prit la décision de sa vie. Dans sa
petite valise, il rangea soigneusement ses vêtements et quitta son travail au
grand hôtel Phénicia, qui était la marque du luxe beyrouthin de l'époque, et
rentra chez lui après avoir posé sa démission. En arrivant devant son père, à
qui il vouait un énorme respect et une obéissance sans faille, il lui tendit
son livret d'épargne en lui disant : « Ce compte d'épargne bloqué est ouvert à
ton nom, quand il arrivera à échéance, je voudrais que tu retires cet argent
pour le distribuer à part égale entre tous les membres de la famille. Quant à
moi, je n'ai besoin de rien, car je vais au monastère. » Son père attristé lui
demanda : « Que puis-je t'offrir dans ce monde pour que tu ne deviennes pas
moine ? » Farès lui répondit : « Même si tu me donnes ce monde en héritage, mes
yeux ne le convoitent pas ! Ma vie n'est pas ici mais au monastère. » Nemr le
père eut beau essayer de le dissuader de suivre le chemin du monachisme en
s'appuyant sur les autres membres de la famille, ce fut en vain.
Le jour même, Farès prit sa valise et se dirigea en compagnie de son frère
Antoine vers le monastère de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu à Bkeftin dans le
casa de Koura, un lieu qu'il n'avait encore jamais vu et dont il ne tenait que
l'adresse et le nom de l'higoumène, l'archimandrite Youhanna (Mansour), futur
métropolite de Lattakieh en Syrie, formé au sein du Mouvement de la Jeunesse
Orthodoxe dans la ville même où il sera ordonné évêque.
Arrivant sur place, Farès descendit du taxi et se mit à genoux face contre le
monastère et, levant les bras, il récita une prière puis se signa. En se
levant, il dit à voix audible : « Je te rends grâce, Seigneur, d'avoir exaucé
maintenant mon souhait. »
A l'entrée du monastère, l'archimandrite Youhanna était là pour les accueillir.
Le monastère était alors en grande partie en ruine, la plupart de ses pièces
étaient en état de grand délabrement et presque inhabitable. Un seul moine y
vivait aux côtés de l'higoumène.
Le soleil allait paisiblement se coucher quand Antoine repartit en laissant son
frère aîné au monastère. A la maison familiale, tout le monde l'attendait dans
une ambiance soucieuse, son père prenant la parole lui demanda : « Alors, il
est allé où exactement ?
— Au monastère de Bkeftin à Koura, lui répondit-il, mais je te rassure tout de
suite, vu l'état de ruine du monastère et étant donné que Farès travailla
dernièrement à l'hôtel Phénicia à Beyrouth, il ne pourra résister plus de deux
jours ou trois avant que tu ne le vois renter à la maison. » Son père le fixa
du regard et lui dit : « Quelles que soient les difficultés qu'il va
rencontrer, ton frère ne rentrera plus. »
La vivacité de son esprit et le zèle que Farès montra dans l'apprentissage
encouragea certainement l'higoumène Youhanna à lui autoriser de reprendre ses
études, ce qu'il fit en s'inscrivant à l'école rattachée au monastère
patriarcal de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu à Balamand dans le casa de Koura
(Liban Nord). Il se trouva ainsi de fait, sous l'autorité de Monseigneur Ignace
(Hazim – le Patriarche actuel de l'Église orthodoxe d'Antioche et de tout
l'Orient) qui était à cette époque évêque et supérieur du monastère.
Il a été ordonné diacre sous le nom de Philippos au monastère dédié au saint
mégalomartyr Jacques le Persan à Deddé – Koura en 1963, par l'imposition des
mains de Monseigneur Ilias (Kourban), métropolite du diocèse de Tripoli et
Koura dont dépendait le monastère de Bkeftin auquel il était rattaché. Il fut
remarqué tout au long de cette période pour son assiduité à la prière et à
l'accomplissement de la tâche qui lui avait été confiée dans la paix, avec
beaucoup de zèle, et dans l'obéissance à ses supérieurs.
La Providence, usant comme d'habitude des circonstances locales, lui fit
quitter l'école de Balamand pour se diriger en l'an 1968, vers l'île de Pathmos
en Grèce où il décrocha le diplôme sanctionnant la fin de ses études
secondaires.
Il poursuivit ensuite son désir d'approfondir sa connaissance des livres sacrés
en devenant étudiant à la faculté de théologie de Thessalonique où il officia
en tant que diacre à la cathédrale Saint-Dimitrios, patron de la ville. Il est
à signaler qu'il était connu pour avoir une très belle voix, attirant beaucoup
de fidèles à écouter le diacre antiochien chanter et dire les litanies en arabe
et en grec.
Mais le plus important pour lui en cette période, fut qu'il fit la connaissance
de la Sainte Montagne de l'Athos et de la vie monacale qui s'y développait dans
ce jardin de la Mère de Dieu. Il y rencontra tout particulièrement celui qu'il
allait devenir son Père spirituel, l'Ancien Païssios (+ 12 juin 1994).
De retour au Liban, il fut ordonné prêtre au monastère patriarcal de la
Dormition-de-la-Mère-de-Dieu à Balamand, par l'imposition des mains du
patriarche Ilias IV (Mouawad), sous le même nom de Philippos. Il vécut ensuite,
entre 1973 et 1975, dans le petit monastère dédié à la mémoire du Saint
Mégalomartyr Georges le Tropéophore, dépendant du monastère de la Dormition de
la Mère de Dieu à Hamatoura - casa de Zgharta au Liban Nord, une métochie de
l'archidiocèse du Mont Liban sur le territoire de l'archidiocèse de Tripoli -
Koura.
Le père Philippos prit son installation au monastère de Saint-Georges avec
beaucoup d'enthousiasme. Il se mit immédiatement au travail en restaurant
l'église du monastère et les cellules des moines qui l'entouraient. Il s'occupa
aussi des terrains abandonnés en replantant des oliviers et de la vigne. La
personnalité du Père et le travail qu'il produisit commençaient à donner des
fruits et le monastère devint petit à petit un lieu de renouveau spirituel
connu qui attirait vers le Seigneur des âmes de plus en plus nombreuses. Il est
à signaler que le père Philippos desservit pendant son séjour dans ce monastère
la paroisse dédiée au Saint-Archange-Michel dans le village proche de Ras
Kifa.
Mais la grâce de Dieu lui avait prévu un autre destin. Ainsi, sous la pression
de la guerre au Liban, il dut quitter son monastère situé comme le veut la
tradition sur le haut d'une montagne, qui devint une position militaire
appréciée, pour se réfugier de nouveau à Thessalonique où il fut promu
archimandrite en 1976. Il exerça son sacerdoce dans la ville même, à l'église
de Sainte-Barbara et il avait en charge les étudiants en théologie en partance
du monastère patriarcal de la Dormition de la Mère de Dieu à Balamand pour la
faculté de Thessalonique.
En 1978, il obtint l'autorisation de Monseigneur Georges (Khodr) du Mont Liban,
de qui il dépendait encore, de rejoindre la vie monastique au Mont-Athos –
connu aussi sous le nom de la République monastique orthodoxe et composée de
vingt grands monastères qui se partagent le territoire d'une péninsule au nord
de la Grèce, non loin de Thessalonique. Il s'installa au monastère de
Stavronikita et reçut le nom de son saint patron Isaac le Syrien. Il pouvait
ainsi suivre au plus près les enseignements de son père spirituel, l'Ancien
Païssios, qui résidait dans l'ermitage dédié à la Vénérable Croix, non loin du
monastère.
Le Père Isaac parlera de sa rencontre avec saint Isaac, dans l'introduction de
Nouskiatte, sa traduction du grec en arabe des Discours
ascétiques de saint Isaac le Syrien et de ses Lettres.
(L'ensemble a été traduit en français par Jacques Touraille sous le titre
Œuvres Spirituelles, Ed. Desclée de Brouwer, Paris, 1981).
Il nous racontera qu’un vénérable du Mont-Athos lui a dit, alors qu’il
connaissait très peu de choses sur le saint : « Es-tu venu ici d’une terre qui
a engendré des saints en abondance tel que le vertueux Isaac le Syrien pour
apprendre les fondements de la vie monastique ? » et le père de répondre : «
Oui, saint Père, car l’expérience de nos pères a été transmise jusqu’ici, et je
suis venu la retrouver dans ce saint lieu. »
Un an après son arrivée au monastère de Stavronikita, il se retira dans ce qui
allait devenir son refuge, l'ermitage de la Résurrection qu'il restaura
lui-même, dans la région de Kebssala non loin de Karyes, la capitale de la
Sainte Montagne. Il y vécut seul pendant quatre ans, une vie de dure ascèse et
de lutte. Il fut confronté à de nombreuses tentations et épreuves qui visaient
à le faire sortir de sa solitude jusqu'à ce qu'un jour, pris dans la tourmente
de ses pensées, sa fatigue et ses souffrances, il découvrit une vieille tombe
alors qu'il marchait sans objectif précis, il s'arrêta devant et pria avec
ferveur et appela en lui le souvenir de la mort, puis il dit d'une voix
déterminée : « Ici je mourrais. » Dès lors, les pensées qui le tourmentaient
s'évanouirent entièrement. Ce souvenir de la mort ne le quitta jamais plus,
puisque selon la tradition monastique, il creusa de ses propres mains une tombe
à sa taille dans le jardin de son ermitage, une tombe qu'il encensa tous les
jours jusqu'à ce que son corps y soit déposé après sa dormition dans le
Seigneur le jeudi 16 juillet 1998.
Il demeura sur le Mont-Athos de 1978 jusqu'en 1998, année de sa dormition, et
fut connu par son ascèse et son combat spirituel. Il devint, par la grâce de
Dieu, un père spirituel renommé sur le Mont-Athos et en Grèce, exigeant envers
lui-même et fervent promoteur de la pratique assidue du sacrement de la
confession.
De son vivant, il devint aussi un pont vivant entre l'Eglise d'Antioche et la
Sainte Montagne. Il disait souvent : « Je représente Antioche au Mont-Athos »,
et il en était fier. Des Libanais mais aussi des chrétiens arabophones des
patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, aussi bien que d'autres
personnes venues du nouveau monde vinrent prendre sa bénédiction et demander
ses conseils. Il effectua en outre lui-même plusieurs voyages de courte durée
au Liban son pays d'origine mais aussi en Syrie, en Jordanie et en Egypte.




Commentaires
atallah brahim né le 11/07/1975 à ourlal biskra algerié n° tel +213779350514 www.brahim.atallah@caramail.com. j'ai recherche a 2 fille attallah meriame née en brouxel belgique en 1958 et attallah manouba née en brouxel belgique en 1962 fille de atallah slimane
J'ai très bien connu le Père Isaac que nous appelions à l'Athos "Papa Isaac".
Vous pouvez trouver certaines de ces paroles dans mon livre La quête, Presses de la Renaissance, 2006 aux chapitres consacrés au Mont Athos.
Pour moi, Papa Isaac était un saint. Il m'a aidé à tenir à l'Athos une année, ce qui est déjà beaucoup.
Alain Durel