souvenir de 1996
Par ptit moine le samedi 15 novembre 2008, 12:00 - Lien permanent

Les moines de notre monastère en 1996 avec Mgr Lavr et son fidèle keleïnik
(en civil à gauche), aujourd'hui diacre.
Il ne reste plus personne du dernier rang... L'un d'entre eux a choisi un autre monastère, deux ont abandonné la vie monastique.



Commentaires
Eh oui, cher père, même dans les monastères, les choses et les personnes changent. Vous l'éprouvez aussi bien que moi. Le psaume dit : Qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères tous ensemble. Il n'ajoute pas "tout le temps et avec les mêmes." Les monastères où l'on pourrait espérer quelque stabilité ne sont constitués le plus souvent, surtout en nos contrées occidentales, que de croisements de trajectoires. Il y a ceux que Dieu appelle ailleurs, ceux qui veulent partir pour voir ailleurs, ceux qui ne sont entrés au monastère que pour en sortir le plus vite possible évêques ou, à tout le moins, archimandrites, ceux qu'on a aidé à partir, ceux qu'on n'a pas aidé à rester...
Dans les meilleurs des cas, quelques-uns demeurent sur place. Sont-ils pour autant plus stables, même s'ils constituent l'assise de la communauté ? Rien de moins sûr. Souvenez-vous du reproche fait au solitaire abba Pitéroum : «...toi, établi dans le désert, tu t'en vas errer par la pensée à travers les villes. » Au fond, la véritable stabilité consiste moins à rester sur place qu'à être fidèle au Christ qui appelle à Le suivre et à l'Esprit qui conduit, dans la banalité des jours, de la conversion à la transfiguration.
Bien entendu, chaque départ est un arrachement sensible qui nous rappelle que, même les cénobites sont radicalement voués à une solitude qui ne finira que dans le Royaume. Vous remarquerez cependant que cela ne se produit pas sans un certain effet de la divine Providence : ceux qui nous exercent le plus ne nous quittent jamais.
Cette solitude, certains par choix, certains (comme votre serviteur) parce qu'elle leur est imposée, l'assument concrètement, devant corriger sans cesse les dérives qu'entraîne la faiblesse de la nature humaine. Ils y sont aidés, plus que vous ne pouvez le penser, par la visite brève de communautés cénobitiques. Croyez-moi, c'est aussi pour eux un grand réconfort. Outre le fait que cela remet spirituellement quelques pendules à l'heure, ils éprouvent le bienfait de la vie régulière dont ils conserveront un souvenir ému et reconnaissant lorsque, revenus dans leur cellule, ils devront assumer de nouveau, tout seuls, toutes les obédiences à la fois. Vous comprenez aisément, j'en suis sûr, ce que je veux dire.
En protestant de ma fraternelle amitié.
Le moindre...
Hier. Nicolas