A(D)AP à la russe
Par ptit moine le jeudi 2 octobre 2008, 06:30 - quotidien liturgique - Lien permanent
Église de l'Icône-de-la-Mère-de-Dieu «Znamenie» à
Saint-Pétersbourg.
Elle appartient aux Vieux Croyants qui prient sans prêtres.
Il n'y a donc pas de sanctuaire, et l'iconostase se trouve accolée au
mur.
4 h — 6 h 30. D'habitude nous terminons les offices du matin
autour de 8 h, mais à nouveau, nous sommes sans prêtre. Sans liturgie,
donc.




Commentaires
Depuis le temps que je me demande à quoi ressemble une église de vieux-croyants безпоповцы, merci, Moinillon! C'est bien étrange de voir une iconostase collée au mur, avec une icône centrale à la place des portes royales.
Mais vous dites que sans prêtre vous êtes sans liturgie... vous ne dites pas même la liturgie des catéchumènes ?
C'est aussi pour moi une découverte ! Je suppose que si les bezpopovtsy n'ont pas de liturgie, ils n'ont pas non plus de sacrements et ne sont donc pas une église. J'aurais dû être plus curieux à Bose où je me trouvais récemment : il y avait là un moine vieux croyant que j'aurais dû interroger.
Cher frère, dans les monastères cénobitiques athonites et dans les grands monastères du monde on célèbre la divine liturgie quotidiennement et même, dans certains cas, plusieurs fois par jour, pour des raisons pratiques. Par contre, dans les skites athonites peu nombreuses la célebration est, au mieux, bi ou tri hebdomadaire. Je me demande donc pourquoi dans les communautés monastiques orthodoxes occidentales, où vivent moins de dix moines, on s'évertue à célébrer chaque jour. Est-ce parce qu'on se pare du nom de "monastère" avec higoumène en mandya et épitropes (même si l'on est trois) ? Il serait plus simple et plus propice à la paix monastique de prendre modèle sur les petites skites athonites et de conserver ce statut tant qu'on a pas atteint un nombre suffisant de moines pour assurer les différents services (notamment liturgiques) propres aux monastères cénobitiques. A quoi cela sert-il, dans une communauté de quelques moines, d'entretenir une hôtellerie immense, d'entreprendre des travaux considérables, d'assurer le service liturgique intégral chaque jour avec le même hiéromoine qui fait l'éphimérios chaque semaine, si cela épuise la communauté, fatigue excessivement les moines ou, pire, les porte à s'enorgueillir d'être de vrais ascètes (contrairement aux autres qui ...).
Mais, me direz-vous la divine Liturgie est le lieu de la communion au Christ. Certes, mais les pères nous enseignent qu'il est d'autres moyens de communier à Dieu : la prière et l'obéissance.
Sur tous ces points, vous en savez plus que moi, pardonnez mon bavardage qui n'avait pas d'autre propos que de vous encourager.
Le moindre...
Hier. Nicolas
Cher Moinillon,
Permettez-moi de répondre brièvement au Hiéro. Nicolas.La fréquence de la Liturgie dans les Skites ou Kallives Athonites ne dépend pas du petit nombre de la fraternité, mais de trouver un prêtre, si elle n'en compte pas, qui pourrait célébrer de temps en temps le Divin Service. A titre d'exemple: le Père Daniel l'hésychaste - il vivait seul avec un disciple -, dont le Père Joseph le Spléliote nous donne de précieux détails, célébrait quotidiennement la Liturgie.
La synodie, toutefois, du P. Joseph au début n'avait pas de prêtre et elle était obligée de faire appel "au service" du P. Ephrem de Katounakia. Lui pouvait le faire car son Ancien était aussi prêtre. Il célébrait la Liturgie dans sa chapelle tandis que le P. Ephrem allait célébrer dans l'église du P. Joseph. Quand les moines Charalambos et Ephrem du groupe du P. Joseph furent ordonnés, ils prirent la relève et célébraient quotidiennement.
Cher ptit moine, la réponse à Tertius me plaît beaucoup.
D'avance merci.Une toute petite question malgré tout :
- l'apôtre = les Actes des Apôtres ?
Mado
Cher Antoine, Il n'est pas douteux que dans certaines skites athonites on ait pratiqué, par dévotion, la liturgie quotidienne. Cependant, Je ne crois pas que, dans les autres, le manque de prêtres soit l'obstacle majeur. On peut toujours trouver un moine prêtre des environs pour venir célébrer, moyennant un café et une douceur après la liturgie. Non, dans la plupart des skites, ce sont le petit nombre de moines, l'impératif du travail (les skites sont financièrement autonomes et doivent se subvenir à elles-mêmes) et peut-être surtout une forme de vie spirituelle plus hésychaste que de celle qui est possible dans les grands monastères cénobitiques qui font que la liturgie y est plus rare (il est symptomatique que le supérieur d'une skite ne soit pas appelé higoumène mais dikaios). Dans certaines kellies, les offices de semaine (en dehors des fêtes avec polyeleos) sont remplacés par la prière de Jésus.
Je connais aussi des skites où la liturgie n'est célébrée que pour la fête patronale de la kellie, les moines participant à la liturgie du dimanche dans le monastère dont dépend leur kellie.
On le voit, dans les skites athonites la palette des pratiques est large, mais la célébration de la divine liturgie quotidiennement est rare.
Cher frère Ptit Moine,
Vos précisions m'éclairent. La quotidienneté des divines liturgies est donc justifiée par des raisons pastorales. On peut regretter (mais comment faire autrement ?) qu'en occident, il soit difficile de mener la vie monastique de façon régulière,
sans que son rythme naturel, si propice à la paix, doive être modifié pour des raisons pastorales. Seuls quelques communautés ou quelques moines solitaires peuvent avoir le courage d'opérer une véritable rupture et résister aux appels épiscopaux. J'en connais une en France, perchée dans la montagne, qui a trouvé l'astuce : elle a fondé dans une ville voisine une paroisse où un hiéromoine descend à tour de rôle le samedi et le dimanche pour le service spirituel des laïcs. Le monastère, quant à lui, est fort peu visité et les hôtes éventuels sont priés de se plier aux horaires et rythmes de la communauté, sans économie. Mais j'aborde là un autre problème.
Le moindre...
Hier. Nicolas
Cher P. Nicolas,
Vous semblez dire que la vie hésychaste, qui prône la solitude, n'encourage pas la participation à la célébration liturgique qui, de par sa nature, rassemble EPI TO AYTO(ACTES)... or, le grand Daniel et le P. Joseph, ceux ne sont pas les seuls exemples, mais ils sont les plus représentatifs de l'esprit hésychaste de cette époque, ne voyaient pas d'obstacle ni d'opposition entre la vie liturgique et l'Hésychia. Au contraire, la Liturgie quotidienne soutenait et nourrissait la vie de ces merveilleux hésychastes. Elle leur était même indispensable comme le livre récent du P. Ephrem de l'Arizonna - un des derniers disciples de la synodie du P. Joseph - le montre très clairement.Quant au système des Skites, vous n'ignorez pas que les moines qui vivent dans les cellules autour de la Skite possèdent leurs propre chapelle où, s'il y a un prêtre, la liturgie est "dite" quotidiennement. Les moines ne se rassemblent dans l'église principale pour la liturgie que pour les grandes fêtes, perpétuant la tradition des Anciens moines Égyptiens de Skété. C'est la raison pour laquelle dans le Catholicon des Skites il n' y a pas de célébration journalière.
J'aimerais ajouter, au risque de me faire agaçant, un témoignage personnel. Quand je me trouvais sur la Sainte Montagne, je suis allé vivre deux semaines dans une kallive. Il y avait quatre moines. L'ancien était très âgé, le second peignait des icônes, et les deux autres s'occupaient du travail. Je les voyais, les pauvres, toute la journée courir d'ici de là. A s'occuper du ménage, faire la cuisine, surveiller le travail des ouvriers, répondre au téléphone ou téléphoner pour trouver des acheteurs pour vendre leur produit etc. Vous pouvez vous imaginer la fatigue de ces moines ! Et, cependant, le jeune moine, qui était prêtre, célébrait la Liturgie quotidiennement !!!
Vous voyez donc "l'impératif du travail", comme vous écrivez Père, n'a pas empêché cette synodie d'avoir des Liturgies de façon continue !Et c'est la règle au Mont-Athos, à condition qu'il y ait un prêtre dans la fraternité.
Je voudrais vous faire part d'un témoignage sur la vie d'un ermite russe, que j'avais trouvé surprenant. Dans un livre de souvenirs sur le camp de Solovki, qui s'appelle La veilleuse perpétuelle (Неугасимая лампада). L'auteur, ancien détenu, raconte qu'il avait rencontré un ermite, survivant du monastère. Celui-ci lui avait dit qu'il ne ne se rendait à la liturgie que pour Pâques...