монах Dorothée
Abba Dorothée mangeait et buvait fort peu. Je n’ai pas connaissance qu’il ait étendu les pieds, ni dormi sur une natte de jonc, ni sur un lit mais, durant toute la nuit, assis, il tressait de la corde en feuilles de palmiers, pour gagner son pain. Or, m’étant imaginé que c’était devant moi seul qu’il faisait cela, j’appris avec plaisir en questionnant d’autres de ses disciples qui demeuraient à part, que, dès sa jeunesse, il avait eu cette manière de vivre et n’avait jamais dormi délibérément, sinon lorsque, occupé à quelque chose ou en train de manger, il fermait l’œil, terrassé par le sommeil.  Il arriva ainsi, souvent, que le pain lui tombe de la bouche pendant le repas, par excès d’assoupissement. Comme je le contraignais une fois de se laisser tomber un petit moment sur sa natte, il me dit, un peu contristé : « Si tu arrives à persuader les anges de dormir, tu persuaderas aussi l’homme rempli de zèle. »
évêque Pallade : vies d'ascètes et de Pères du désert