Oui, un très bon couteau
Par ptit moine le vendredi 21 novembre 2008, 12:00 - quotidien - Lien permanent
Après le départ du frère A., au début des années 1980, le couteau était toujours utilisé — par la petite communauté monastique qui s'était installée. Au début des années 1990, une nouvelle vague de novices un peu sauvages (dont je suis le premier) fit son apparition, et un des «anciens» découvrit le couteau dans la fabrique de cierges, servant non plus au découpage des choux, mais à celui des cierges ! Il le réquisitionna. Voici cet objet historique.

On ne peut s'empêcher de penser au célèbre passage de Abba Dorothée de Gaza racontant l'histoire de Dosithée, son saint disciple. (voir la suite du billet)
Une fois, un frère va au marché et il rapporte un très bon couteau. Oui, un très bon couteau. Dosithée le prend et le porte à l'abbé Dorothée et lui dit : « Le frère X a apporté ce couteau et je l'ai pris. Si vous êtes d'accord, nous le garderons à l'infirmerie parce qu'il coupe très bien le pain en petits morceaux. » Mais abba Dorothée ne cherche jamais à avoir de belles choses pour l'infirmerie. Il veut des objets solides et rien de plus.
Alors il dit à Dosithée : « Apporte ce couteau, je veux voir s'il est bon. » Dosithée lui apporte le couteau en disant : « Oui, Père, il est bon pour couper le pain en petits morceaux. » Dorothée, lui aussi, voit bien que le couteau est bon pour cela. Mais il ne veut pas que Dosithée s'attache trop à quelque chose. Alors il ne lui permet pas de garder le couteau. Il lui dit : « Dosithée, est-ce que ce couteau te plaît vraiment ? Est-ce que tu veux être l'esclave de ce couteau et non pas l'esclave de Dieu ? C'est vrai, Dosithée, ce couteau te plaît et te voilà attaché à lui ! Qu'est-ce que tu veux ? Ton maître, c'est ce couteau, ce n'est pas Dieu ! Est-ce que tu n'as pas honte ? »
Dosithée écoute. Il baisse la tête et ne dit rien. Dorothée lui fait longtemps des reproches. Finalement il lui dit : « Allons, mets ce couteau ici et ne le touche plus ! » Dosithée fait très attention à ne plus toucher le couteau. Il ne le prend même pas pour le donner à quelqu'un. Tous les autres frères l'utilisent, mais lui seul ne l'approche pas. Et Dosithée ne dit jamais : « Tous ont le droit de se servir du couteau et pas moi. Pourquoi ? » Mais il fait avec joie tout ce qu'il entend.
(Dorothée de Gaza, Vie de Dosithée, 8)



